De la vallée de la Seine au plateau de Senart


Cette randonnée entre Corbeil-Essonnes et le plateau de Sénart invite à découvrir les coulisses d’un territoire métropolitain en constante transformation. Au fil du parcours, se superposent les traces d’une histoire ancienne : rivières nourricières, industries, domaines agricoles, puis ville nouvelle. Des Grands Moulins de Corbeil aux fermes briardes encore présentes, la balade révèle comment Sénart compose avec ses héritages tout en cherchant à fabriquer ses propres repères, ses symboles et son identité. Un territoire où se rencontrent production, habitat, loisirs et paysages.
Cette promenade a été conçue en partenariat avec la Communauté d'Agglomération Grand Paris Sud.
Aperçu du parcours
Gare RER de Corbeil-Essonnes
Carte postale, 1907 © Archives départementales de l’Essonne (cote 57FI52 2)
Bienvenue en gare de Corbeil-Essonnes !
Villes étapes historiques, les deux communes de Corbeil et Essonnes se développent d’abord chacune sur une rive de la Seine, Essonnes rive gauche le long des bras de la rivière qui lui donne son nom et Corbeil, rive droite autour d’une citadelle (Hourdy). La seconde va progressivement s’étendre de part et d’autre de la Seine, et la concurrence est rude entre les deux villes commerçantes et industrielles. L’architecture similaire des deux hôtels de ville (l'hôtel de ville d’Essonnes est aujourd’hui le conservatoire) atteste de cette rivalité. En 1951, les communes fusionnent. La nouvelle ville, sous-préfecture de l’ancien département de Seine et Oise, est alors un important pôle confortablement implanté à la confluence de la Seine et de l’Essonne.
Les moulins de l’Essonne
L’activité meunière se développe sur l’Essonne depuis le XIIe siècle, on y compte alors une douzaine de moulins qui moulent des céréales. A partir du XIIIe siècle, une diversification de l’activité s’impose, on y trouvera des moulins à papier qui fournissent l’université de Paris, moulin à foulon pour le textile de laine, à chamoisage et à tan pour la fabrication du cuir, à huile, à cuivre, à poudre à canon. Dirigez-vous maintenant vers les plus célèbres d’entre eux, les Grands Moulins de Corbeil.
Gare RER de Corbeil-Essonnes
Carte postale, 1907 © Archives départementales de l’Essonne (cote 57FI52 2)
Bienvenue en gare de Corbeil-Essonnes !
Villes étapes historiques, les deux communes de Corbeil et Essonnes se développent d’abord chacune sur une rive de la Seine, Essonnes rive gauche le long des bras de la rivière qui lui donne son nom et Corbeil, rive droite autour d’une citadelle (Hourdy). La seconde va progressivement s’étendre de part et d’autre de la Seine, et la concurrence est rude entre les deux villes commerçantes et industrielles. L’architecture similaire des deux hôtels de ville (l'hôtel de ville d’Essonnes est aujourd’hui le conservatoire) atteste de cette rivalité. En 1951, les communes fusionnent. La nouvelle ville, sous-préfecture de l’ancien département de Seine et Oise, est alors un important pôle confortablement implanté à la confluence de la Seine et de l’Essonne.
Les moulins de l’Essonne
L’activité meunière se développe sur l’Essonne depuis le XIIe siècle, on y compte alors une douzaine de moulins qui moulent des céréales. A partir du XIIIe siècle, une diversification de l’activité s’impose, on y trouvera des moulins à papier qui fournissent l’université de Paris, moulin à foulon pour le textile de laine, à chamoisage et à tan pour la fabrication du cuir, à huile, à cuivre, à poudre à canon. Dirigez-vous maintenant vers les plus célèbres d’entre eux, les Grands Moulins de Corbeil.
Les Grands Moulins de Corbeil, le dernier fleuron d’une grande aventure industrielle
La tour élévatrice des Grands Moulins en 2026 © Martin Argyroglo
Une histoire longue de mille ans
En 1120, le Roi Louis VI le Gros, fait entrer la ville de Corbeil dans le domaine Royal. Un moulin sur le bras principal de l’Essonne, au niveau de la confluence avec la Seine, va alors connaître un essor jamais démenti. Les plateaux environnants de la commune sont alors dominés par les cultures de céréales. Le domaine Royal assure de confortables revenus à la couronne, il est alors obligatoire pour les paysans du territoire d’y faire moudre leur blé.
Plan de Corbeil en 1638 (d'après gravure de Tassin) © Archives départementales de l’Essonne (cote 2FI52 708)
Une histoire industrielle
Le site croît et évolue en s’adaptant aux innovations techniques des époques qu’il traverse. L’arrivée des frères Darblay à la tête de celui-ci, d’abord comme locataires puis propriétaires en 1863, est un tournant pour les moulins. Les deux hommes font entrer Corbeil dans l’ère industrielle en modernisant les techniques, et en faisant construire de nouveaux bâtiments. En 1892, une explosion suivi d’un incendie détruit le magasin de la réserve. La direction qui a succédé au Darblay, saisi l’occasion pour poursuivre la modernisation. Deux architectes, Paul-Emile Friésé et Jules Denfer sont envoyés en Angleterre pour s’inspirer et concevoir un moulin et réservoir à grain moderne et exemplaire. Ceux-ci imaginent la tour élévatrice. Elle répond au principal risque de l’activité minotière : l’incendie. Elle est inscrite monument historique en 1987.
Anciens Grands Moulins brûlés en mai 1892 © Archives départementales de l’Essonne (cote 2FI52 335)
Le fonctionnement du site
Les bâtiments imaginés par Friesé et Denfer sont inédits et sont à la fin du XIXe siècle une innovation technique majeure. Le blé arrive sous la tour. Des mécanismes élévateurs, actionnés par l’énergie à vapeur, permettent de l’acheminer jusqu’à la passerelle qui mène aux silos de stockage. Observez le sommet de la tour, pour éviter tout risque d’incendie, celui-ci est occupé par un réservoir d’eau. Le moulin est équipé « à l’anglaise », c’est à dire qu’il est entièrement mécanisé, le blé est moulu dans des cylindres qui augmentent fortement le rendement.
Tour carrée des Grands Moulins et déchargement des bateaux, non daté © Archives départementales de l’Essonne (cote 2FI52 363)
Architecture industrielle
Au-delà de la technicité remarquable du site, c’est aussi pour son architecture qu’il se distingue. En effet, à la fin du XIXe siècle, l’architecture industrielle est en plein essor, elle est mise au service des entrepreneurs pour participer au rayonnement de leurs sociétés.
Aux Grands Moulins, c’est donc aussi la beauté des édifices qui place le site sur les cartes postales. L’architecture combine fonctionnalité et ornementation. La structure métallique, fine, permet d’élancer les bâtiments vers le ciel et d’ouvrir de larges baies. En façade, les briques et pierres sont des parements qui soulignent le savoir-faire des ouvriers.
Le nouveau bâtiment des Grands Moulins, non daté © Archives départementales de l’Essonne (cote négatif 9A95c. - 2FI52 373)
Travailler au moulin
Les Grands Moulins revêtent une part de mystère aujourd’hui parce que l’on y aperçoit très peu d’ouvriers. Pourtant l’activité y reste intense, 900 T de blés sont écrasés chaque jour par des machines qui nécessitent seulement la présence d’une équipe de trois personnes .
Le métier de meunier a bien évolué depuis la construction du moulin. En 1863, ils sont 50 ouvriers sur le site. En mécanisant l’activité, les frères Darblay puis leurs successeurs augmentent les effectifs. On compte 377 ouvriers en 1911 et plus de 700 en 1960. Ce sont aussi les corps de métiers qui changent : électricien, mécanicien, conducteur de machines. Une usine de pâtes est même construite sur le quai de l’Apport Paris pour écouler la farine. En 1945, une centaine de femmes y fabriquent chaque jour 40 000 kg de pâtes.
Aujourd’hui, le site de Corbeil est aussi un laboratoire de recherche et développement. Il accueille des boulangers, des commerciaux, du personnel administratif.
Les Grands Moulins, intérieur des silos et les hommes au travail, non daté © Archives départementales de l’Essonne (cote 2FI52 442)
Reconversion du site
Les Moulins de Corbeil continuent d’évoluer pour répondre aux enjeux de leur époque. Ainsi en 1998, un édifice conçu par l’agence Colboc architecture s’installe sur le quai pour améliorer la distribution de farine vers les péniches. En 2023, le moulin historique cesse son activité pour laisser place à la 4e génération de moulin que l’on aperçoit à côté des silos à grains.
Aujourd’hui, le site doit entrer dans une nouvelle phase d’évolution. Situé à proximité immédiate du centre ville historique de Corbeil qui connaît d’importants travaux dans le cadre du projet Action Coeur de Ville, les bâtiments du XIXe siècle font l’objet d’un projet de reconversion. Celui-ci vise à créer un nouveau quartier d’habitation mixte. Porté par Cogedim et Histoire & Patrimoine, le projet conçu par Vincent Lavergne Architecte devra, dans les prochaines années, parvenir à faire coexister logements et activités industrielles, en protégeant le patrimoine et en améliorant le cadre de vie.
La rue Notre Dame à Corbeil-Essonnes, 2026 © Martin Argyroglo
Corbeillard et corbillard
Le saviez-vous ? Les moulins de Corbeil ne sont pas seulement un fleuron de l’architecture industrielle, ils seraient aussi à l’origine du mot corbillard. Au Moyen Âge, la farine qui permet aux boulangers parisiens de faire leur pain est livrée par bateaux arrivant directement de Corbeil, ceux-ci sont appelés les Corbeillards ou Corbillards. Pendant la grande peste qui sévit en 1348, ces embarcations servent à sortir les corps de Paris. Si le transport de farine ne se fera plus, progressivement, par bateau, le mot reste et désigne les fourgons funéraires. A moins que l’origine du terme ne soit liée au corbillat, le petit du corbeau, un oiseau de mauvais augure selon certains…
Vue générale sur la Seine, 1924 © Archives départementales de l’Essonne (cote 2FI52 41)
Pour aller plus loin :
« Il fallait que ce soit beau », produire et travailler aux Grands Moulins de Corbeil. Une vidéo de 58 min produit par la Région Ile-de-France et Grand Paris Sud sur l’histoire des Grands Moulins racontée par ses salariés.
« Grands Moulins Evolution », application officielle développée par Grand Paris Sud pour une découverte immersive et interactive de ce site historique. A retrouver sur les plates-formes de téléchargement.
L'Essonne
Vue sur Essonnes et l'usine Crété, non daté © Archives départementales de l’Essonne (cote 2FI52 316)
Cette rivière au débit lent et régulier qui ne gèle pas en hiver, favorise l’installation de nombreux moulins et d’industries. Dès le Moyen Age, les eaux pauvres en sels minéraux sont appréciées pour le développement des tanneries, papeteries et teintureries. Imaginez les trois jours de voyages nécessaires pour remonter en bateau jusqu’à Etampes, les conflits d’usages étaient nombreux entre mariniers, artisans et meuniers. L‘Essonne est mise au pluriel dans le nom de la commune pour évoquer ses nombreux bras qui s’y déploient.
La Seine et l’Essonne, des rivières au coeur des échanges
Vue depuis le quai Mauzaisse, une péniche sur la Seine, juin 2026 © Martin Argyroglo
Une centralité stratégique
Arrivés en bord de Seine, nous retrouvons le fleuve large d’une centaine de mètres. Voie navigable depuis le Moyen Age, le fleuve sera progressivement canalisé à partir de 1859 pour faire face à la concurrence du chemin de fer, arrivé à Corbeil en 1840, qui a alors l’avantage de pouvoir circuler toute l’année. Douze barrages sont construits pour augmenter la hauteur de mouillage.
La présence d’un pont, permettant de relier rive gauche et rive droite, permet à la commune de devenir une centralité stratégique. En effet, pendant longtemps c’est le seul pont jusqu’à Paris, celui de Choisy-le-Roi ne sera construit qu’en 1811, suivi par Draveil, Alfortville, Villeneuve-Saint-Georges bien plus tard.
Le pont et la pêcherie, 1917. © Archives départementales de l’Essonne (cote 2FI52 46). Au premier plan le pont de Corbeil, à l’arrière plan on aperçoit le coteau et les premières maisons de la rue de la Montagne du Perray.
Une ville commerçante
Le transport des marchandises jusqu’à Paris se fait par bateau jusqu’à ce que la concurrence du chemin de fer réduise le trafic. On achemine du blé, mais aussi du vin des coteaux, de la viande, des produits de construction, sable, bois, cailloux... Les embarcadères se concentrent sur la rive droite, vous pouvez encore les identifier à leur nom : ports des Boulangers, de Bercy, des Sabots. Leur densité laisse imaginer l’importance du trafic.
Aujourd’hui, l’activité semble discrète. Pourtant, le port de Corbeil est le premier d’île-de-France. Sur la rive gauche, en aval des Grands Moulins, le port Saint Nicolas voit transiter 600 000 T de céréales de la Beauce et du Gâtinais vers Rouen puis l’Europe du Nord.
Quai de la Pêcherie, Corbeil, non daté © Archives départementales de l’Essonne (cote 2FI52 587)
Loisirs en bord de Seine
Aux côtés de l’industrie, les activités de loisirs se développent en bord de Seine au XXe siècle, natation, canotage, voile. En amont du pont, une baignade municipale est très prisée, elle sera en activité de 1933 à 1967. Fermée suite à l’augmentation du trafic maritime et à la pollution du fleuve, elle sera remplacée par le stade nautique Gabriel Menut, du nom d’un célèbre maître nageur local.
La fin du XXe siècle est marquée par une mise à distance entre la ville et le fleuve, perçu comme une source de dangers liée aux crues et à la pollution. Aujourd’hui, les enjeux climatiques imposent de changer le rapport à l'eau. La désimperméabilisation participe à réduire les risques d’inondation, comme la renaturation du Port aux Boulangers. D’importants travaux de dépollution ont permis d’améliorer significativement la qualité de l’eau, permettant d’envisager la réouverture de sites de baignade à moyen terme.
La piscine sur la Seine, à Corbeil-Essonnes, non daté © Archives départementales de l’Essonne (cote 2FI52 438)
Le coteau
Vue sur la Seine depuis le coteau. Passage Bourbon, 2026. © Martin Argyroglo
Du coteau viticole au coteau habité
Sur ce coteau favorablement orienté ouest, sud-ouest, le paysage a longtemps été viticole. On retrouve la trace de cette activité, avérée dès le Xe siècle, dans la forme en lanière du parcellaire qui persiste encore aujourd’hui. La vigne disparaîtra ensuite progressivement à mesure de l’urbanisation du coteau. Les premières constructions sont liées à la villégiature dès la fin du XIXe. Admirez tout au long de votre ascension les belles maisons en meulière.
Montagne du Perray, Corbeil-Essonnes, non daté © Archives départementales de l’Essonne (cote 2FI52 570
Panorama sur la vallée de la Seine
Vue sur la vallée de la Seine et le Cirque de l’Essonne depuis le haut du coteau (2026) © Martin Argyroglo
En lisière du plateau de Sénart
Nous achevons maintenant la montée du coteau et arrivons aux portes du parc François Mitterrand. Nous sommes ici en lisière du plateau de Sénart, sur les hauteurs qui dominent la vallée de la Seine. Cet emplacement stratégique a favorisé l’installation d’un domaine seigneurial, dont le château a aujourd’hui disparu. Le parc conserve cependant la mémoire de cette histoire à travers ses allées et ses perspectives.
Avant de pénétrer dans le parc, prenez le temps d’admirer la vue. Avez-vous repéré au loin cette grande tâche verte ? C'est le Cirque de l'Essonne, une vaste dépression naturelle en forme d'amphithéâtre, creusée au fil du temps par la rivière Essonne
Le Parc François Mitterrand, du domaine seigneurial au parc public
Les vestiges du château du Perray (2026) © Martin Argyroglo
Un village entre coteau et plateau
Bien avant la ville nouvelle, Saint-Pierre-du-Perray était un petit village agricole d'environ deux cents habitants. On y cultivait les céréales, la vigne et les vergers, tandis que l'élevage et la pêche complétaient les ressources. Les habitations se concentraient sur le coteau, à l'abri des crues, et plusieurs grandes fermes exploitaient le plateau, comme Le Fresne, Villeroy ou Maury. La ferme du Fresne, toujours visible aujourd'hui en centre ville de Saint-Pierre-du-Perray, témoigne de ce passé rural.
Extrait de la Carte des Chasses du Roi des environs de Corbeil (1764-1773). On peut y repérer le domaine du château du Perray et les différentes fermes sur le plateau © Archives départementales de l’Essonne
Un domaine au cœur du territoire
Comme d'autres grands domaines établis sur les coteaux de la Seine, celui du Perray profitait des richesses du territoire. Les terres fertiles du plateau fournissaient les céréales, les coteaux accueillaient les vignes, tandis que les vergers, les bois et les nombreuses sources complétaient les ressources du domaine. Le ru des Prés Hauts alimentait même les douves du château.
Panorama pris des coteaux du Perray (1919) © Archives départementales de l’Essonne (cote 2FI52 151)
Le château du Perray
Construit au XIIᵉ siècle, le château devient le cœur du village avant d'être profondément remanié à la fin du XIXᵉ siècle. Ses propriétaires comptent longtemps parmi les proches de la cour royale. Une tradition locale rapporte que Louis XIV, séduit par le panorama sur la vallée de la Seine, aurait envisagé d'y établir sa résidence avant de choisir Versailles. Occupé pendant la Seconde Guerre mondiale, le château est détruit par un incendie en 1993.
Château du Perray (façade sud, 1908) © Archives départementales de l’Essonne (cote 2FI159 2)
Du domaine seigneurial au parc public
Du château subsistent aujourd'hui le pigeonnier, les anciennes dépendances, les douves et le tracé des grandes allées héritées des jardins à la française. Dans le cadre de l'aménagement de la ville nouvelle de Sénart, le domaine est acquis par l'État puis ouvert au public à partir de 1996. Restauré après la tempête de 1999, il est aujourd'hui entretenu et géré par l'agglomération Grand Paris Sud.
Plaine de jeux dans le parc François Mitterrand (2026) © Martin Argyroglo
Saint-Pierre-du-Perray, une ville nouvelle aux airs de villégiatures
Cour Jean Jaurès à Saint-Pierre-du-Perray (2026) © Martin Argyroglo
Une nouvelle manière de fabriquer la ville
À partir des années 1970, Saint-Pierre-du-Perray intègre la Ville Nouvelle de Sénart, l'une des cinq villes nouvelles créées autour de Paris pour accompagner la croissance de l'Île-de-France. Contrairement à d'autres opérations urbaines, Sénart ne fait pas table rase du passé : elle s'appuie sur les communes existantes et organise leurs développement. Les nouveaux quartiers s'insèrent progressivement dans un territoire où les espaces agricoles, les forêts et les plans d'eau demeurent des éléments essentiels du paysage.
Espaces de détente à Saint-Pierre-du-Perray, Avril 2026 © CAUE 91
L'architecture comme invitation au voyage
En observant les bâtiments qui bordent votre parcours, vous remarquerez des références inattendues. Les maisons à colombages évoquent les stations balnéaires normandes, tandis que certains détails architecturaux rappellent l'univers des lieux de villégiature. Il ne s'agit pas de copier un style régional, mais de composer un cadre de vie chaleureux et familier, où l'architecture participe à une atmosphère de détente.
Architectures d’inspiration balnéaires à Saint-Pierre-du-Perray, Avril 2026 © CAUE 91
Le paysage comme décor du quotidien
Cette inspiration se retrouve également dans les espaces publics. Nous vous invitons à poursuivre votre chemin jusqu'à la place de la Liberté. Son dessin singulier interpelle le regard : faut-il y voir une coquille Saint-Jacques… ou un cadran solaire ? Chacun est libre de son interprétation. Plus loin, l'hôtel de ville, installé au bord d'un lac, évoque les casinos ou les établissements thermaux des villes de villégiature. L'eau, les plantations et les perspectives participent ainsi à une véritable mise en scène du paysage.
L’Hôtel de ville de Saint-Pierre-du-Peray (2026) © Martin Argyroglo
Une ville entre nature et loisirs
Ces choix témoignent d'une évolution de l'urbanisme à la fin du XXᵉ siècle. Au-delà de la construction de logements, il s'agit d'offrir un cadre de vie où nature, habitat et loisirs s'articulent étroitement. À Saint-Pierre-du-Perray, cette ambition se traduit par une ville où les espaces verts, les cheminements et les architectures dialoguent pour créer un paysage habité, davantage conçu pour être parcouru que simplement observé.
Mail piéton à Saint-Pierre-du-Perray, avril 2026 © CAUE 91
Pour aller plus loin :
Melun-Sénart : la ville-nouvelle entre campagne et modernité, vidéo de 34min, 1985, Archives de l’INA.
Le plateau de la Brie, entre champs et ville nouvelle
Lisière agri-urbaine de Saint-Pierre-du-Perray (2026) © Martin Argyroglo
Le plateau de la Brie, un sol fertile
En quelques pas, le paysage change : les maisons laissent place aux grandes cultures, aux horizons ouverts et aux fermes isolées. Sous vos pieds s’étend le plateau de Brie, formé de sols riches, notamment de limons déposés au fil des périodes glaciaires. Profonds et fertiles, ils retiennent bien l’eau et ont favorisé depuis longtemps les grandes cultures comme le blé ou l’orge.
Carte géologique des environs de Paris, 2020 © BRGM
Quand l’agriculture nourrit l’industrie
Le paysage que vous traversez porte encore la mémoire des cultures qui ont façonné la Brie. Le blé modèle aujourd’hui les grands horizons du plateau, mais la betterave sucrière a longtemps marqué ce territoire. À Lieusaint, une grande sucrerie créée en 1876 transformait les betteraves cultivées dans les fermes voisines en sucre. Devenue Béghin-Say, elle fut longtemps un site industriel majeur de la région et témoigne du lien étroit entre agriculture et développement industriel du territoire.
La sucrerie de Lieusaint, non daté © Archives départementales de Seine-et-Marne
Les fermes, traces d’un paysage rural
Observez le paysage : les grandes cultures sont ponctuées par des bâtiments agricoles qui rappellent l’organisation ancienne du plateau. Au sud, vous pouvez notamment apercevoir la ferme de Villeray, l’une des grandes exploitations qui témoignent de cette histoire rurale. Ces fermes isolées, installées au cœur des terres cultivées (céréales , maïs, quelques fruits et légumes), ont longtemps structuré le paysage avant l’arrivée de la Ville Nouvelle.
Le plateau agricole vu vers Saint-Pierre-du-Perray, avec à gauche la ferme de Villeray © EpaSénart
Préserver les terres agricoles aujourd’hui
Depuis les années 1960, l’urbanisation de l’Île-de-France a transformé les paysages agricoles. La Ville Nouvelle de Sénart a ainsi redessiné les limites entre ville et campagne, en créant de nouveaux quartiers qui grignotent les espaces agricoles, tout en maintenant de vastes espaces ouverts. La pression foncière est forte. C’est pourquoi l’agglomération Grand Paris Sud a mis en place une Stratégie Agricole et Alimentaire Territoriale (SAAT) pour préserver les terres, accompagner les exploitations locales et favoriser des pratiques plus durables.
Chemin à travers les champs en sortant de Saint-Pierre-du-Perray (2026) © Martin Argyroglo
L’Allée Royale, un axe royal pour ancrer une ville nouvelle
L’Allée Royale en juin 2026 © Martin Argyroglo
Une voie royale pour la chasse
L'histoire de l'Allée Royale remonte à 1751. À cette époque, le financier Étienne-Michel Bouret aménage la forêt de Rougeau en domaine de chasse royal. Il y fait construire un pavillon destiné à accueillir Louis XV, à Nandy, et crée un axe rectiligne d'environ 5 kilomètres reliant les forêts de Rougeau et de Sénart. La légende raconte pourtant que le roi n'emprunta jamais cette allée, préférant rejoindre le pavillon par la Seine.
Carte des chasses du Roi des environs de Corbeil, 1764-1773 © Archives départementales de l’Essonne (Cote 1FI/47)
Redonner vie à un héritage
Au fil des siècles, l'ancienne allée perd sa fonction et devient un simple chemin rural envahi d’herbes folles. Au début des années 2000, la Région choisit de la faire revivre pour accompagner le développement de la Ville Nouvelle de Sénart. Cette ancienne voie royale devient alors un axe de circulation douce, reliant les quartiers, les espaces naturels et les deux massifs forestiers, dans un territoire dominé par les grandes infrastructures routières.
Carte localisant l’allée royale en 2005 © IAURIF-DEUR-2005
Un projet choisi par concours
Pour faire renaître l'Allée Royale, l'Agence des espaces verts d'Île-de-France acquiert 27,5 hectares de terrain et investit près de 4 millions d'euros. Elle lance ensuite un concours international, remporté par le paysagiste Thierry Laverne, chargé d'imaginer le nouvel avenir de cette voie historique.
L’aménagement de l’allée royale en 2005 © inconnu (source : Sequoias.eu)
Un paysage monumental
Le projet de Thierry Laverne transforme l'ancienne allée en une promenade ouverte aux piétons, cyclistes et cavaliers. Sur cette emprise de 50 mètres de large, un double alignement de séquoias structure la perspective de part et d'autre du cheminement. Au centre, un verger de près de 1 700 arbres fruitiers rustiques, comme des pommiers à cidre et des poiriers, évoque les paysages agricoles anciens tout en privilégiant des essences adaptées aux conditions locales.
© Agence Laverne (publié in Liaisons vertes structurantes en ceinture verte d’Île-de-France, IAU-IDF 2009)
Un usage tourné vers l’avenir
Aujourd'hui gérée par Île-de-France Nature, l'Allée Royale continue d'évoluer. Elle s'inscrit dans une réflexion plus large visant à préserver et renforcer les continuités écologiques entre les forêts de Sénart et de Rougeau, au sein des espaces encore non urbanisés qui les relient. À terme, l'ambition est de faire de ce territoire un véritable corridor écologique, prolongeant la vocation paysagère de l'allée.
Vue de l’Allée Royale depuis l’ancien golf de Villeray © CAUE 91
Une essence qui interroge
L’Allée Royale est aujourd’hui indissociable de son double alignement de séquoias, succession de silhouettes coniques qui ponctuent étrangement l’espace ouvert du plateau. Cette essence venue d’Amérique, introduite en Europe au XIXᵉ siècle comme symbole de puissance et de monumentalité, interroge ici : une mémoire royale est réinterprétée avec un arbre qui n’appartient pas à cette histoire. Mais ces arbres posent aussi des questions de gestion : leur adaptation au milieu, leur devenir à long terme et leur place dans un corridor écologique en réflexion mobilisent désormais les techniciens forestiers et les gestionnaires du site.
© Agence Laverne (publié in Liaisons vertes structurantes en ceinture verte d’Île-de-France, IAU-IDF 2009)
Le Carré Sénart, construire une centralité dans une ville nouvelle sans centre
Vue du canal depuis le chemin du Flâneur, Carré Sénart, 2026 © Martin Argyroglo
Sénart, la dernière des villes nouvelles franciliennes
Sénart est la dernière des cinq villes nouvelles créées en Île-de-France dans les années 1960-1970 pour organiser l’expansion de la métropole parisienne. Créée en 1973, elle s’installe sur un territoire essentiellement agricole, entre villages anciens, champs de céréales et cultures de betteraves. Contrairement à certaines autres villes nouvelles, son développement repose sur un principe de greffe urbaine : l’urbanisation devait progressivement s’appuyer sur les bourgs existants plutôt que de créer une ville entièrement nouvelle au milieu des champs.
Une centralité difficile à construire
À l’origine, la ville nouvelle de Melun-Sénart devait s’appuyer sur la ville historique de Melun, qui devait jouer le rôle de centre. Cette orientation répondait aussi à la volonté de ne pas créer une centralité concurrente d’Évry, autre ville nouvelle du sud francilien située à proximité. Mais en 1983, Melun quitte le périmètre de la ville nouvelle. Sénart doit alors chercher une nouvelle manière de construire son propre cœur urbain.
Le concours d’idées, laboratoire de la ville nouvelle
Sénart connaît alors une période d’interrogations sur son avenir. En 1987, un concours international d’idées intitulé « Melun-Sénart, ville nouvelle » invite des équipes renommées à proposer de nouvelles visions urbaines, parmi lesquelles l’OMA, agence fondée par l’architecte, urbaniste et théoricien néerlandais Rem Koolhaas. Ces réflexions explorent d’autres manières de fabriquer la ville, mais restent pour l’essentiel sans traduction concrète. Le territoire continue finalement à évoluer par projets successifs.
François Tirot et l’invention du Carré Sénart
Dans les années 1990, l’enjeu devient de donner une structure à cette ville éclatée dont l’aménagement s’est poursuivi dans le prolongement des bourgs existants. En 1994, l’urbaniste François Tirot rejoint l’EPA Sénart comme directeur de l’aménagement et du paysage. Il imagine alors, sous l'égide de Jean-Jacques Fournier, un carré de 1,4 kilomètre de côté au milieu des champs. Plus qu’un quartier déjà défini, il propose un cadre d’organisation. Le paysage devient ainsi le support de développement de la future centralité.
Une trame paysagère pour une ville en devenir
Le projet repose sur une trame paysagère forte. Le carré est délimité par un quadruple alignement d’environ 2500 tilleuls argentés et traversé par des canaux destinés notamment à gérer les eaux pluviales. À l’intérieur, des parcelles de 120 mètres de côté organisent l’espace selon une trame régulière, qui permet d’accueillir progressivement différents usages dont le programme reste à définir : bureaux, services et équipements…. Le paysage devient ainsi l’ossature d’un quartier encore en construction. A ce jour, aucun programme de logements n’a été construit.
Double alignement de tilleuls, 2026 © Martin Argyroglo
Le centre commercial, une centralité inattendue
Même à l’intérieur du Carré, le centre commercial semble émerger au milieu des champs (2026) © Martin Argyroglo
Un pôle d'attractivité
Aujourd’hui, le centre commercial, conçu par l’architecte Jean-Paul Viguier, est devenu le pôle majeur d’attractivité de cet ensemble. Inauguré en 2002, il constitue le premier grand repère du Carré Sénart et contribue à donner une visibilité à cette nouvelle centralité. Pourtant, il ne représente qu’un élément d’un projet urbain plus vaste, pensé autour d’une trame paysagère et d’un développement progressif. Le Carré Sénart voit ainsi son cœur urbain émerger autour d’un équipement commercial privé, plutôt que d’un espace public traditionnel. Le centre commercial est caractéristique d’un urbanisme monofonctionnel.
L'architecture du centre
Le bâtiment reprend la forme carrée du projet urbain dont il porte le nom. Son volume est divisé par une diagonale séparant les espaces commerciaux des parkings. L’architecture, sobre et géométrique, associe pierre, métal et surfaces vitrées. De grandes verrières éclairent les galeries intérieures, conçues comme des rues de ville. Le centre multiplie aussi les références à la nature : éolienne, arbres dans l’atrium, chants d’oiseaux ou motifs animaliers participent à construire un imaginaire paysager au cœur d’un espace commercial et artificiel.
Carré Sénart, 2026 © CAUE 91
Le Théâtre-Sénart, Scène nationale, une silhouette singulière dans le paysage
Le Théâtre-Sénart, Chaix & Morel architectes © Martin Argyroglo
La culture au cœur d’une ville nouvelle en construction
Depuis sa création dans les années 1970, la Ville Nouvelle de Sénart cherche à accompagner son développement par la création de logements, d’emplois, de services et de lieux de vie. Après l’aménagement des quartiers résidentiels et des pôles économiques, l’enjeu est aussi de proposer des équipements capables de rassembler les habitants. En 2006, le constat est fait que les salles de spectacles existantes sont devenues tropexiguësface à l’augmentation de la population et à la fréquentation croissante du territoire : un grand équipement culturel devient nécessaire.
Un lieu de création et de diffusion artistique
Inauguré en 2015, le Théâtre-Sénart devient le principal équipement culturel du Carré Sénart. Cette scène nationale, soutenue par le ministère de la Culture et les collectivités locales, propose chaque saison une programmation riche et variée autour du théâtre, de la danse, de la musique et des arts de la piste. Avec près de 10 000 m², le bâtiment accueille deux salles : une grande salle de 843 places et une salle modulable pouvant recevoir jusqu’à 1 200 spectateurs debout pour des concerts. Au-delà des spectacles, le théâtre développe également des ateliers, rencontres et actions culturelles destinés à créer un lien avec les habitants.
Un totem architectural au cœur du Carré
Conçu par les architectes Philippe Chaix et Jean-Paul Morel, de l’agence Chaix & Morel et associés, le Théâtre-Sénart affirme la place de la culture dans le projet urbain du Carré. Leur agence est notamment connue pour avoir réalisé de grands équipements culturels, comme le Zénith de Paris. Ici, les architectes ont imaginé un bâtiment-signal : une silhouette d’acier haute de 29 mètres, visible au loin, qui s’impose dans le paysage, mais dont la matérialité semble vouloir s’estomper dans le ciel. Son enveloppe en aluminium perforé est un élément essentiel du projet : éclairée la nuit, elle laisse apparaître une multitude de points lumineux évoquant une voie lactée. Ses formes géométriques font également écho au « carré » qui donne son nom au quartier.
Des ambitions de loisirs parfois restées à l’état de projet
Le Théâtre-Sénart s’inscrit dans une histoire plus ancienne d’ambitions pour le cœur de Sénart. Dans les années 1990, un vaste projet baptisé Francilia devait faire émerger une nouvelle centralité associant commerces, entreprises, transports et équipements de loisirs. Parmi ces ambitions, figurait notamment le Grand Stade de Sénart, une enceinte de 80 000 places qui devait devenir le cœur d’une véritable cité des sports. Le projet est finalement abandonné en 1993 lorsque l’État choisit Saint-Denis pour accueillir le futur Stade de France. Le nom de Francilia perdurera toutefois dans l’histoire du site : il désignait à l’origine le projet commercial qui deviendra ensuite le Carré Sénart. Aujourd’hui, le Théâtre-Sénart incarne une partie de cette ambition initiale : faire de ce secteur un lieu où l’on vient non seulement travailler ou habiter, mais aussi se rencontrer et partager des expériences culturelles.
L'ICAM, un campus au cœur du projet de Carré Sénart
L’ICAM vu depuis le canal (2026) © Martin Argyroglo
Former les ingénieurs de demain
Choisie en 2012 pour accueillir l'ICAM, Institut Catholique d'Arts et Métiers, Sénart s'est imposée face au plateau de Saclay afin de renforcer le pôle des sciences de l'ingénieur du territoire. L'école s'appuie sur la présence d'entreprises industrielles majeures, comme Safran, pour développer les liens entre formation, recherche et monde économique. Le campus peut accueillir près de 1 000 étudiants et 300 apprentis.
Une école tournée vers l'industrie
L'ICAM est une école d'ingénieurs fondée en 2009, dont la pédagogie d'inspiration jésuite met l'accent sur l'accompagnement des étudiants. Le campus rassemble des espaces d'enseignement, des ateliers de recherche, une résidence étudiante, un FabLab ouvert en 2016 et une école de production destinée à former des jeunes aux métiers de l'industrie.
Une architecture intégrée à son environnement
Conçu par l'agence L35 architectes, le campus s'inscrit dans une démarche de sobriété architecturale et environnementale. Son habillage en bois, choisi pour améliorer les performances thermiques, rompt avec l'image des bâtiments entièrement vitrés. Les volumes, les couleurs et les hauteurs ont été étudiés pour intégrer harmonieusement l'école dans le paysage du Carré Sénart. Certifié BREEAM Good et conforme à ladernière réglementation thermique de l’époque, le projet témoigne de cette ambition.
La Ferme de Varâtre, une histoire agricole à l’épreuve de la ville nouvelle
La ferme de Varâtre à Lieusaint, 2026 © Martin Argyroglo
Le plus ancien ensemble bâti du Carré Sénart
Au milieu du paysage contemporain du Carré Sénart, la ferme de Varâtre rappelle une histoire bien plus ancienne que celle de la ville nouvelle. Elle constitue aujourd’hui le plus ancien ensemble bâti conservé du Carré Sénart. Exploitée jusqu’en 2019 en arboriculture, cette ferme a poursuivi une activité agricole pendant plusieurs siècles, sur un site occupé depuis le Moyen Âge. Acquise par Grand Paris Sud pour assurer sa sauvegarde, elle ouvre aujourd’hui une nouvelle page de son histoire avec un projet de tiers-lieu nourricier mené dans le cadre de la Stratégie Agricole Alimentaire Territoriale.
Photo aérienne de la Ferme de Varâtre aujourd’hui © IGN (source : Cartes.gouv)
Une architecture agricole héritée de la Brie
La ferme de Varâtre illustre l’architecture traditionnelle des grandes fermes briardes. Dans ces régions de grandes cultures, les bâtiments sont organisés autour d’une cour fermée, destinée à protéger les activités agricoles et les habitants. Les ouvertures sont principalement tournées vers l’intérieur, tandis que les murs extérieurs sont souvent plus sobres. Les fermes les plus anciennes pouvaient également conserver des éléments défensifs, comme des fossés, des douves ou des tours.
© INRAP
Du fief médiéval au château de la Renaissance
Le toponyme de Varâtre apparaît dans les archives dès le XIIᵉ siècle. Au XVe siècle, le lieu devient un fief d’une certaine importance, avant de connaître un développement majeur au XVIᵉ siècle sous l’impulsion de Thomas Gayant, conseiller du Roi. Il fait alors construire un vaste « grand hostel », demeure seigneuriale organisée autour de deux cours : une cour d’honneur et une cour de travail. Le domaine comprend également des douves, un colombier et un jardin à la française dont il ne reste aujourd’hui plus de traces.
Le colombier de la ferme de Varâtre, 2026 © CAUE 91
Une ferme construite sur les traces d’un château disparu
À partir du XVIIIᵉ siècle, l’ancien château évolue progressivement vers un usage agricole. Le logis est transformé en grange et l’organisation du site se recentre autour des besoins de l’exploitation. Les bâtiments actuels datent principalement du XIXᵉ siècle et du début du XXᵉ siècle, donnant à l’ensemble son apparence de grande ferme briarde. Pourtant, le tracé ancien demeure perceptible : le plan quadrangulaire, la double cour et les douves asséchées rappellent encore l’existence de l’ancien domaine seigneurial.
© Etude Christian Corvisiert sur la ferme de Varâtre, 2015
Le colombier, témoin du pouvoir seigneurial
Parmi les éléments remarquables du site figure le colombier, construit aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles. Cette tour abrite plus de 1 700 boulins, ces niches en terre cuite où logeaient les pigeons. Au-delà de sa fonction agricole, le colombier était autrefois un symbole de statut : sa possession était associée aux seigneurs disposant d’un droit de justice. Restauré en 2020, il témoigne encore aujourd’hui de l’importance passée du domaine.
© Etude Christian Corvisiert sur la ferme de Varâtre, 2015
Une ferme face aux transformations de Sénart
La ferme de Varâtre n’a jamais cessé son activité agricole jusqu’en 2019. Pendant plusieurs décennies, son exploitant a dû adapter son travail face aux transformations profondes du territoire liées à la création de la ville nouvelle et à la réduction progressive de ses terres agricoles. D’abord ferme de polyculture et d’élevage, elle s’est tournée vers l’arboriculture. Une partie des vergers a disparu, mais deux parcelles subsistent encore aujourd’hui : l’une à la Clé de Saint-Pierre, préservée grâce à une mobilisation citoyenne, l’autre à proximité du siège de Grand Paris Sud. Acquise par l’agglomération pour assurer sa sauvegarde, la ferme fait aujourd’hui l’objet d’un projet de tiers-lieu nourricier. Cette démarche rappelle que préserver ce patrimoine ne consiste pas seulement à conserver des bâtiments anciens, mais aussi à protéger les terres agricoles et la mémoire des pratiques qui ont façonné le territoire.
La ferme de Varâtre lors des travaux d’aménagement du Carré Sénart. On distingue à gauche les vergers, puis le canal en cours de percement, et au loin l’allée royale sans les séquoias © Phillipe Caumes
Pour aller plus loin :
Histoire de voir #1 - Visitez la Ferme de Varâtre. Un patrimoine d’exception à Grand Paris Sud, une vidéo de 2min54 sur la ferme.
Panorama sur la ferme de Villépècle
Notre parcours touche bientôt à sa fin. Prenez le temps d’observer au loin la silhouette de la ferme de Villepècle : elle émerge au milieu des champs, accompagnée par la perspective de l’Allée Royale. Derrière cette présence discrète dans le paysage, se cache une histoire ancienne, celle d’un domaine seigneurial qui témoigne encore aujourd’hui de l’organisation des grandes exploitations agricoles de la Brie.
La Ferme de Villepècle, une architecture briarde au coeur du paysage
Vue sur la ferme de Villepècle à Lieusaint © Martin Argyroglo
Une ferme briarde entre protection et production
La ferme de Villepècle illustre le modèle des grandes fermes briardes à cour fermée. Dans ces régions de grandes cultures, les bâtiments s’organisent autour d’une vaste cour centrale où se concentrent les activités agricoles. Les murs extérieurs, peu ouverts, pouvaient jouer un rôle protecteur. Les domaines les plus anciens conservaient parfois de véritables dispositifs défensifs, avec fossés, douves, tourelles ou portes fortifiées. À Villepècle, cette double identité, entre château et ferme, est encore visible.
Photo aérienne de la Ferme de Villepècle aujourd’hui © IGN (source : Cartes.gouv)
Les vestiges d’un château fort médiéval
Édifiée à l’emplacement d’un château fort du XIVᵉ siècle, la ferme conserve les traces de son passé seigneurial. Le premier ensemble correspond aux vestiges de l’ancien château : des murs en moellons, des douves encore en eau et des tourelles circulaires aux angles rappellent son origine fortifiée. Les petites ouvertures percées dans les murs témoignent également de la fonction défensive du lieu. Au XIXᵉ siècle, certains éléments décoratifs sont ajoutés pour renforcer l’image médiévale du domaine.
Une grande exploitation agricole de la Brie
À côté des vestiges du château, Villepècle conserve les bâtiments caractéristiques d’une grande ferme traditionnelle. De longs corps de ferme aux toitures de tuiles s’organisent autour d’une cour centrale. Les façades, construites en moellons ou en pierre, présentent peu d’ouvertures côté extérieur et davantage d’ouvertures côté cour. Cette organisation répondait aux besoins d’une agriculture de grande exploitation, notamment céréalière, qui a longtemps façonné les paysages de la Brie.
Carte postale ancienne de la ferme de Villepècle © Archives de la Ville de Lieusaint
Une ferme au cœur de l’histoire agricole de Sénart
Au cours des XIXᵉ et XXᵉ siècles, Villepècle participe à l’histoire agricole du territoire. Comme beaucoup de fermes briardes, elle est liée au développement des grandes cultures, notamment celle de la betterave, qui occupait une place majeure dans la région. Les cartes topographiques des années 1950 indiquent la présence d’une distillerie sur le site, vraisemblablement destinée à la production d’alcool de betterave. Cette activité témoigne du lien entre agriculture et petites industries locales avant les transformations urbaines de Sénart.
Carte topographique, 1950-65 © Cartes.gouv
Un patrimoine rural aujourd’hui réinventé
Aujourd’hui, la ferme de Villepècle a changé d’usage et accueille des activités de réception, séminaires, mariages... Comme Varâtre, Villepècle rappelle que le paysage contemporain de Sénart conserve les traces d’un monde rural ancien, dont les bâtiments mais aussi les savoir-faire méritent d’être préservés.
La ferme de Villepècle, le long de l’Allée Royale, 2026 © Martin Argyroglo
Arrêt de bus TZEN 1
Accéder au parcours
RER
Gare RER de Corbeil-Essonnes


