Montfermeil, ville d'histoire et de transformations urbaines
Montfermeil




Cette balade explore les profondes mutations qui ont façonné Montfermeil aux XXe et XXIe siècles. De l’urbanisation pavillonnaire du début du XXe siècle aux grands ensembles de l’après-guerre, puis aux opérations contemporaines de renouvellement urbain, l’architecture raconte ici une histoire moderne de la banlieue parisienne.
Le parcours traverse des séquences urbaines très différentes : les lotissements de Franceville, témoins de l’aspiration populaire à la maison individuelle ; les grands ensembles et leurs équipements, construits pour répondre à la crise du logement ; enfin, les transformations plus récentes qui cherchent à adapter ces héritages aux usages et aux enjeux actuels.
Entre réhabilitations, démolitions, nouveaux logements et requalification des espaces publics, la visite revient sur les ambitions, les réussites et les contradictions de ces projets. Elle évoque aussi les parcours de plusieurs architectes qui ont contribué à cette histoire, parmi lesquels Bernard Zehrfuss, Renée Gailhoustet et l’agence Encore Heureux.
Parcours conçu par le CAUE 93 en partenariat avec :

Ressources
- Archives de la Seine-Saint-Denis
- Archives de la ville de Montfermeil
- Gallica / BNF
- Département de la Seine-Saint-Denis
- Association Montfermeil et sa région – Musée des métiers – Société historique
Remerciements
Remerciement à Mme Céline Rouquette et au service Archives de la Ville de Montfermeil, ainsi qu’à l’équipe de Mme Corinne Pulicani, directrice des Affaires Culturelles et des Grands Evènements à la Ville de Montfermeil.
Aperçu du parcours
L’aqueduc de la Dhuis
La promenade de la Dhuys, dans l’une de ses portions forestières, dans la forêt de Bondy © Hugo Trutt / CAUE 93
Pendant les années de son action transformatrice, le baron Haussmann, Préfet de Paris de 1853 à 1870, fait de la gestion de l’eau l’une de ses priorités. Sous l’égide d’Eugène Belgrand, ingénieur hydraulique, il planifie méthodiquement l’aménagement de réservoirs, d’un réseau d’égouts modernes et de la multiplication des sources d’eau potable.
L'une des « bornes de la Dhuys », suivant l'ouvrage souterrain de l'aqueduc, dans la forêt de Bondy © Hugo Trutt / CAUE 93
Après des études sur les cours d’eau franciliens, la ville de Paris se porte acquéreur en 1859 des sources de la Dhuys, ainsi que des terrains destinés à la construction d’un futur aqueduc sur une distance de 130 kilomètres. Les flots de la Dhuis (aussi orthographiée “Dhuys”) sont choisis pour l’abondance avec laquelle ils jaillissent à Janvilliers dans la Marne.
Carte des dérivations d'eaux des sources de la Dhuis, de la Vanne et du Surmelin (1861) par Charles Avril. La ligne rouge en haut du plan est la dérivation de la Dhuis (Gallica / Bibliothèque Nationale de France)
L’aqueduc s’avèrera finalement décevant en termes de débit, après la dérivation des sources de la Dhuis (1863-1865), l’aqueduc est loin de fournir les 40.000 mètres cubes souhaités. Aujourd’hui, la Dhuis sert principalement à apporter de l’eau au site du parc d’attraction Disneyland Paris (Seine-et-Marne), et ses eaux n’atteignent plus le réservoir de Ménilmontant (Paris 20eme).
La Dhuys passait également au niveau du lieu-dit des Sept-Îles”, que vous traverserez au cours de cette visite sur Détour. Carte postale de 1900 (Archives de la ville de Montfermeil)
Le passage de l’aqueduc étant souterrain, une promenade piétonne de 27 km le long de son tracé a été aménagé en 1998, sur demande de l’agence des espaces verts d’Ile-de-France, sur la portion entre le Raincy (93) et Dampart (77). C’est l’agence de paysagistes Signes (Allain Provost, Alain Cousseran) qui remporte le concours international en prenant pour parti de valoriser le “ruban vert” de l’emprise de l’aqueduc. Elle propose ainsi “une promenade décloisonnée en balcon sur un paysage morcelé, favorisant ainsi le désenclavement et le lien entre la campagne et la ville”.
L’une des “vagues” emblématiques de l’aménagement de la promenade de l’aqueduc par l’agence de paysagistes Signes © Hugo Trutt / CAUE 93
Le tracé de la ligne 16 vient intersecter à celui de l’aqueduc à hauteur de la gare de Clichy/Montfermeil, juste avant qu’il entre dans la forêt de Bondy. L’aménagement du parvis de la gare mettra en valeur le tracé de cet aqueduc sous forme d’un aménagement paysager. À Montfermeil, une voie dans le quartier des Sept-Îles porte le nom d’avenue de la Dhuis.
Regard de visite de l'historique aqueduc de la Dhuis (ou Dhuys), construit entre 1863 et 1865 sous Napoléon III pour acheminer l'eau de l'Aisne vers Paris © Hugo Trutt / CAUE 93
L’aqueduc de la Dhuis
La promenade de la Dhuys, dans l’une de ses portions forestières, dans la forêt de Bondy © Hugo Trutt / CAUE 93
Pendant les années de son action transformatrice, le baron Haussmann, Préfet de Paris de 1853 à 1870, fait de la gestion de l’eau l’une de ses priorités. Sous l’égide d’Eugène Belgrand, ingénieur hydraulique, il planifie méthodiquement l’aménagement de réservoirs, d’un réseau d’égouts modernes et de la multiplication des sources d’eau potable.
L'une des « bornes de la Dhuys », suivant l'ouvrage souterrain de l'aqueduc, dans la forêt de Bondy © Hugo Trutt / CAUE 93
Après des études sur les cours d’eau franciliens, la ville de Paris se porte acquéreur en 1859 des sources de la Dhuys, ainsi que des terrains destinés à la construction d’un futur aqueduc sur une distance de 130 kilomètres. Les flots de la Dhuis (aussi orthographiée “Dhuys”) sont choisis pour l’abondance avec laquelle ils jaillissent à Janvilliers dans la Marne.
Carte des dérivations d'eaux des sources de la Dhuis, de la Vanne et du Surmelin (1861) par Charles Avril. La ligne rouge en haut du plan est la dérivation de la Dhuis (Gallica / Bibliothèque Nationale de France)
L’aqueduc s’avèrera finalement décevant en termes de débit, après la dérivation des sources de la Dhuis (1863-1865), l’aqueduc est loin de fournir les 40.000 mètres cubes souhaités. Aujourd’hui, la Dhuis sert principalement à apporter de l’eau au site du parc d’attraction Disneyland Paris (Seine-et-Marne), et ses eaux n’atteignent plus le réservoir de Ménilmontant (Paris 20eme).
La Dhuys passait également au niveau du lieu-dit des Sept-Îles”, que vous traverserez au cours de cette visite sur Détour. Carte postale de 1900 (Archives de la ville de Montfermeil)
Le passage de l’aqueduc étant souterrain, une promenade piétonne de 27 km le long de son tracé a été aménagé en 1998, sur demande de l’agence des espaces verts d’Ile-de-France, sur la portion entre le Raincy (93) et Dampart (77). C’est l’agence de paysagistes Signes (Allain Provost, Alain Cousseran) qui remporte le concours international en prenant pour parti de valoriser le “ruban vert” de l’emprise de l’aqueduc. Elle propose ainsi “une promenade décloisonnée en balcon sur un paysage morcelé, favorisant ainsi le désenclavement et le lien entre la campagne et la ville”.
L’une des “vagues” emblématiques de l’aménagement de la promenade de l’aqueduc par l’agence de paysagistes Signes © Hugo Trutt / CAUE 93
Le tracé de la ligne 16 vient intersecter à celui de l’aqueduc à hauteur de la gare de Clichy/Montfermeil, juste avant qu’il entre dans la forêt de Bondy. L’aménagement du parvis de la gare mettra en valeur le tracé de cet aqueduc sous forme d’un aménagement paysager. À Montfermeil, une voie dans le quartier des Sept-Îles porte le nom d’avenue de la Dhuis.
Regard de visite de l'historique aqueduc de la Dhuis (ou Dhuys), construit entre 1863 et 1865 sous Napoléon III pour acheminer l'eau de l'Aisne vers Paris © Hugo Trutt / CAUE 93
La future Gare de Métro Clichy-Montfermeil
Vue de la gare Clichy – Montfermeil depuis son parvis (image de synthèse : livraison prévue fin 2026 / 2027) © Agence Miralles – Tagliabue EMBT / bordas + peiro / Société des grands projets
La future station Clichy-Montfermeil est réalisée par l’agence Benedetta Tagliabue – EMBT Architects (Barcelone, Espagne). La gare symbolise l’achèvement d’une politique emblématique de renouvellement urbain dans le quartier prioritaire « Haut-Clichy – Centre-Ville – Bosquets – Lucien-Noël ». Le quartier des Bosquets, situé sur le territoire municipal de Montfermeil, a fait l’objet de nombreuses démolitions-reconstructions depuis le début des années 2000, dont celle de la tour Utrillo, en 2017, à l’emplacement de laquelle est actuellement construite la station de métro « Clichy-Montfermeil ».
Si le nouveau visage du quartier est indéniable, avec des constructions nouvelles aux écritures et aux couleurs très variées, les usages des espaces publics ne sont pas encore complètement arrêtés. Le projet des architectes catalans, réalisé pour le compte de la Société du Grand Paris dans le cadre de l’élargissement du réseau de métro francilien, dépasse le cadre de la seule gare de métro et comprend aussi l’aménagement de son parvis.
Le tracé de la future ligne de métro 16, qui reliera Saint-Denis Pleyel à Noisy - Champs (Société des Grands Projets / RATP)
Débordant du seul cadre du bâtiment de la gare, une pergola aux formes organiques et bigarrées s’étend sur l’ensemble de la place, couvrant également de son ombre une bonne partie de l’espace où se déroule le marché deux fois par semaine.
Le traitement du parvis de la gare, situé le long du tracé historique de l’aqueduc de la Dhuis, met en évidence ce cheminement de l’eau en sous-sol par un aménagement paysager verdoyant.
La gare fait le choix esthétique de la couleur afin de revitaliser une place aujourd’hui minérale et grise. Les motifs du pavage, les formes et les couleurs de la pergola font écho aux motifs décoratifs des tissus traditionnels du continent africain.
La future gare se monte derrière les palissades, en août 2026 © Hugo Trutt / CAUE 93
Sur la façade arrière de la gare, l’artiste et photographe JR livre une fresque monumentale de 225 m² qui met en scène les habitants de Clichy-sous-Bois et de Montfermeil. Il s’agit d’un collage composé de photographies de 850 habitants, imprimées sur des carreaux de céramique. Issu du monde du street art, l’artiste JR réalise depuis plus de vingt ans, avec la complicité du réalisateur Ladj Ly, des projets sur le territoire du grand ensemble de Clichy-Montfermeil.
Client : Société du Grand Paris
Architecte :**** Benedetta Tagliabue (ES), mandataire français : Bordas + Peiro
Ouverture prévue : 2027
Les Ateliers Médicis (livraison en 2027)
Les “sheds” (dents de scie) caractéristiques de la toiture des futurs Ateliers Médicis, photographiés à la fin du chantier, en août 2026 © Hugo Trutt / CAUE 93
À proximité de la future gare de métro Clichy-Montfermeil se dresse un nouveau bâtiment en bois, reconnaissable à sa façade recouverte de briques et de bardages en bois, ainsi qu’à son toit en dents de scie (« sheds ») imitant ceux des anciennes usines. Il s’agit du bâtiment pérenne des Ateliers Médicis et du futur équipement culturel central d’un quartier complètement transformé depuis vingt ans.
Le chantier des Ateliers Médicis porte une démarche de construction durable exemplaire, en ayant largement recours à des matériaux biosourcés, comme le bois, à des matériaux produits localement, comme la terre crue et la pierre, ainsi qu’à des matériaux de réemploi, comme les briques.
Les futurs Ateliers Médicis s’élèvent à côté du futur métro “Clichy - Montfermeil” et deviennent progressivement l’un des grands repères de l’espace public. Août 2026 © Hugo Trutt / CAUE 93
La monumentalité de l’ensemble est assumée. Dans la partie basse du socle, au niveau de la rue, sont abritées les activités de projection, les représentations de spectacles vivants et les espaces d’exposition. La partie haute, largement ouverte et végétalisée, sera également partiellement accessible au public afin de lui permettre de « prendre de la hauteur » et de bénéficier d’une vue panoramique.
L’agence Encore Heureux, qui signe le projet, revendique une approche festive et joyeuse de l’architecture, conciliant la rigueur de la pratique architecturale avec une vraie fantaisie d’usage. Ses membres résument ainsi leur pratique : « C’est sérieux de faire marrer les gens. Nous le faisons avec rigueur et méthode. »
Les Ateliers Médicis, vivier de talents artistiques, sont nés sur le territoire de Clichy-Montfermeil en 2007, dans le sillage des émeutes urbaines. Pendant francilien et populaire de la Villa Médicis, ils constituent d’ores et déjà un établissement culturel structurant du Grand Paris. Leurs actions sont volontairement très ouvertes au public local, et en premier lieu aux habitants du quartier, par des actions de sensibilisation, des ateliers scolaires, etc.
En 2011, un premier projet visait à installer les Ateliers Médicis dans la tour Utrillo désaffectée, dans le quartier des Bosquets. Celle-ci a finalement été détruite pour laisser place à la future gare de métro Clichy-Montfermeil. Les Ateliers Médicis occupent depuis 2018 un bâtiment temporaire au toit rouge emblématique, déjà réalisé par l’agence Encore Heureux et situé à quelques centaines de mètres du futur centre culturel.
Commanditaire : EPCC Ateliers Médicis
Architecte : Encore Heureux (Nicola Delon, Sonia Vu et Sébastien Eymard)
Labels : biosourcé niveau 3, E+C−, RE2020
Livraison prévue : 2026
La copropriété des Bosquets et le grand ensemble
Les Bosquets - Carte postale des éditions Raymon, années 1960. De nombreuses cartes postales étaient éditées pour illustrer les nouveaux grands ensembles modernistes (Archives départementales de la Seine-Saint-Denis)
Le quartier des Bosquets, à Montfermeil, est issu de l’urbanisation du plateau de Clichy-Montfermeil dans les années 1960, sous la houlette des architectes Bernard Zehrfuss et Christian Ottin. Contrairement aux idées reçues, il s’agit moins d’une cité HLM que d’une vaste copropriété privée, fragilisée dès sa mise en service par une commercialisation spéculative. Le quartier des Bosquets est aujourd’hui cité comme un exemple des transformations liées au renouvellement urbain depuis les années 2000.
Le nom de « Bosquets » renvoie à l’ancien paysage du secteur, adjacent à la forêt de Bondy. Au XIXe siècle, le secteur appartient notamment au domaine du baron Moutier, qui fait construire, vers 1855, le « château des Bosquets ». C’est sur ce site qu’est édifiée la résidence des Bosquets entre 1962 et 1970. La copropriété des Bosquets s’insère dans un ensemble résidentiel moderne plus large, désigné sous le nom de « Clichy-Montfermeil », comptant environ 7 000 logements réalisés entre 1954 et 1982.
Vue aérienne du Grand Ensemble, datée de 1997, issue du fonds de photographies aériennes Marcel Chevret. Suivant les logiques architecturales et urbanistiques du mouvement moderne, les bâtiments sont disposés de manière orthogonales pour maximiser l’ensoleillement. Nombreux sont les bâtiments qui ont été démolis ou totalement restructurés ( © Marcel Chevret - Archives départementales de la Seine-Saint-Denis )
Les Bosquets sont principalement constitués d’immeubles en copropriété privée, financés notamment grâce aux prêts aidés « Logécos ». À la suite de difficultés de commercialisation, la copropriété entre rapidement dans un cercle de difficultés : impayés, défaut d’entretien, hausse des charges, dégradation des équipements et départ des premiers ménages.
Dans les années 1980 et 1990, le quartier devient emblématique des copropriétés dégradées et de la relégation urbaine. Les émeutes de 2005, consécutives au décès de Zyed Benna, 17 ans, et Bouna Traoré, 15 ans, deux jeunes habitants du quartier, révèlent à l’échelle nationale les fractures sociales et territoriales du plateau.
Montfermeil, les Bosquets Carte postale (Rétrogéographie)
Le programme de rénovation urbaine engagé par l’ANRU, l’Agence nationale pour la rénovation urbaine, au milieu des années 2000 transforme radicalement le site : démolition de nombreuses barres et tours, relogement, réhabilitation de bâtiments conservés, reconstruction de logements plus bas et diversifiés, création de nouveaux espaces publics et d’équipements. Sur l’ensemble du plateau, près de 750 millions d’euros ont été mobilisés ; depuis 2008, plus de 1 000 logements ont été démolis, et un nombre comparable a été reconstruit ou rénové.
La résidence Paul-Langevin à Montfermeil à fait l’objet d’une requalification lourde, par l’architecte Alexandre Eléfant, sur une centaine de logements (livrée en 2007). L’opération, située dans le quartier des Bosquets, a vu la démolition partielle de certaines barres et la reprise totale des façades. Une fiche d’analyse de l’opération est disponible sur le site du CAUE 93 © Hugo Trutt / CAUE 93
En 2020, la dernière barre d’habitation historique de la cité, la barre « B5 », ou bâtiment 5, a été démolie. Le mythique « B5 » était surnommé « le monument » par les habitants de la cité des Bosquets, selon des propos rapportés par l’artiste-photographe Aristide Barraud, qui a documenté sa démolition. Cette barre a inspiré le film Bâtiment 5, sorti en salles en 2023, du réalisateur Ladj Ly.
La transformation ne relève donc pas d’une simple « réhabilitation » : elle correspond à une recomposition presque complète de la morphologie du quartier, substituant progressivement aux grandes barres un tissu de petites résidences, de maisons groupées, d’équipements et d’espaces verts. Les immeubles construits depuis obéissent à leur propre logique architecturale et ne cherchent pas à s’insérer dans la verticalité des bâtiments disparus du grand ensemble de Clichy-Montfermeil.
Le quartier des Bosquets aujourd’hui a perdu la verticalité qu’on pouvait lui connaître jusqu’aux années 2000. Il est composé majoritairement de bâtiments bas et colorés, issus des programmes de renouvellement urbain © Hugo Trutt / CAUE 93
Avec l’arrivée prochaine du métro, les Bosquets et le grand ensemble de Clichy-Montfermeil entreront dans une nouvelle phase de leur développement.
Le Domaine Formigé
La grande demeure du Domaine Formigé est une construction moderne (1963), construite dans le parc où s’élevait jusqu’alors le Château des Bosquets © Hugo Trutt / CAUE 93
Le domaine Formigé, à Montfermeil, provient d’anciennes terres boisées autrefois liées au marquis de Montfermeil et à l’abbaye de Chelles. Après la Révolution, ces terrains deviennent une propriété privée.
En 1850, le baron Moutier achète environ 120 hectares et fait construire, en 1855, le château alors appelé « château des Bosquets ». C’est lui qui donnera son nom au quartier des Bosquets, dont il n’est distant que de quelques centaines de mètres.
À la fin du XIXe siècle, le domaine passe à la famille Célérier, qui l’utilise notamment pour la chasse. En 1903, il entre dans la famille Formigé par mariage. Le nom actuel s’impose à partir de 1960, lorsque Robert Formigé en hérite. Il aménage quatre étangs dans la forêt de Bondy et fait construire, en 1963, la maison qui se trouve aujourd’hui devant l’ancien château (démoli la même année).
La “propriété Célérier”, ancien château des Bosquets. Elle sera détruite car construite avec des matériaux de trop mauvaise qualité
La grande maison néo-régionaliste édifiée en 1963 au cœur du domaine Célérier reprend la grammaire architecturale des grandes demeures traditionnelles franciliennes : toit à fortes pentes, lucarnes, cheminées imposantes, volets battants en bois, etc. Les murs des façades sont couverts de fines pierres calcaires de couleur beige clair, qui ajoutent un aspect rustique à l’ensemble.
C’est seulement si on s’attarde que l’on peut s'apercevoir du fait qu’il s’agit d’une construction des “trente glorieuses”, avec des baies larges et régulières.
La maison du Domaine Formigé, vue depuis l’arrière du parc © Hugo Trutt / CAUE 93
Entre 1964 et 1974, la société Sicli loue le domaine pour des séminaires et des formations à la lutte contre l’incendie. Le domaine est alors surnommé “l’école du feu” !
Les PTT l’achètent ensuite et y ouvrent, en 1981, un centre de loisirs pour les enfants de leurs agents, avec piscine et terrains de sport. Ce centre ferme en 2001.
La Médialudothèque du Petit Prince, située dans des bâtiments modernes au coeur du domaine. Leur aspect néo-régionaliste est moins marqué © Hugo Trutt / CAUE 93
La ville de Montfermeil acquiert le domaine en 2002 et le transforme progressivement en pôle culturel : médiathèque, ludothèque, activités artistiques et sportives. Depuis 2023, il accueille aussi des services municipaux.
Au fond du parc, un kiosque aux décorations en rusticage (faux-bois en ciment prompt) © Hugo Trutt / CAUE 93
La balade dans le parc réserve des surprises, un kiosque décoré en rocaille, daté probablement du début du XXe, et de grands cèdres rappellent le passé bourgeois du domaine.
L’hôpital de Montfermeil
L’entrée de l’hôpital de Montfermeil (GHI Le Raincy Montfermeil) Août 2026 © Hugo Trutt / CAUE 93
L'année 1927 marque le début de la conception architecturale de ce qui deviendra l'Hôpital intercommunal de Montfermeil (aujourd'hui le Groupe Hospitalier Intercommunal Le Raincy-Montfermeil). Il témoigne de la volonté commune de 9 communes à l’origine : Clichy-sous-Bois, Coubron, Gagny, Gournay-sur-Marne, Livry-Gargan, Montfermeil, Neuilly-Plaisance, Neuilly-sur-Marne et Vaujours.
La création d’un tel hôpital apparaît nécessaire. Les malades de la ville de Montfermeil, s’ils voulaient se rendre à l’hôpital devaient jusque-là se rendre à Argenteuil ou à Gonesse. Situés loin de la ville, mal desservis, il était presque impossible de rendre visite aux malades ou d’avoir des communications sur leur état de santé.
Montfermeil - hopital intercommunal. (M. Maurice Leroy, architecte) - Façade nord : côté chirurgie et maternité (circa 1930) (éditions fotofox / Archives départementales de la Seine-Saint-Denis)
Lors des premières discussions entre édiles, ce sont d'abord des terrains à Clichy-sous-Bois, Vaujours et Coubron qui sont envisagés. Puis, ce sont les terrains de la propriété de M. Poirier (les Perriers) qui sont finalement choisis. Ce revirement spectaculaire animera quelques débats, par éditoriaux interposés, dans la presse local et régionale.
En 1929, le projet final est ambitieux : l'hôpital de Montfermeil sera un hôpital moderne, qui comprend l'ensemble des services médicaux possibles (médecine générale, chirurgie, maternité, tuberculeux, "pavillons pour agités", etc. Au total, ce seront jusqu'à 1200 lits qui sont d'abord envisagés. L'architecte retenu est M. Leroy, architecte de l'assistance publique à Paris.
Les agrandissements des hôpitaux régionaux de Gonesse et Villeneuve Saint-Georges, décidés en parallèle, viendront tempérer le projet initial qui sera vu largement à la baisse.
L’hôpital de Montfermeil, vue depuis le bas de la butte. Aujourd’hui cette perspective est obstruée par des extensions modernes (Domaine public)
Dans "L'Echo du Raincy", en Juillet 1935, le journaliste A. Lorentz fait du nouvel équipement une description enthousiaste : “Au point de vue technique, l'hôpital représente une véritable petite merveille, une sorte de Normandie terrestre (le paquebot prestigieux a été lancé au mois de mai) où toute parcelle d'énergie aura été canalisée vers cette seule mission guérir.”
L’hôpital, lors de son ouverture en 1935, bénéficie de toutes les techniques modernes : un courant amené par “deux lignes de 15.000 volts (...) avec la présence d'un groupe électrogène de secours”, “quatre ascenceurs”, “30 téléphones automatiques Ericson”, “vingt horloges électriques”, etc. Tout le confort moderne !
Des mosaïques élégantes indiquent les différentes entrées de l’hôpital de Montfermeil © Hugo Trutt / CAUE 93
Les premières années, les soins sont prodigués à la fois par des médecins spécialistes de renom, assistés de sœurs franciscaines.
Au fil des décennies, avec le développement urbain, l’hôpital de Montfermeil a développé son offre en ajoutant des nouveaux bâtiments à celui du premier hôpital de 1935.
Une école d’infirmières ouvrira même ses portes dans l’enceinte de l’établissement.
Depuis la rue de la Fontaine Jean-Valjean, on peut voir les extensions modernes de l’hôpital, qui ont permis de multiplier par deux le nombre de lits de l’établissement de soin © Hugo Trutt / CAUE 93
Le 1er janvier 2009, le Centre hospitalier intercommunal s’est associé à l’établissement voisin de soins de suite et de réadaptation Les Ormes pour former le Groupe hospitalier intercommunal Le-Raincy-Montfermeil.
Le tramway à Montfermeil
Le tramway à Montfermeil : c’est une longue histoire commune. Le tramway T4 et ses rames “Citadis Dualis”, ci-dessus, passe aujourd’hui dans la rue de l’église Aout 2026 © Hugo Trutt / CAUE 93
La ligne de tramway T4 constitue un moyen de transport structurant pour la ville de Montfermeil. Son tracé compte trois arrêts sur le territoire de Montfermeil : Notre-Dame-des-Anges, Arboretum et Hôpital de Montfermeil. La station Clichy-Montfermeil est, quant à elle, techniquement située sur le territoire municipal de Clichy-sous-Bois.
Si la ligne a été mise en service en 2006 entre Bondy et Aulnay-sous-Bois, sur le tracé de l’ancienne « voie des Coquetiers », c’est en 2019 qu’a ouvert la branche reliant Livry-Gargan à Montfermeil. Cette ligne de transports en commun contribue à désenclaver la ville, qui n’était auparavant desservie que par un réseau d’autobus.
Plan de la ligne 4 du tramway d'Île-de-France en 2020. On compte désormais 3 arrêts de tramway sur le territoire de Montfermeil. Le déploiement de la ligne T4 a contribué à désenclaver le territoire (Wikimedia commons - Chabe01 - Creative Commons Attribution – Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International)
C’est le retour d’une longue histoire commune entre Montfermeil et les tramways. La ville, longtemps considérée comme relativement isolée, a été reliée à la commune du Raincy par une ligne de tramway, la ligne 112, dès 1890. L’objectif était de permettre aux Montfermeillois de circuler plus facilement, mais aussi de faire de la ville une destination de villégiature ou de résidence secondaire au vert.
Le tramway dans la Grande Rue de Montfermeil, au début du XXe. On y trouvait une station du tramway (ligne 112 de la STCRP) (Domaine public / Wikimedia)
La première ligne de tramway suivait l’actuelle avenue Jean-Jaurès avant de se terminer place Jean-Mermoz, anciennement place des Marronniers, où se situait également le dépôt technique. La ligne devient rapidement bénéficiaire, grâce au développement du lotissement de Franceville, mais aussi au goût des Parisiens pour les guinguettes du bois de Bondy, de l’étang des Sept-Îles et à l’inaltérable attrait exercé par Les Misérables de Victor Hugo.
Le terminus de la ligne de tramway 112 au niveau de la place des Marronniers (aujourd’hui Jean-Mermoz, en face de la mairie) à Montfermeil. Début XXe. On reconnaît deux automotrices type 300 (Domaine public)
Exploitée par la Société des transports en commun de la région parisienne, ou STCRP, à partir de 1921, la ligne électrifiée disparaît en 1938. Sa suppression intervient en même temps que celle de presque toutes les lignes de tramway de France, remplacées par des autobus. Il faudra attendre le début des années 1990 pour que ce mode de déplacement décarboné revienne dans les rues françaises.
Le collège Jean-Jaurès — Renée Gailhoustet (1993)
Le parvis du collège Jean-Jaurès, réalisé par Renée Gailhoustet, tel qu’il sera après les rénovations. Image de synthèse © Agence Engasser & Associés
Construit en 1993, le nouveau collège Jean-Jaurès remplace un édifice préexistant à ossature métallique, construit en même temps que le grand ensemble de Clichy-Montfermeil et devenu obsolète. Cet équipement imposant, aux formes lyriques et aux allures de demi-soucoupe volante, est un marqueur du paysage urbain de Montfermeil. Cette œuvre singulière compte parmi les dernières réalisations de Renée Gailhoustet (née à Oran en 1929, morte en 2023).
Architecte majeure du XXe siècle en France, Gailhoustet est l’une des seules femmes à accéder, en son nom propre, à un important volume de commandes dès la fin des années 1960. Alors que les femmes architectes étaient souvent reléguées aux tâches les plus subalternes, elle s’illustre dès les années 1970 avec la réalisation du centre-ville d’Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, où elle invente avec Jean Renaudie une architecture nouvelle, faisant la part belle aux espaces de rencontre et aux jeux géométriques.
Le quartier de la Maladrerie, réalisé par Renée Gailhoustet à Aubervilliers, est aujourd’hui considéré comme une référence de quartier de logement social dans le monde entier © Hugo Trutt / CAUE 93
Le principal aménageur de Seine-Saint-Denis, la Sodédat 93, lui confie de nombreuses missions dans le jeune département, qui souhaite incarner un renouveau architectural en accord avec ses idées de progrès social. Elle signe ainsi la supervision du quartier emblématique de la Maladrerie à Aubervilliers, de 1974 à 1984, de l’îlot 8 à Saint-Denis, en 1985, ou encore d’une maison de quartier à Romainville, en 1990.
Elle choisit, pour le collège Jean-Jaurès, une architecture tout en courbes et en sinuosités, qui tranche radicalement avec la conception purement fonctionnaliste des établissements scolaires. En substituant la sinuosité aux angles droits, Gailhoustet propose une alternative accueillante, qui contraste avec la rigueur monotone du quartier voisin des Bosquets, avant son renouvellement.
Le collège Jean-Jaurès, en travaux, derrière des palissades de chantiers (août 2026). On distingue derrière les formes géométriques caractéristiques de son architecture © Hugo Trutt / CAUE 93
Les bâtiments sont majoritairement disposés sur les bords de la parcelle afin d’offrir, en son cœur, une grande cour de récréation aux élèves des dix-huit classes du collège. Soucieuse d’intégrer la nature dans les bâtiments, l’architecte prévoit des jardinières plantées, directement intégrées à la maçonnerie de béton, qui habillent les façades de vert.
Deux espaces partagés sont particulièrement remarquables : le CDI, construit en double hauteur au cœur des bâtiments du collège, et la salle polyvalente, qui se dresse comme une pointe monumentale au croisement des avenues Jean-Jaurès et Daniel-Perdrigé.
Le réfectoire (gauche) et le CDI (droite), tels que projetés à la fin du projet de rénovation. Image de synthèse © Agence Engasser & Associés
À l’été 2025, une campagne de travaux a commencé et doit s’achever à la rentrée scolaire de 2027. L’agence Engasser & Associés, missionnée pour cette opération de rénovation, revendique une stratégie d’« acupuncture architecturale », visant à préserver au plus près l’héritage patrimonial de Renée Gailhoustet tout en améliorant le confort des usagers et en optimisant les performances énergétiques.
Architectes : Renée Gailhoustet et Pascale Buffard
Maîtres d’ouvrage : Département de la Seine-Saint-Denis et Sodédat 93, aménageur
Rénovation : Agence Engasser & Associés / Bouygues Bâtiment Île-de-France
Livraison prévue : 2027
Le château d’eau de Montfermeil (1969)
Le château d’eau de Montfermeil, un marqueur important du paysage de la ville © Hugo Trutt / CAUE 93
Situé avenue des Lilas, le château d’eau de Montfermeil est un symbole discret de la ville, connu de tous ses habitants. Géré par le SEDIF, Syndicat des eaux d’Île-de-France, l’un des principaux gestionnaires d’eau potable en Île-de-France, il présente une particularité constructive.
L’ouvrage actuel, qui date de 1969, constitue un cas assez singulier : il enveloppe un réservoir plus ancien, datant de 1939. Les deux cuves sont concentriques : le support de l’ancienne cuve reste perceptible entre les appuis de l’ouvrage moderne. Pour des raisons de sécurité sanitaire, le château d’eau de Montfermeil ne se visite pas.
Au pied du château d’eau, on distingue bien les deux ouvrages successifs, construits de manière concentrique. Les noms des architectes et ingénieurs sont inconnus © Hugo Trutt / CAUE 93
Le château d’eau s’inscrit dans une longue tradition de captage de l’eau sur le territoire. La fontaine Buisson, popularisée par Victor Hugo dans Les Misérables, a longtemps été la seule source d’eau non calcaire de la ville accessible à tous. Les fontaines situées sur le domaine de Madame Hocquart ayant été fermées en 1807, à la suite des événements ayant suivi la Révolution française, les habitants furent privés de leur point d’accès historique à l’eau.
Pour celles et ceux qui souhaiteraient prolonger la balade, une autre curiosité locale se trouve sur le territoire voisin de Clichy-sous-Bois, allée de Montfermeil : deux passionnés de châteaux d’eau ont transformé en habitation un ouvrage désaffecté datant de 1875.
Les “Sept-Îles”
Le site des “Sept-Îles, représenté sur les cartes postales, n’a plus rien à voir avec le paysage urbain actuel. Ici, une vue de l’étang, aujourd’hui disparu, photographiée en 1903 © Hugo Trutt / CAUE 93
Difficile, aujourd’hui, lorsqu’on arrive au lieu-dit des « Sept-Îles », d’imaginer l’origine de ce nom. À l’emplacement de la zone commerciale se trouvait, jusqu’aux années 1960, un étang artificiel réalisé sur les ordres du duc d’Orléans afin d’assainir les terres situées à proximité.
Ce grand lac a été transformé en lieu d’agrément au début du XXe siècle, alors que la banlieue devient un terrain de loisirs et de villégiature pour les Parisiens, favorisé par le développement du chemin de fer. Rapidement, quelques guinguettes et troquets aux noms légendaires s’y installent : le « Balagan », le « Café-Restaurant des Platanes », renommé « Tivoli-Dancing », la « Maison Pasteur », le « Robinson », « L’Amie Émile » et le chic dancing du « Coq Hardi », où une tenue correcte est exigée. La banlieue incarne alors un dépaysement et une mise au vert pour les habitants de Paris et de ses environs, qui viennent à Montfermeil lors de leurs week-ends ou de leurs premiers congés payés.
La guinguette du “Rendez-vous des Sept-Îles - Au bon picolo” promet sur son frontons un restaurant, de la bière de la Meuse et des liqueurs (Archives de la ville de Montfermeil)
Dans son guide Les Étapes d’un touriste en France, publié en 1900, le journaliste Alexis Martin décrit l’atmosphère paisible de ces guinguettes : « Ce qu’on appelle les Sept-Îles est un vaste étang poissonneux, parsemé d’îlots feuillus ; sur son bord, un cabaretier a bâti sa maisonnette et dressé quelques tonnelles. Les pêcheurs viennent là manger les fritures qu’ils ont prises ou celles qu’on leur a préparées. »
Le café “Le Ballon”. Carte postale datée de 1947, les dernières belles années des guinguettes (Archives ville de Montfermeil)
Parmi les constructions du site des « Sept-Îles », la plus ambitieuse fut certainement celle du vélodrome, actif de 1897 à 1904. Cette piste artificielle, en ciment, avait la particularité d’enjamber l’eau, pour un spectacle total. Son succès fut modéré et les poutres nécessaires à sa construction furent finalement vendues à l’unité afin de construire le quartier voisin de Franceville.
Le vélodrome des “Sept-Îles” et son tracé spectaculaire © (Archives ville de Montfermeil)
En janvier 1968, l’étang des Sept-Îles est comblé afin de laisser place au Suma, une chaîne aujourd’hui disparue dont le nom était la contraction de « super » et « marché ». Il s’agissait alors de l’un des plus grands supermarchés de France et d’Europe. L’enseigne fut ensuite successivement remplacée par Mammouth, Super Pack’bo, Atac, Simply Market, puis Auchan.
En pleine période de croissance, celle des « Trente Glorieuses », les hypermarchés incarnent un modèle de consommation en périphérie des villes, permis par l’essor de l’automobile et la recherche de prix bas, rendus possibles par les économies d’échelle.
Les “Sept-Îles”, transformées en zone commerciale. Carte postale des années 1960 (Archives de la ville de Montfermeil)
Il ne reste plus que quelques traces discrètes du passé des « Sept-Îles », notamment l’ancien débit de vins et tabac de la Maison Pasteur, situé à la confluence de Clichy-sous-Bois, Gagny et Montfermeil. Aujourd’hui renommé « Civette des Sept-Îles », le lieu a totalement perdu son caractère champêtre et a été rattrapé par l’urbanisation.
Le centre-commercial des “Sept-îles” en 2026 © Hugo Trutt / CAUE 93
Franceville
Le quartier de Franceville est à dominante pavillonnaire, caractérisé par son plan en damier très régulier. Août 2026 © Hugo Trutt / CAUE 93
Franceville naît du démembrement du vaste domaine de Montfermeil : près de 400 hectares de terres, de bois, de vignes, de friches et de mares sont mis en vente par le comte Roger de Nicolay en 1896, à la fin du XIXe siècle. Missionné par les trois promoteurs qui s’en portent acquéreurs, l’architecte Wattier dessine environ 50 kilomètres de voies et organise initialement le plateau en 88 secteurs, ce qui n’a rien d’un hasard. La France compte alors 88 départements : le nom de Franceville, évocation publicitaire d’une petite France, était tout trouvé.
Document promotionnel présentant le futur "Domaine de Montfermeil-Franceville", par l'architecte M. Wattier (vers 1896) (Gallica / Bibliothèque Nationale de France)
Les lots à aménager sont mis en vente par un système de souscription à crédit, innovant pour l’époque, permettant même à des ménages modestes d’accéder à la propriété dans ce nouveau quartier qui émerge au début du XXe siècle. Au total, près de 6 500 lots, généralement d’une superficie d’environ 500 m², sont mis en vente et composent ce quartier pavillonnaire très étendu. Sans surprise, les plus chers se situent à proximité du village, du château ou du tramway.
La « banlieue verte » de Franceville ne possède pas une architecture unifiée : de grandes demeures bourgeoises, des maisons en meulière, des constructions de l’après-guerre et des réalisations contemporaines s’y mêlent. Le plan en damier initial est emblématique du développement pavillonnaire de la banlieue francilienne au début du XXe siècle. Il permet de maximiser le nombre de lots et d’optimiser leur commercialisation. La monotonie de ce plan est atténuée par des voies historiques d’accès au village de Montfermeil, conservées par Wattier, comme l’avenue des Charmilles et l’avenue des Arts.
Affiche promotionnelle pour le quartier de Franceville, faisant mention de “Terrains boisés à vendre” par l’illustrateur F. Hugo d'Alési (1849-1906), datée de 1896 (Gallica / Bibliothèque Nationale de France)
Le quartier de Franceville a progressivement donné naissance à plusieurs secteurs plus identifiables : le quartier des Fleurs, ainsi que ceux des Poissons, des Arbres fruitiers, des Arbres, des Oiseaux et des Insectes. Cette division en six sous-quartiers de tailles égales était beaucoup plus pratique qu’une division en 88 départements, comme imaginé initialement.
La rue des Myosotis, dans le quartier des fleurs © Hugo Trutt / CAUE 93
La création du quartier de Franceville transforme radicalement la physionomie de la ville. Celle-ci devient rapidement un pôle urbain à part entière, avec ses infrastructures propres, comme ses écoles municipales, installées place Jules-Ferry, anciennement place des Écoles de Montfermeil-Franceville, à partir de 1909.
Pose de la première pierre des écoles de Franceville (Archives de la ville de Montfermeil)
Ces écoles sont emblématiques du système éducatif républicain promu par les lois Jules Ferry de 1881 et 1882, qui instaurent le principe d’une éducation publique, gratuite, laïque et obligatoire. Le groupe scolaire intègre également une salle des fêtes, toujours utilisée aujourd’hui par les Montfermeillois, qui peuvent la réserver.
Les écoles de Montfermeil-Franceville, coeur du lotissement de Franceville © Hugo Trutt / CAUE 93
Située à l’angle de l’avenue des Myosotis et de l’avenue Gabriel-Péri, l’église Jésus-Adolescent de Franceville est un autre bâtiment notable. Construite en 1934 à l’initiative de l’abbé Baudet, elle se caractérise par une très grande sobriété, un plan d’une grande simplicité et une quasi-absence d’ornements. Le bâtiment était initialement un hangar rectangulaire avant d’être converti en lieu de culte, où l’on célèbre encore une messe par semaine.
L’intérieur très sobre de l’église Jésus-Adolescent de Franceville, témoignage de la modestie des premiers habitants du quartier © Hugo Trutt / CAUE 93
Activités annexes
Accéder au parcours
Métro
(ligne 16 à partir de 2027)
Bus
Emile Zola (lignes 613, 647)
Tramway
(ligne T4)


