DétourLes CAUE  d'Île-de-France
Détour
11,2km
3h

Portrait de la jeune ville en fleuve

Neuilly-sur-Marne,Gournay,Chelles,Champs-sur-Marne,Noisiel

Patrimoine
Martin Argyroglo
Patrimoine
Martin Argyroglo

Le Conseil Architecture Urbanisme et Environnement (CAUE) de Seine-Saint-Denis vous propose de suivre une randonnée cycliste, depuis Neuilly-sur-Marne jusqu'à la Chocolaterie Menier à Noisiel.

Venez avec votre propre vélo prendre part à cette balade architecturale et paysagère. Au détour des méandres de la Marne, c’est un portrait en creux du fleuve : une rivière qui est à la fois une terre d’accueil, une interface industrielle, un lieu de plaisance puis, enfin, un havre restauré de biodiversité.

Le parcours ne présente pas de difficultés majeures et reste majoritairement sur des véloroutes ou des voies réservées aux mobilités douces. Deux passages délicats à signaler : l’accès à l’hôpital de Ville-Evrard est difficile à vélo (et le site est fermé, sauf aux heures d’ouverture du musée de la SERHEP) et la sortie du parc de la Haute-Île se fait par un chemin de terre.

Remarque : Pour écouter les audios ne pas être en mode silencieux sur votre smartphone.

Ce parcours a été réalisé en partenariat avec :

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Mode de mobilité
À vélo
Type de parcours
Promenade

Aperçu du parcours

Étape 1

La guinguette et la place Stalingrad

media © Martin Argyroglo

Lieu central de Neuilly-sur-Marne, la place Stalingrad reprend la typologie classique des anciens champs de foire : grand espace ouvert, bordures aménagées, kiosque, etc. Cette grande étendue était historiquement l’un des cœurs du vieux-bourg de Neuilly-sur-Marne, avant sa modernisation dans les années 1970. La place est l’un des seuls témoins de la grande époque des bords de Marne, au début du XXème siècle, où l’arrivée du chemin de fer, la généralisation des congés payés et l’invention d’une société des loisirs ont fait de cette banlieue verte l’un des lieux de villégiature privilégiés des parisiens.

media Coupe d'aviron dans le bassin de Neuilly-sur-Marne (1922), à l’époque la ville est une destination de week-end pour les parisiens. Cliché de l’Agence Rol - Source : Gallica.fr / BNF

Sa situation géographique, à proximité immédiate de la Marne, lui offre une vue exceptionnelle. Pourtant, cet espace et l’ensemble du centre-ville a souffert d’un manque d’attractivité. En 2024, la municipalité a lancé un projet de rénovation visant à en faire « un nouvel espace de vie, plus vaste, arboré et apaisé ». La transformation, livrée en 2025, a profondément métamorphosé le site : 2 600 m² de bitume laissés à la végétation, revêtement renouvelé, installation de pergolas, plantation d’arbres fruitiers accessibles en libre cueillette, et plus encore.

media La place Stalingrad rénovée © Martin Argyroglo (2025)

Cette requalification s’inscrit dans une démarche globale de valorisation du cœur de ville, conciliant adaptation au changement climatique, mise en valeur du patrimoine des bords de Marne et évolution des usages des Nocéens. Le rapport entre les habitants et la rivière, distendu pendant des décennies suite à l’abandon de la baignade publique, est aujourd’hui en train d’être renoué.

Chez Fifi, une guinguette patrimoniale

À la fin du XIXe siècle, l’essor du chemin de fer en banlieue, associé à la loi instaurant le repos dominical, favorisa le succès des guinguettes sur les bords de Marne. Ces établissements populaires, tirant leur nom du « guinguet », vin jeune et pétillant qui y était servi, offraient aux Parisiens une échappée conviviale loin du tumulte et de la pollution de la capitale. Sur les cartes postales du début du XXe siècle, à l’emplacement actuel de la guinguette, on trouve mention d’un établissement dénommé alors “Chez Langlois”.

mediaCarte postale “Le Pont de Neuilly - Le Restaurant Langlois” / Archives de la Mairie de Neuilly-sur-Marne

Tout au long du XXe siècle, l’urbanisation croissante et l’interdiction de la baignade en 1971 ont réduit leur attrait. Pourtant, quelques guinguettes subsistent et incarnent aujourd’hui un patrimoine immatériel emblématique du paysage francilien, comme « Chez Fifi » à Neuilly-sur-Marne

media Vue actuelle du “Bar de la Marne - chez Fifi”. Le bâtiment historique, toujours visible, a été agrandi par une annexe légère © Martin Argyroglo (2025)

Philippe Pannier de Belle Chasse, dit « Fifi » — ancien charcutier de Clichy-la-Garenne et musicien de la marine — a repris en 2000 une guinguette installée au coin de la place Stalingrad. Amateur de musette, il perpétue la tradition des bals dansants (musette, rock, etc.) et propose une cuisine fidèle à l’identité des bords de Marne : moules-frites, fritures d’éperlans, et autres spécialités conviviales.

Étape 1

La guinguette et la place Stalingrad

media © Martin Argyroglo

Lieu central de Neuilly-sur-Marne, la place Stalingrad reprend la typologie classique des anciens champs de foire : grand espace ouvert, bordures aménagées, kiosque, etc. Cette grande étendue était historiquement l’un des cœurs du vieux-bourg de Neuilly-sur-Marne, avant sa modernisation dans les années 1970. La place est l’un des seuls témoins de la grande époque des bords de Marne, au début du XXème siècle, où l’arrivée du chemin de fer, la généralisation des congés payés et l’invention d’une société des loisirs ont fait de cette banlieue verte l’un des lieux de villégiature privilégiés des parisiens.

media Coupe d'aviron dans le bassin de Neuilly-sur-Marne (1922), à l’époque la ville est une destination de week-end pour les parisiens. Cliché de l’Agence Rol - Source : Gallica.fr / BNF

Sa situation géographique, à proximité immédiate de la Marne, lui offre une vue exceptionnelle. Pourtant, cet espace et l’ensemble du centre-ville a souffert d’un manque d’attractivité. En 2024, la municipalité a lancé un projet de rénovation visant à en faire « un nouvel espace de vie, plus vaste, arboré et apaisé ». La transformation, livrée en 2025, a profondément métamorphosé le site : 2 600 m² de bitume laissés à la végétation, revêtement renouvelé, installation de pergolas, plantation d’arbres fruitiers accessibles en libre cueillette, et plus encore.

media La place Stalingrad rénovée © Martin Argyroglo (2025)

Cette requalification s’inscrit dans une démarche globale de valorisation du cœur de ville, conciliant adaptation au changement climatique, mise en valeur du patrimoine des bords de Marne et évolution des usages des Nocéens. Le rapport entre les habitants et la rivière, distendu pendant des décennies suite à l’abandon de la baignade publique, est aujourd’hui en train d’être renoué.

Chez Fifi, une guinguette patrimoniale

À la fin du XIXe siècle, l’essor du chemin de fer en banlieue, associé à la loi instaurant le repos dominical, favorisa le succès des guinguettes sur les bords de Marne. Ces établissements populaires, tirant leur nom du « guinguet », vin jeune et pétillant qui y était servi, offraient aux Parisiens une échappée conviviale loin du tumulte et de la pollution de la capitale. Sur les cartes postales du début du XXe siècle, à l’emplacement actuel de la guinguette, on trouve mention d’un établissement dénommé alors “Chez Langlois”.

mediaCarte postale “Le Pont de Neuilly - Le Restaurant Langlois” / Archives de la Mairie de Neuilly-sur-Marne

Tout au long du XXe siècle, l’urbanisation croissante et l’interdiction de la baignade en 1971 ont réduit leur attrait. Pourtant, quelques guinguettes subsistent et incarnent aujourd’hui un patrimoine immatériel emblématique du paysage francilien, comme « Chez Fifi » à Neuilly-sur-Marne

media Vue actuelle du “Bar de la Marne - chez Fifi”. Le bâtiment historique, toujours visible, a été agrandi par une annexe légère © Martin Argyroglo (2025)

Philippe Pannier de Belle Chasse, dit « Fifi » — ancien charcutier de Clichy-la-Garenne et musicien de la marine — a repris en 2000 une guinguette installée au coin de la place Stalingrad. Amateur de musette, il perpétue la tradition des bals dansants (musette, rock, etc.) et propose une cuisine fidèle à l’identité des bords de Marne : moules-frites, fritures d’éperlans, et autres spécialités conviviales.

Étape 2

Le Syndicat des Eaux d’Île-de-France & le square des Eaux

media © Martin Argyroglo

La Marne : un fleuve industriel et une ressource

Il est aujourd’hui difficile d’imaginer que les bords de Marne, à Neuilly, désormais devenus un lieu de promenade familiale, furent autrefois presque entièrement consacrés à des activités industrielles. À partir du XIXe siècle, les fleuves et leurs affluents constituent des sites d’implantation privilégiés pour les usines : ils offrent une ressource en eau abondante et un axe logistique efficace grâce aux voies navigables.

mediaInstallation de la compagnie générale des eaux. Source : Archives de Neuilly-sur-Marne

Neuilly-sur-Marne voit ainsi ses premières implantations industrielles à la fin du XIXe siècle, sur une portion déjà largement occupée par des gares fluviales et des usines plâtrières, depuis la Maltournée (Le Perreux-sur-Marne, 94) jusqu’à la Pointe de Gournay (Gournay-sur-Marne, 93). En 1886, l’Usine des Eaux y érige ses premiers bâtiments, avec pour ambition de fournir en eau potable les communes du nord-est parisien. Dès cette époque, la qualité de l’eau de la Marne apparaît bien supérieure à celle de la Seine en aval de Paris, plus exposée aux rejets polluants. L’eau est ici pompée, traitée, puis distribuée aux habitants.

Aujourd’hui encore, le SEDIF (Syndicat des eaux d’Île-de-France), créé en 1923, exploite le site. Il s’agit de la seule usine d’importance encore présente sur le territoire communal. L’usine de Neuilly figure parmi les trois principales du syndicat et alimente quotidiennement plus de 1,8 million de Franciliens.

L’usine des Eaux

En près de 150 ans, le site a considérablement évolué. Les bâtiments originels, avec leurs cheminées, ont disparu, ne subsistent que quelques constructions en brique des années 1930-1950, vestiges de ce passé industriel. La majeure partie des 11 hectares du site, autrefois occupée par des bassins filtrants, abrite désormais un parc paysager — non accessible au public — et des infrastructures modernes.

media Les pompes Farcot dans le square des Eaux © Martin Argyroglo (2025)

Dans le square des Eaux, public et limitrophe à l’usine, subsistent toutefois de remarquables machines à vapeur Farcot, installées dès l’origine pour assurer le pompage de l’eau jusqu’au XXe siècle. Produites par l’entreprise Farcot de Saint-Ouen, l’un des plus célèbres fabricants de machines à vapeur, elles constituent un témoin rare de l’histoire industrielle de la Seine-Saint-Denis. Devenues aujourd’hui curiosités patrimoniales, ces pompes sont les seuls éléments conservés du XIXe siècle.

media Usine Farcot à Saint-Ouen (93), puis Bouhey-SOMUA puis Citroën puis PSA construite à partir de 1848 - où furent vraisemblablement assemblées les machines nocéennes. Vue de 2023. Aujourd'hui partiellement démolies © Laurent Kruszyk, Région Île-de-France

En 1965, pour répondre à l’augmentation rapide de la population francilienne et à la dégradation de la qualité des eaux de la Marne, le SEDIF entreprend une première modernisation d’envergure. Il acquiert 5 hectares supplémentaires sur la rive de Noisy-le-Grand et construit une passerelle privée pour relier les deux sites et faciliter la circulation des employés.

Aujourd’hui, l’usine s’inscrit dans une démarche résolument tournée vers l’écologie et la biodiversité. Elle a notamment aménagé des toits végétalisés, des prairies fleuries et une forêt rivulaire, afin de favoriser la présence d’insectes pollinisateurs et d’accueillir la faune sauvage des bords de Marne.

Étape 3

Modèle Maillard - résidence “Les Croisés”

media © Martin Argyroglo

Un nouveau centre-ville pour une ville moderne

Dans les années 1960, le centre de Neuilly-sur-Marne subit deux grands projets routiers qui bouleversent son organisation urbaine. La création de l’avenue du Général de Gaulle détourne la route nationale 34 de son tracé originel (rues Théophile Gaubert et Émile Cossonneau). Cette opération entraîne la destruction de nombreuses maisons et isole le centre-ville du reste de l’urbanisation, en plein essor au nord de la commune. Dans le même temps, l’élargissement de la rue Marx Dormoy (route nationale 370) introduit une nouvelle fracture au cœur même du centre-ville. Pour surmonter ces divisions et répondre aux critiques sur la qualité du bâti, un projet de rénovation urbaine est alors envisagé, visant à créer un centre moderne.

media Panneaux annonçant la réalisation de l’ensemble “Les Croisés”. Derrière, l’église Saint-Baudille. Source : Archives de Neuilly-sur-Marne

Dans les années 1970, la lutte contre l’insalubrité des centres-villes anciens devient une cause nationale. L’État se dote d’un arsenal législatif, notamment la « loi Vivien », afin d’offrir des logements dignes, quitte à recourir à des opérations de démolition-reconstruction intégrales.

L’expérimentation comme alternative aux grands ensembles : l’exemple de la résidence « Les Croisés »

media Couverture de la plaquette “Vers un langage constructible” présentant le modèle Maillard, coédité avec l’industriel S.A.E (Source : Archives Municipales de Neuilly-sur-Marne)

Lorsqu’il était ministre du Logement (1968-1972), Albin Chalandon affirmait : « la ville doit rester à l’échelle humaine ». Après plusieurs décennies d’urbanisation fondée sur les grands ensembles, les pouvoirs publics encouragent dès le début des années 1970 de nouveaux modèles urbains. Une politique incitative de recherche architecturale favorise la création des « Modèles Innovation » : des architectures préfabriquées en kit, combinant la maîtrise des coûts grâce à la production industrialisée et la liberté offerte aux architectes dans l’assemblage des modules.

Parmi ces modèles, le procédé Tabouret Maillard SAE connaît la diffusion la plus large : plus de 10 000 logements sont réalisés en France selon cette technologie. À Neuilly-sur-Marne, ce modèle est retenu en 1976 dans le cadre d’une opération coordonnée par la SEMEASO (Société d’économie mixte pour l’équipement et l’aménagement du département de Seine-et-Oise) et confiée à l’architecte Henri-Pierre Maillard. La résidence accueille ses premiers habitants en 1978.

media Les Croisés depuis la place Stalingrad, à Neuilly-sur-Marne © Martin Argyroglo (2025)

L’opération nocéenne, de taille moyenne (159 logements), vise une clientèle plutôt aisée. L’aménageur promet l’installation future de commerces et d’une crèche — projet finalement abandonné. L’offre de logements est variée (du T2 au T5) et les appartements bénéficient de généreuses terrasses avec vue sur la Marne. L’architecte imagine également une rue intérieure traversant la résidence, rapidement fermée au public. Celle-ci débouche sur l’église Saint-Baudille, inspirant le nom de la résidence, le saint étant considéré comme protecteur des Croisés.

Les Modèles Innovation : une modernité méconnue

La résidence s’organise autour de structures pyramidales que l’on peut qualifier de « proliférantes ». Ces formes constituent un maillon intermédiaire entre les typologies issues du modernisme (barres et tours) et les architectures expérimentales conçues à la même époque, notamment par Renée Gailhoustet ou Jean Renaudie à Ivry-sur-Seine et en Seine-Saint-Denis.

media Détail d’une façade de l’ensemble “Les Croisés” © Stéphane Asseline, Région Île-de-France

L’ensemble frappe aujourd’hui par son caractère monumental, parfois jugé disproportionné par rapport au centre-ville. Longtemps perçue comme la construction la plus récente du quartier, la résidence « Les Croisés » est désormais l’une des plus anciennes, si l’on excepte l’église Saint-Baudille, édifice du XIIe siècle. Les derniers immeubles du centre ancien ont presque tous été remplacés par des programmes récents, aux qualités architecturales inégales, effaçant en partie l’identité historique du quartier.

Longtemps ignorées par les politiques de valorisation de l’architecture du XXe siècle, les résidences « Modèle Innovation » suscitent aujourd’hui un nouvel intérêt. Elles font l’objet d’études et de publications mettant en valeur leurs qualités. En 2022, la résidence Fénelon de Dunkerque, construite selon le même procédé Maillard que l’opération nocéenne, a été labellisée « Architecture contemporaine remarquable ». Une reconnaissance qui ouvre la voie à une meilleure appréciation de cette modernité trop longtemps méconnue.

🎧 En écoute

Interview de Caroline Bauer, maître de conférences en Histoire et cultures architecturales & Chercheuse au LACTH / ENSAP Lille et co rédactrice de l’ouvrage “Modèles innovation. Les Derniers modernes” avec Richard Klein (paru en 2023). (Réalisation Justin Morin.)

Étape 4

Groupe scolaire Pasteur (AUA)

media Vue du groupe Pasteur II, aux briques caractéristiques © Hugo Trutt / CAUE 93

Un projet de l’AUA, infatigables bâtisseurs de la Seine-Saint-Denis

Omniprésente dans la production d’équipements publics en Seine-Saint-Denis, l’AUA (Atelier d’Urbanisme et d’Architecture) fut une association réunissant architectes, urbanistes, sociologues, paysagistes, ingénieurs et autres concepteurs de formations diverses. Entre 1960 et 1986, elle s’impose comme un véritable laboratoire des nouvelles formes urbaines. Sa composition évolue fortement au fil du temps, mais l’Atelier compte parmi ses membres quelques grandes figures de l’architecture française du XXe siècle : Paul Chemetov, Jacques Kalisz, Henri Ciriani, Michel Corajoud, ou encore Christian Devillers.

Moins connu du grand public que ces réalisations emblématiques, le groupe scolaire Pasteur à Neuilly-sur-Marne est construit entre 1967 et 1969 par Georges Loiseau et Jean Tribel, deux membres fondateurs de l’AUA, restés jusqu’à sa dissolution. Cette opération relativement modeste est menée parallèlement aux études pour ce qui demeurera leur plus grand projet : le quartier de l’Arlequin à Villeneuve de Grenoble (920 logements sociaux).

Un plan-masse respectueux du vieux bourg

La spécificité du groupe scolaire Pasteur réside dans sa parcelle, composée de deux terrains au cœur d’un îlot déjà en grande partie bâti. Le plan adopté déploie les bâtiments en miroir, au fond de deux impasses : l’un des ensembles accueille l’école maternelle (8 classes), l’autre l’école élémentaire (8 classes). À une époque où la démolition-reconstruction était la norme, l’attention portée à l’intégration dans le tissu urbain existant mérite d’être soulignée. Le plan-masse, élaboré en 1962-1963 par Paul Chemetov et Jean Perrotet, témoigne de cette finesse d’insertion. Toutefois, les deux architectes se retirent du projet avant sa réalisation, en 1967-1969, menée uniquement par Loiseau et Tribel.

media Vue du groupe Pasteur II, vue arrière. Les modénatures rénovées sont moins expressives qu’à la livraison du bâtiment © Hugo Trutt / CAUE 93

Un agrandissement est ajouté en 1989 par une autre équipe d’architectes, extérieure à l’AUA. L’usage de matériaux adaptés (béton enduit, brique de Vaugirard) a donné au groupe scolaire une belle pérennité, et son aspect reste aujourd’hui assez proche de l’état initial. Bien que sobre, l’architecture développe un vocabulaire singulier : certains détails rappellent les corons du Nord, tandis que les modénatures des baies, avec leur crénelage marqué, annoncent des motifs que l’on retrouvera plus tard dans plusieurs réalisations emblématiques de l’AUA, comme le Centre national de la danse de Jacques Kalisz à Pantin.

Étape 5

Les Pavillons Turin et la croissance pavillonnaire nocéenne

media © Martin Argyroglo

Au début du XXe siècle, la commune de Neuilly-sur-Marne Marne connaît une transformation rapide et profonde, passant d’un bourg rural à une commune urbaine en pleine expansion. Cette mutation s’accompagne d’une croissance démographique spectaculaire, avec une population qui passe de 1 500 habitants en 1892 à environ 5 700 en 1927.

mediaL’un des premiers lotissements de la commune, celui des “24 arpents”, vers 1910. Archives de Neuilly-sur-Marne.

Ce développement est largement favorisé par l’implantation de grands centres d’emploi, notamment les hôpitaux psychiatriques Ville-Evrard et Maison-Blanche, couplée à l’amélioration des liaisons de transport avec Paris, grâce à une ligne de train qui rapproche la commune de la capitale : seulement 45 minutes de trajet !

Les frères Turins, héros discrets des lotissements nocéens

En faisant un inventaire détaillé des permis de construire présents aux archives municipales, Françoise Lachassinne a repéré un ensemble de permis déposés par une entreprise appellée “L’Habitation Moderne”, dirigée par deux frères Albert et Maurice Turin. Tous deux ont déposé plus de 140 dossiers dans la commune, que l’on retrouve disséminés dans la plupart des lotissements de la ville.

media Un pavillon Turin, avec un revêtement en pierre meulière © Martin Argyroglo (2025)

Les deux frères Turin sont nés dans les années 1876-1877, et vont très vite devenir les principaux architectes de la société “L’Habitation Moderne”, dont ils prennent la direction dès 1904. En 1911, ils réalisent un premier pavillon sur la commune de Neuilly-sur-Marne. Leur société est créée pour faciliter l’accession sociale à la propriété, notamment pour les nouveaux habitants nocéens, qui arrivaient dans ce qui était jusqu’à présent un petit bourg rural. Les immeubles collectifs du centre, qui accueillent d’abord ces nouveaux habitants, sont bientôt délaissés pour de l’habitat individuel : c’est alors que de nombreux lotissements se créent sur la commune, encadrés par la mairie.

Parmi les nombreuses réalisations de l’époque, les pavillons Turin s'adressent à un public de classe moyenne émergente, travaillant localement. Ce sont des bâtiments d’une grande qualité mais commercialisés à des prix accessibles, qui permettent à des ouvriers ou des salariés d’accéder à la propriété.

Des édifices humbles mais de grande qualité

Les pavillons de l’Habitation Moderne partagent quelques caractéristiques : un toit à deux pans, une entrée sur le côté avec un escalier. Les pavillons sont dotés systématiquement d’une cave. Les pièces sont principalement au rez-de-chaussée, avec souvent une salle à manger et une cuisine. Les pavillons possèdent habituellement des combles, qui peuvent être aménagés en chambres supplémentaires.

Les clients de l’Habitation Moderne pouvaient choisir l’ornement de leur maison : de la brique, de la meulière pour les plus fortunés. Une ligne de briquette horizontale vient habituellement souligner les fenêtres. La plupart du temps, les façades sont marquées d’une plaque signalétique dédiée.

media Détail d’une plaque portant la signature des architectes "A et M Turin, architectes dipl. par le gouvt.". Elles ont presque toutes disparu © Stéphane Asseline, Région Île-de-France

Les pavillons Turin ont aujourd’hui été pour grand nombre altérés : des isolations par l’extérieur, des extensions, etc. Certains alignements de pavillons sont protégés par le PLU (plan local d’urbanisme), afin de préserver au mieux le patrimoine, mais ils ne bénéficient pas d’autres protections patrimoniales. La municipalité communique régulièrement autour de cette spécificité nocéenne auprès de la population.

media Un pavillon largement modifié. Une fenêtre a été murée et une entrée a été ajoutée © Martin Argyroglo (2025)

🎧 En écoute

Interview de Françoise Lachassinne, responsable du service archives-diffusion de la Ville de Neuilly-sur-Marne. (Réalisation Justin Morin.)

Étape 6

Résidence “La Coulée Verte”

media © Martin Argyroglo

Construire la ville dans les champs de Ville-Evrard

La résidence de la « Coulée Verte » est emblématique du développement architectural de Neuilly-sur-Marne depuis les années 1980. À l’issue des Trente Glorieuses, la municipalité doit faire face à des difficultés financières. Elle a consacré les décennies précédentes au développement d’un nouveau centre-ville autour du quartier Maillard et à l’aménagement du quartier des Fauvettes (hors de cet itinéraire de visite), un grand ensemble édifié dans les années 1960-1970 afin de répondre à la forte croissance démographique de la commune.

Le terrain de la résidence, autrefois verger de poiriers appartenant à l’hôpital de Ville-Evrard, était dépourvu de toute construction. De nombreux espaces avaient par ailleurs été gelés pour le prolongement, finalement abandonné, d’une autoroute. L’hôpital, de son côté, souhaite céder plusieurs de ses terres agricoles devenues inutiles. C’est cette réserve foncière qui sera mobilisée pour redresser les finances municipales, entraînant la multiplication de programmes immobiliers — portés par des bailleurs sociaux ou des promoteurs privés — en périphérie du centre historique.

Retour à la ville et post-modernité

Lors du concours, l’architecte Jean-Michel Charuet propose de répartir l’opération de 300 logements entre les équipes en compétition. Son projet est retenu et il respecte son engagement : la moitié des logements est réalisée par son agence, l’autre moitié étant répartie équitablement entre Yann Brunel et l’agence Robin-Raynaud.

media Le plan-masse de l’opération de la Coulée Verte, pour la construction de 385 logements, déposé pour approbation en Septembre 1985 (Archives de la Ville de Neuilly-sur-Marne)

Le plan-masse, dessiné par Jean-Michel Charuet, est caractéristique des résidences des années 1980. À cette époque « post-moderne », les architectes cherchent à dépasser les logiques des grands ensembles et s’inscrivent dans une tendance qualifiée de « retour à la ville ». Les implantations abandonnent la stricte orthogonalité pour composer un jeu complexe de placettes, passages et coursives rappelant les réseaux de rues des petites villes italiennes. En pénétrant dans la résidence de la Coulée Verte, on découvre des placettes dissimulées où se nichent aires de jeux et squares plantés. La circulation se fait par une multitude de cheminements, et l’on accède à son logement par des entrées privatives.

media Des motifs de fausses-pierres, sculptés dans le béton, entourant les baies © Martin Argyroglo (2025)

La résidence se distingue par ses variations d’échelles et de typologies : petits immeubles collectifs, maisons individuelles, immeubles de formes et orientations diverses. Le refus de l’uniformité s’accompagne d’un soin particulier pour l’habitant. Une signalétique murale divise la résidence en trois « micro-quartiers » : le Rond, le Carré et le Losange, dont les formes sont peintes sur les façades pour servir de repères.

L’observation des détails révèle une influence historicisante, comme ces fausses pierres entourant certaines fenêtres donnant sur l’hôpital de Ville-Evrard. Si ce goût paraît aujourd’hui discutable, il témoigne de l’importance accordée à l’histoire de l’architecture par une génération d’architectes cherchant à concilier héritage du mouvement moderne et traditions constructives anciennes. Les références convoquées sont multiples, allant du château fort médiéval à des expressions résolument contemporaines.

Jean-Michel Charuet & Yann Brunel : deux bâtisseurs franciliens

Jean-Michel Charuet, installé à Gagny (93), est un compagnon de route des villes nouvelles, ayant construit à Noisy-le-Sec et à Évry-Courcouronnes. Son ensemble « Villa Charles Delesculze » (dit « Les Glycines »), y a été labellisé Architecture Contemporaine Remarquable (ACR) en 2020.

media Ateliers d'artistes à Paris 20ème, chemin du Parc de Charonne. Une autre réalisation de Yann Brunel (1982), contemporaine de la Coulée Verte, pour la RIVP © Hugo Trutt / CAUE 93

Yann Brunel, toujours en activité, fonde son agence en 1979 après une première expérience dans des agences finlandaises. Aujourd’hui installé à Montreuil, il a livré une production variée et élégante, marquée par une attention particulière à la lumière et à la matérialité (béton brut, bois, etc.). Se définissant comme un architecte « anti-style », il considère que la mission première d’un architecte est de « répondre à un programme ». La résidence de la Coulée Verte constitue sa première réalisation d’ampleur.

Étape 7

Les Hôpitaux de Maison-Blanche et Ville-Evrard

media © Martin Argyroglo

Du château à l’hospice

La loi du 30 juin 1838, dite « Loi sur les Aliénés », constitue un jalon majeur de l’histoire de la psychiatrie en France. Elle est portée par Jean Esquirol, souvent considéré comme l’un des pères de la psychiatrie française. Promulguée sous le règne de Louis-Philippe, elle impose notamment la création d’un établissement psychiatrique par département. Sous l’impulsion du préfet Haussmann, dans les années 1850-1870, trois grands hôpitaux sont construits en région parisienne : Saint-Anne à Paris (1867), Vaucluse à Épinay-sur-Orge (1869) et Ville-Évrard à Neuilly-sur-Marne (1868).

media Patient “Maniaque”, gravé par Ambroise Tardieu dans l’ouvrage d’Esquirol, paru en 1838, “Des maladies mentales considérées sous les rapports médical, hygiénique et médico-légal”. Source : Université Paris Cité

L’hôpital de Ville-Évrard est considéré comme l’établissement psychiatrique le plus ambitieux du XIXe siècle. À l’époque, il est implanté en pleine campagne. L’air vif des bords de Marne est perçu comme salutaire pour les malades, loin des émanations polluées de la capitale. Le domaine est immense : plus de 280 hectares comprenant un château, des terres agricoles, des vergers, des dépendances et des parcs. Les patients, alors appelés « aliénés », participent largement aux travaux agricoles, contribuant à l’autosuffisance alimentaire de l’institution.

media Photo de l’asile de Maison-Blanche, avec en premier plan les champs exploités par les aliénés © Conseil général de Seine-Saint-Denis / Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel / SERHEP

Au fil du temps, les terrains de Ville-Évrard ont été utilisés comme réserve foncière, permettant l’expansion de Neuilly-sur-Marne. La résidence de la Coulée Verte, implantée sur un ancien verger de l’hôpital, en est l’un des exemples les plus visibles.

Une architecture novatrice

Les premières traces d’un domaine à Ville-Évrard remontent au XIe siècle, propriété d’un certain Eberhardus (ou Evrardus), qui donnera son nom au lieu. Le domaine passe entre de nombreuses mains jusqu’à la Révolution, où il est morcelé au profit des paysans locaux. En 1804, il est recomposé par François-Xavier Donzelot, général de brigade, avant d’être transformé en hospice d’aliénés à partir de 1868.

media Vue cavalière du site de Ville-Evrard (partie asile), gravure de Bury père. Gravure, 2e moitié 19e siècle. Source : Conseil général de Seine-Saint-Denis / Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel / Ville de Paris

Sous la direction de l’architecte Paul-Eugène Lequeux, les bâtiments adoptent un plan atypique : au lieu d’une organisation « en peigne », les pavillons sont disposés en ligne afin d’évoquer un véritable village, avec rues, places et promenades. L’objectif est d’offrir aux patients un cadre plus ouvert, propice à l’exercice et au bien-être. Les bâtiments, de faible hauteur, permettent d’éviter les suicides par défenestration et ouvrent sur des vues arborées.

media Asile de Ville-Evrard. Vue intérieure. Photographie d’Hippolyte Blancard, prise en 1871. Vue négative sur verre au collodion sec. Source : Bibliothèque Historique de la Ville de Paris

Cette architecture se distingue par sa qualité, ce qui lui vaut une inscription partielle à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1996. Sont protégés le bâtiment de direction, les services généraux, la chapelle, certains pavillons, les allées couvertes, le château d’eau et les vestiges du château d’origine. Une seconde phase de construction au début du XXe siècle introduira des édifices plus décorés, parfois proches de l’Art nouveau.

Établissement psychiatrique majeur — le deuxième plus grand d’Île-de-France — Ville-Évrard a accueilli des figures célèbres comme Antonin Artaud ou Camille Claudel. Aujourd’hui, il dessert 1,2 million de personnes réparties sur 33 communes de Seine-Saint-Denis, avec près de 28 000 patients suivis, dont environ 3 000 en hospitalisation complète.

La ZAC Maison-Blanche : bâtir la ville sur l’hôpital

Les évolutions de la psychiatrie contemporaine tendent à réduire l’enfermement et à rapprocher les patients de leur famille, dans des structures plus petites et décentralisées. Progressivement, des pavillons entiers de Ville-Évrard sont désaffectés et ses terres agricoles, devenues inutiles, vendues.

media Le réfectoire de l’asile de Maison-Blanche, avant les travaux (2020) © Philippe Ayrault, Région Île-de-France

Au nord du domaine, le secteur dit de Maison-Blanche, aménagé à la fin du XIXe siècle par l’architecte Morin-Goustiaux, est requalifié en ZAC. Cette vaste opération prévoit 4 200 logements mixtes (neufs, réhabilités, individuels, groupés ou collectifs) à la place des anciens pavillons hospitaliers. Le nouveau quartier, déjà largement livré, bénéficie d’un cadre arboré exceptionnel. Certains anciens équipements ont été reconvertis, comme l’ancien pavillon d’ergothérapie transformé en crèche municipale.

Le quartier devait également être desservi par l’extension de la ligne 11 du métro, mais depuis 2018, les deux stations initialement prévues ont été retirées jusqu’à nouvel ordre des projets de construction.

Étape 8

Le Canal de Chelles

media © Martin Argyroglo

Le transport fluvial : un enfant de la révolution industrielle

Pendant des siècles, les voies d’eau ont constitué le principal mode de transport des marchandises. Dès le XVIIe siècle, de nombreux canaux sont percés en France afin de faciliter la navigation : tracés en lignes droites, ils permettent d’éviter les portions de fleuves difficiles ou dangereuses.

mediaCarte postale : Entrée du canal à l’écluse - La Pêche à la ligne. Source : Archives de Neuilly-sur-Marne

La Marne, en particulier, est réputée complexe à naviguer : ses larges méandres, comme celui de la Haute-Île, allongent considérablement les trajets et génèrent de forts courants redoutés des bateliers. Ainsi, sur la seule portion comprise entre Neuilly-sur-Marne et Meaux (Seine-et-Marne), trois grands aménagements ont été nécessaires : le canal de Chelles, le canal de Chalifert et le site de Noisiel.

media Portrait de Napoléon III par l’atelier Nadar

Source : Gallica / Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie

Le canal de Chelles, reliant Neuilly à Vaires, est mis en chantier en 1848 et ouvert à la navigation en 1864. Inauguré sous le Second Empire, il s’inscrit dans une période de forte impulsion donnée aux voies navigables, soutenue par Napoléon III qui affirmait alors : « ce ne sont point de palais ni de bâtiments dont l’Empire a besoin, mais de canaux et de rivières navigables ».

Un ouvrage discret mais essentiel à l’équilibre écologique

L’écluse de Neuilly, où vous vous trouvez, marque l’une des extrémités du canal de Chelles. Long de 9 kilomètres, tracé en de grandes lignes droites, le canal évite aux bateliers un détour de 11 kilomètres par la rivière. Conséquence directe : le bras de la Marne reliant Vaires à Neuilly a été presque totalement abandonné par le trafic fluvial. Cette absence durable de navigation explique en partie la richesse écologique des lieux : plages municipales, camping, activités de loisirs nautiques (kayak, stand-up paddle, port de plaisance), mais aussi zones de nature préservée sur certaines îles.

media Vue du Canal de Chelles, à droite on peut voir deux pêcheurs © Martin Argyroglo (2025)

Tout au long de son tracé, le canal offre une succession de paysages contrastés. Traversant cinq communes réparties entre deux départements (Seine-Saint-Denis et Seine-et-Marne), il alterne séquences naturelles, quartiers résidentiels et zones industrielles.

Il dessert également plusieurs sites remarquables : l’établissement public de santé de Ville-Évrard, le parc départemental de la Haute-Île, l’île de loisirs de Vaires-sur-Marne et celle de Torcy. Pourtant, le canal demeure mal connu, y compris des riverains. La rareté des accès piétons le long de ses berges contribue à cette relative « invisibilité ».

Sur place, à proximité de l’écluse, on aperçoit encore l’ancienne maison de l’éclusier, aujourd’hui reléguée derrière la guérite moderne. Elle daterait de l’achèvement de l’ouvrage, vers 1864.

Étape 9

L’ancienne plage publique

media © Martin Argyroglo

La baignade, un acquis social ?

Neuilly-sur-Marne, terre d’alternance politique, a tour à tour élu des maires de gauche et de droite. Au début du XXe siècle, sa population ouvrière favorise l’émergence d’élus aux préoccupations sociales affirmées (radicaux-socialistes, puis communistes dès 1933). Ces mandats s’inscrivent dans le contexte des grandes avancées sociales liées au Front populaire, à la SFIO et aux premières expériences du communisme municipal.

Cette époque est également marquée par le combat hygiéniste : les grandes épidémies de choléra du XIXe siècle, les ravages de la tuberculose (80 000 morts par an) et la pandémie de grippe espagnole en 1918 hantent toujours les esprits. Les politiques municipales s’orientent alors vers l’assainissement urbain — en luttant contre les « taudis » — mais aussi vers le développement du sport et des lieux de baignade.

media La plage municipale, années 1930, autour de l’ouverture. Les aires de nages sont délimitées par des cordons flottant. (Source : Archives de Neuilly-sur-Marne).

La nage dans la Marne est attestée dès les années 1890, mais c’est en 1937 qu’une véritable plage municipale est aménagée. Elle profite autant aux Nocéens qu’aux Parisiens, qui bénéficient des congés payés et peuvent rejoindre les guinguettes en train depuis 1928, date de l’ouverture de la ligne ferroviaire.

Dans le bulletin municipal de 1937, l’inauguration de la plage publique est célébrée comme une victoire sociale : « Les municipalités communistes [font] les plus grands efforts pour l’hygiène et la santé de l’enfance et de la population. Les travailleurs ont obtenu de haute lutte les congés payés, la semaine de 40 heures. Nous devons leur procurer ce qu’il faut pour passer agréablement les loisirs, reposer leur corps et vivifier les poumons empoisonnés par les poussières des usines. C’est ce qu’a pensé la municipalité de Neuilly-sur-Marne. »

Un héritage invisible

Aujourd’hui, il ne subsiste presque rien des installations de baignade publiques. Déjà en déclin dans les années 1960, elles ont été peu à peu supplantées par les piscines couvertes chauffées. Souvent légères (pieux en bois, gradins, bassins), ces infrastructures ont été démolies au gré des réfections de berges. À Neuilly-sur-Marne, la plage a laissé place au camping et au port de plaisance.

media La plage municipale, années 1950. On distingue les pontons délimitant la baignade et les gradins, aujourd’hui disparus. (Source : Archives de Neuilly-sur-Marne).

Pourtant, les traces de cet héritage perdurent dans la toponymie : ainsi la « rue de la Plage » à Champigny, la « rue de la Baignade » à Noisy-le-Grand, le « quai de la Rive Charmante » à Noisy, ou encore la « rue du Site Agréable » à Neuilly-sur-Marne, relevées par l’architecte Thomas Deschamps dans Plages en ville, baignades en Marne (2003).

En 1977, un décret interdit totalement la baignade dans la Marne, en raison de sa pollution. Mais la pratique n’a jamais disparu : chaque été, des noyades tragiques rappellent la persistance des baignades sauvages. Le sujet reste sensible, notamment en Seine-Saint-Denis, où l’offre en piscines publiques demeure très faible (en 2024, seulement 60 m² de bassins pour 10 000 habitants, contre 260 m² en moyenne nationale).

Vers un retour de la baignade publique

Depuis les années 2010, la réappropriation des rivières urbaines et la baignade publique sont redevenues des enjeux centraux des politiques territoriales. Des collectifs internationaux, comme « Swimmable Cities » (96 villes, 34 pays), militent même pour l’instauration d’un « droit à la nage ».

L’assainissement de la Seine et de ses affluents (Marne, Yonne) a bénéficié d’une visibilité médiatique grâce aux Jeux olympiques de 2024, organisés à Paris et en Seine-Saint-Denis. Mais au-delà de ce symbole sportif, des progrès concrets ont été réalisés dans l’amélioration de la qualité des eaux via le Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE) de la Marne, lancé en 2018 et coordonné par le syndicat Marne Vive.

L’une de ses missions est de favoriser le retour à la baignade. Grâce aux efforts de traitement des eaux et au raccordement généralisé aux réseaux d’assainissement, le niveau de pollution est aujourd’hui très faible. Dans ce cadre, un site de baignade sécurisé ouvrira en 2026 à Neuilly-sur-Marne, financé par la municipalité. Une manière de renouer avec la tradition nocéenne d’une baignade conviviale et populaire en eau vive.

Étape 10

Le Parc de la Haute-Île & son archéosite

media © Martin Argyroglo

Un parc jeune sur une terre ancienne

Les sols de la Seine-Saint-Denis portent une forte empreinte de l’urbanisation et des activités humaines (industrie, agriculture). Dès 1983, il est décidé d’augmenter la part des espaces verts jusqu’à 10% du territoire départemental — un niveau jusque-là bien inférieur à la moyenne de l’agglomération parisienne. Parmi les parcs et jardins créés au cours des quarante dernières années, certains reposent sur des principes de « gestion harmonique » visant à favoriser la biodiversité et à respecter au maximum les équilibres écologiques.

C’est également en 1983 que le Conseil départemental de Seine-Saint-Denis acquiert les 65 hectares de la Haute-Île. Ces terres, séparées de Neuilly-sur-Marne par le canal de Chelles, appartenaient jusque-là à l’hôpital de Ville-Évrard, qui les exploitait périodiquement.

Un projet largement remanié

Le premier projet imaginé pour le site était très éloigné de celui que l’on connaît aujourd’hui. Le département souhaitait y implanter une base de loisirs et un réservoir d’eau potable capable de stocker un million de mètres cubes. Mais les archéologues départementaux attirent rapidement l’attention des aménageurs : les sols de cette terrasse alluviale, partiellement inondable, n’avaient jamais été bouleversés par des travaux agricoles ou mécaniques. Leur état de conservation est exceptionnel.

En 1999, une campagne de fouilles confirme ces intuitions au-delà des espérances. Six périodes d’occupation humaine sont mises au jour, remontant jusqu’au Mésolithique (7 500 à 5 000 ans avant notre ère), où le site servait de terrain de chasse. Ces découvertes offrent une lecture nouvelle de l’histoire du territoire et permettent de comprendre les raisons de son abandon progressif depuis l’époque gallo-romaine. Le projet est alors réorienté : plutôt qu’un aménagement lourd, le parc accueillera un Archéosite, espace pédagogique à destination des familles et des scolaires, et sera finalement un grand parc “Natura 2000”.

media La “maison danubienne” de l’archéosite © Martin Argyroglo (2025)

Dans l’attente des études archéologiques et écologiques, la population locale s’était déjà appropriée l’espace laissé en friche. Joggeurs, promeneurs et curieux venaient y observer la faune et la flore de ce méandre de la Marne. Une concertation est donc engagée en 2001 avec l’agence Signes (Allain Provost, Alain Cousserand), qui redessine le projet pour intégrer ces nouveaux usages.

La possibilité d’une île

La prise en compte conjointe des contraintes archéologiques et des pratiques des habitants conduit à repenser le tracé de l’anneau central mis en eau, afin de protéger d’éventuels vestiges. L’identité insulaire du site, invisible pour les promeneurs mais fondamentale sur le plan paysager, devient la clé de la conception. Les paysagistes s’appuient sur la topographie de la terrasse alluviale et sur les cycles de submersion saisonniers. Les limites des bassins évoluent au gré des crues de la Marne, renouvelant sans cesse le paysage.

Des chenaux sculptent le site, certains réouverts, d’autres entièrement créés, et s’observent depuis des cabanes équipées de meurtrières, comme des postes d’observation de la faune. Le cœur du parc est volontairement mis à distance : présenté sous la forme de « presque-jardins », il se révèle davantage aux oiseaux qu’aux visiteurs. Le paysage se contemple ici comme celui d’un cloître : non plus centré sur l’homme, mais sur la nature qui reprend sa place.

media Chemin pavé traversant la ripisylve © Hugo Trutt (2025)

La plaine centrale et la ripisylve (berge boisée) sont laissées en grande partie en friche, notamment durant l’hiver. Après l’arrêt progressif des cultures de l’hôpital psychiatrique, la prairie a été recolonisée par des espèces pionnières. Elle est aujourd’hui entretenue de manière minimale, grâce au pâturage extensif d’un troupeau de brebis.

media La friche de la plaine centrale. Parc de la Haute-Ile © Hugo Trutt

Le parc de la Haute-Île est devenu aussi un lieu d’expérimentation scientifique. Des relevés réguliers suivent l’évolution des espèces animales et végétales, et en particulier celle de l’avifaune. Neuf espèces nicheuses, bio-indicatrices de la qualité écologique du site, font l’objet d’un suivi continu assuré par le Centre Ornithologique Île-de-France (Corif).

🎧 En écoute

Interview de Manon Lescene, chargée de valorisation patrimoine archéologique, département de Seine-Saint-Denis qui nous parle des fouilles archéologiques menées sur la Haute-Île et de son Archéosite. (Réalisation Justin Morin.)

Étape 11

Le Moulin de Chelles et sa passerelle

media © Martin Argyroglo

Un moulin, vestige de la Marne industrielle

Sur le quai Auguste-Prévost à Chelles, les promeneurs découvrent les ruines du moulin de Chelles, vestiges pittoresques qui émergent avec romantisme dans un paysage saisissant. Ce « moulin » est en réalité une ancienne fabrique de pâtes alimentaires, la « Vermicellerie », implantée sur la rivière au milieu du XIXe siècle.

media Affiche promotionnelle “Moulins de Chelles - Pâtes alimentaires supérieures”. Source : Gallica

Rachetée en 1877 par l’industriel Menier, propriétaire de la célèbre chocolaterie située quelques kilomètres en amont à Noisiel, l’usine est rapidement jugée peu rentable. Fragilisée par plusieurs incendies, elle est définitivement abandonnée en 1895. Aujourd’hui, il n’en subsiste que les piles des arches, restaurées par les services de Marne et Chantereine.

media Les piles des arches du moulin © Hugo Trutt / CAUE 93

Le terrain du moulin fait officiellement partie des dépendances du domaine Menier de Noisiel, acquis par l’État en 1965 dans le cadre du projet de ville nouvelle de Marne-la-Vallée. L’établissement public d’aménagement (EpaMarne), concentré sur le site de Noisiel, revend ensuite le terrain et ses ruines à la ville de Chelles. En 2002, les paysagistes Jacques Coulon et Linda Leblanc sont sollicités pour remettre en valeur la zone et concevoir une passerelle piétonne élégante.

L’architecture pour reconnecter les villes

L’emplacement du moulin est singulier : situé à la confluence de trois communes — Chelles (77), Gournay-sur-Marne (93) et Champs-sur-Marne (77) — il devient le centre d’une collaboration intercommunale. Les communes se regroupent au sein du Syndicat intercommunal de la Passerelle du Moulin pour valoriser ensemble ce patrimoine paysager partagé.

Le bras de la Marne qui borde le site n’étant pas navigable, les bateliers doivent emprunter le canal de Chelles. Cette portion de la rivière est donc préservée des nuisances liées au trafic fluvial et reste un lieu de plaisance. Chaque week-end, des familles viennent profiter de ses rives, bien que les guinguettes qui animaient autrefois la Marne aient disparu.

media Famille jouant avec ses chiens, sur les bords de la Marne, au niveau du Moulin de Chelles © Argyroglo (2025)

Le syndicat confie alors la conception de la passerelle au couple de paysagistes Jacques Coulon et Linda Leblanc. Actifs depuis les années 1970, ils sont notamment connus pour leur travail au parc du Sausset à Villepinte (1981), conçu avec Michel et Claire Corajoud. Habitués aux grands ouvrages d’art, ils imaginent une passerelle dont le tablier repose sur les piles d’un ancien pont de 1937, démonté car fragilisé par le temps et une collision.

media La passerelle de Chelles, par Jacques Coulon et Linda Leblanc (2002) © Hugo Trutt / CAUE 93

Réservée aux piétons et aux cyclistes, la passerelle du Moulin est aujourd’hui un axe de circulation très fréquenté. Elle permet notamment aux habitants de Gournay de rejoindre aisément la gare SNCF de Chelles. Son dessin sobre et élégant, où le garde-corps a été conçu de manière à garantir la visibilité du paysage aux enfants comme aux personnes en fauteuil roulant, offre un panorama remarquable sur le cours sauvage de la Marne et ses îles.

Architectes-paysagistes : Jacques Coulon & Linda Leblanc, paysagistes DPLG Ingénierie : Société ARCORA Coût de l’opération : 1 286 000 € (passerelle)

Étape 12

La réserve naturelle des Îles de Chelles (RNR174)

media © Martin Argyroglo

Les îles de Chelles : un refuge naturel sur la Marne

Sur le tronçon de la Marne entre Vaires-sur-Marne et Neuilly-sur-Marne, on recense dix îles et îlots aux noms évocateurs : l’île Refuge, les îlots aux Canotiers, l’île de la Lote, les îlots Jumeaux, l’île Bertha, l’île Cardamine, l’île aux Pinsons, l’île Victor, l’île aux Cuscutes et l’îlot aux Colverts. Ces « îles de Chelles », autrefois appelées « îles mortes », sont situées sur un bras fermé à la navigation, ce qui a permis le développement d’une biodiversité préservée, à l’abri des nuisances humaines.

En 2008, les 5 hectares de ce site sont classés en Réserve naturelle régionale (RNR). Ils sont par ailleurs entourés de deux sites Natura 2000 — le parc de la Haute-Île et le bois de Vaires-sur-Marne — qui assurent une continuité écologique d’une valeur exceptionnelle. Bien que situées en zone semi-urbaine, ces îles présentent une biodiversité remarquable : 178 espèces végétales y ont été recensées, dont deux protégées à l’échelle régionale, la cardamine impatiens (ou « herbe au diable ») et la cuscute à grandes fleurs (un liseron indigène).

media Sur le bord des îles de Chelles, un parcours de Kayak en eaux vives © Martin Argyroglo (2025)

Historiquement, ces îles furent qualifiées de « mortes » après l’arrêt de l’exploitation du moulin de Chelles. Auparavant, elles appartenaient à l’industriel Menier, qui en tira également profit en exploitant leur bois. Au fil des siècles, elles ont connu des usages multiples : batellerie, agriculture, sylviculture et même loisirs festifs, avec l’organisation occasionnelle de guinguettes. Aujourd’hui, leur accès est strictement interdit : seules les embarcations légères, kayaks ou barques, permettent de les approcher.

media Un peintre sur l’Île de Chelles, à la grande époque des “guinguettes”. Photo d’une croisière sur la Marne en 1912, par la Fédération des Rameurs Indépendants. Source : Gallica.fr / Le Carré des canotiers

La gestion de la réserve est encadrée par un plan pluriannuel. Celui couvrant la période 2014-2026 arrive bientôt à son terme. Parmi ses priorités, figurait la protection des herbiers aquatiques afin de maintenir la richesse de la faune piscicole, les îles abritant une diversité exceptionnelle de poissons d’eau douce.

Étape 13

L’ancienne chocolaterie Menier : chef-d’œuvre industriel

media © Martin Argyroglo

La dynastie Menier : rois du chocolat

En 1825, Jean-Antoine-Brutus Menier acquiert le moulin de Noisiel pour y installer une fabrique de chocolat, alors considéré comme un médicament. Son fils Émile-Justin, surnommé le « baron cacao », fera entrer l’entreprise dans une ère de prospérité. En 1900, plus de 2 200 ouvriers y sont employés.

Très attachée au territoire, la famille Menier constitue un patrimoine foncier de près de 1 500 hectares autour de Noisiel et y développe la ferme modèle du Buisson (aujourd’hui transformée en établissement culturel regroupant une Scène nationale, un cinéma et un centre d’art contemporain). Elle met également en place une politique d’entreprise paternaliste : une véritable cité ouvrière, composée de 138 maisons et 312 logements, est édifiée pour les salariés, à condition qu’ils témoignent d’un comportement irréprochable envers l’entreprise.

media Réclame pour le chocolat Menier (1832) et vue de l’usine hydraulique. Source : Gallica.fr / BNF

La chocolaterie incarne l’excellence technique et architecturale de la révolution industrielle, au point que treize de ses bâtiments furent inscrits à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques dès 1986. La production se poursuivit jusqu’en 1992, avant que le site ne devienne le siège de Nestlé France, repreneur des activités Menier.

Le Moulin Saulnier (1872)

À l’emplacement de l’actuel moulin se trouvait autrefois le vieux moulin seigneurial de Noisiel. Jugé obsolète, il est remplacé par de nouvelles constructions en 1842 puis en 1852, rapidement détruites pour insuffisance technique. L’usine actuelle, mise en service en 1872, est l’œuvre de Louis-Jules Saulnier, disciple de Viollet-le-Duc.

media La façade du Moulin Saulnier et sa structure apparente caractéristique © Stéphane Asseline, Région Île-de-France

Il conçoit un bâtiment novateur, dont la structure métallique apparente — pesant près de 460 tonnes — constitue une prouesse architecturale, considérée comme une première mondiale. Visible en façade, l’ossature devient le motif même de l’édifice, exaltant la puissance de l’industrie.

Saulnier habille sa construction de briques émaillées aux teintes vives, inspirées de motifs orientalistes et de symboles liés au cacao. Le toit se pare de faîtages en forme de cabosses et de fleurs. L’architecte lui-même résume l’effet produit : « On dirait un immense tapis oriental. »

media Compositions colorées en façade du Moulin Saulnier © Stéphane Asseline, Région Île-de-France

Le Pont Hardi (1905-1906)

Depuis la plateforme d’observation, on distingue un pont fin et audacieux : le Pont Hardi, ou pont de la chocolaterie Menier, reliant le Moulin à la « Cathédrale ». Long de 44,50 mètres, il franchit la Marne d’une seule portée, sans appui intermédiaire. Cet exploit est rendu possible grâce à l’usage innovant du béton fretté (béton armé renforcé de câbles enroulés), qui établit alors un record mondial.

media Le Pont Hardi, de Stephen Sauvestre et Armand Considère (1906) © Martin Argyroglo (2025)

Le pont, couvert d’une verrière permettant de traverser à l’abri de la pluie, est l’œuvre de l’architecte Stephen Sauvestre — collaborateur de Gustave Eiffel sur la Tour Eiffel — assisté de l’ingénieur Armand Considère.

Deux rénovations emblématiques

Lors de sa transformation en siège de Nestlé France en 1995, l’agence Reichen & Robert procède à un assainissement complet du site. Après plus d’un siècle de production, les briques étaient littéralement saturées de poussière de cacao.

Bernard Reichen et Philippe Robert, dès la création de leur agence en 1973, se sont illustrés par une approche novatrice de la réhabilitation du patrimoine industriel, encore peu reconnue à l’époque. Ils signent par la suite plusieurs restaurations emblématiques : la halle Tony-Garnier à Lyon, les docks Vauban au Havre, la Grande Halle de la Villette, le Pavillon de l’Arsenal, les Grands Moulins de Pantin, ou encore la Cité du Cinéma à Saint-Denis.

media Un des bâtiments de Reichen et Robert à Noisiel, photographié en 2020. Celui-ci, en bord de Marne, est probablement l’un des plus audacieux © Philippe Ayrault, Région Île-de-France

Dans une interview donnée au Monde en 2002, ils décrivaient leur méthode, « itérative et exploratoire » : « Respecter scrupuleusement un bâtiment classé ; exalter, sans le défigurer, un édifice prototype ; ne conserver ailleurs qu’une façade ; ajouter ailleurs des adjonctions en respectant l’esprit des constructions existantes ; innover totalement sur certaines parcelles en jouant sur le contraste entre architecture ancienne et architecture nouvelle. »

Cette philosophie se lit dans les extensions réalisées à Noisiel : des volumes contemporains qui dialoguent avec l’architecture existante sans jamais céder au pastiche.

Depuis 2019, dans la foulée du départ de Nestlé, le quartier s’est lancé dans une nouvelle mue : le promoteur Linkcity (Bouygues immobilier) souhaite transformer le site de 14 hectares dont 60 000 m² bâtis. Pour ce projet, c’est encore l’agence Reichen & Robert qui est conviée à intervenir pour proposer d’ici 2030 un quartier mixte comprenant des logements, un campus scolaire, des équipements de loisirs, un spa, un hôtel, des restaurants, des espaces culturels et une résidence pour étudiants. Les travaux sont en cours et on été revus pour préserver au mieux l’architecture des bâtiments Menier.

Activités annexes

Nous vous proposons de découvrir des lieux d'intérêt situés à proximité de votre itinéraire. Vous pourrez les retrouver sur la carte du parcours qui vous guidera.

Accéder au parcours

RER


Neuilly-Plaisance (RER A) puis rouler 9 minutes (2.5 km) en vélo


Dans le RER, vous avez la possibilité de transporter votre bicyclette et d’effectuer avec celle-ci des correspondances aux horaires suivants : Les samedis, dimanches et jours fériés toute la journée ; Les autres jours avant 6h30, entre 9h30 et 16h30, puis après 19h.