Habiter La Villette
19ᵉ arrondissement








De la porte de la Villette à la porte de Pantin, cette promenade architecturale parcourt un siècle d'habitat dans un quartier du 19ᵉ arrondissement qui ne cesse de se transformer. Des habitations à bon marché (HBM) du début du XXᵉ siècle aux extensions contemporaines en bois, en passant par les grands ensembles modernes remarquables, découvrez comment l'architecture accompagne les évolutions sociales, urbaines et environnementales du nord-est parisien.
▶️ Découvrez des capsules audio avec des témoignages sur plusieurs étapes de ce parcours !

Parcours réalisé en partenariat avec les CAUE d'Île-de-France et avec le soutien de la Direction Régionale des Affaires Culturelles, dans le cadre d'Archipel Francilien.
Ce parcours s'achève à proximité de la Porte de Pantin. Il n'aborde pas le Parc de la Villette, qui fait l'objet d'un parcours spécifique (à venir).
Ressources
Bibliographie
- Œuvres construites 1948–2009 : Architectures de collection, Paris, Île-de-France, Éditions du Pavillon de l'Arsenal, 2009
- Grammaire des immeubles parisiens, MIGNOT Claude, Éditions Parigramme, 2013
- Paris Habitat, 100 ans de ville, 100 ans de vie, ARPA Javier, Éditions du Pavillon de l'Arsenal, 2015
- Paris d'un siècle à l'autre, DARIN Michaël, Éditions Parigramme, 2022
- Paris postmoderne, architectures 1973-93, VIOLEAU Jean-Louis, Éditions du Pavillon de l'Arsenal, 2023
- Les Habitations à Bon Marché de la ceinture de Paris : étude historique, APUR, 2017
Remerciements
Justin Morin, journaliste et réalisateur des pastilles sonores
Adrien Leclerc, architecte-urbaniste associé, Ateliers Lion
Nicolas Ferault, architecte, Ateliers Lion
Julia Turpin, architecte associée coopératrice, Scop Grand Huit
Jeanne Couvreur, responsable et encadrante technique, Ferme du Rail
Anne Pezzoni, architecte associée, archi5
Henri Delion, architecte chef de projet, Djuric Tardio Architectes
Charlotte Brussieux, chief project manager, Kengo Kuma & Associates
Aperçu du parcours
Terrasses du parc
© Martin Argyroglo
À la pointe nord du parc de la Villette, la double équerre de la Villette Nord constitue une véritable transition entre le parc et les infrastructures qui l’entourent. Conçue par l’architecte Gérard Thurnauer, cette opération composée de trois lots joue avec la question de la limite : l’architecture peut-elle à la fois protéger du bruit et des flux urbains tout en maintenant une relation étroite avec le paysage ?
Atelier Montrouge
Le projet Villette Nord a été pensé dans la continuité du mouvement de l’atelier Montrouge dont Gérard Thurnauer faisait partie.
Au côté de Pierre Riboulet, Jean-Louis Véret et Jean Renaudie, cet atelier associatif né en 1958 fait partie d’une nouvelle génération qui, à l’échelle internationale, veut revoir la modernité sur de nouveaux principes tels que le renouvellement urbain, l'aménagement durable et la protection de l’environnement. Ces quatre architectes influencés par les projets du Corbusier et des travaux du Team X, réalisent des bâtiments aux accents brutalistes, questionnant l’habitat évolutif et la préfabrication.
L'atelier et ses collaborateurs : vue (de gauche à droite) de Pierre Riboulet, Gérard Thurnauer, Jean Renaudie et Jean-Louis Véret dans l'atelier de Montrouge [vers 1968] (cliché anonyme) © Atelier de Montrouge (ATM)
Après la dissolution de l’atelier de Montrouge en 1978, Gérard Thurnauer travaille seul, puis de 1989 à 2001, en association avec Antoine Aygalinc. Ils travaillent sur des projets de logements sociaux et des équipement à Paris et en banlieue comme le complexe de logements, bureaux, hôtels, commerces et place publique de la Villette Nord ( 1986-1990), le plan directeur de réhabilitation et de rénovation de la Goutte d’or (1984-1999) ainsi que des études d’urbanisme.
© CAUE de Paris
L’hôtel et la résidence hôtelière
Le programme hôtelier occupe une longue construction implantée le long de l’avenue Corentin-Cariou. Il comprend principalement un grand hôtel trois étoiles, auquel s’ajoute, dans la partie en « proue » du bâtiment, une petite résidence hôtelière. Le bâtiment participe ainsi au programme mixte de Villette Nord, aux côtés des logements, des bureaux et des commerces.
Son implantation n’est pas seulement fonctionnelle : l’hôtel participe à la composition urbaine imaginée par Thurnauer. Le bâtiment accompagne l’avenue Corentin-Cariou et vient progressivement articuler le front bâti avec la Cité des sciences et de l’industrie. Sa forme plus longue et plus souple contraste avec les bâtiments résidentiels plus massifs du boulevard Macdonald.
Hôtel Forest Hill, Quartier La Villette Nord, Paris 19ᵉ : pers. et pers. isométrique © Thurnauer, Gérard (1926-2014)
© JB Vicquelin - CAUE de Paris
Depuis l’extérieur, les bâtiments forment une sorte de rempart qui accompagne les grandes infrastructures du quartier. Lorsqu’on pénètre dans l’opération, cette masse bâtie s’ouvre progressivement sur des espaces végétalisés et des jardins. Un des trois bâtiments appelés Hôtel Forest Hill a été dessiné par l'architecte Gérard Thurnauer dans un esprit de continuité avec la ville, de la même manière que le reste des bâtiments.
Hôtel Forest Hill, Quartier La Villette Nord, Paris 19ᵉ : plan masse © Thurnauer, Gérard (1926-2014)
Hôtel Forest Hill, Quartier La Villette Nord, Paris 19ᵉ : pers. de la mezzanine du restaurant © Thurnauer, Gérard (1926-2014)
Hôtel Forest Hill, Quartier La Villette Nord, Paris 19ᵉ : pers. sur le hall d'accueil, n.d. © Thurnauer, Gérard (1926-2014)
La résidence Corentin-Cariou / Les Terrasses du Parc
À côté de cet ensemble hôtelier se trouve la résidence Corentin-Cariou, également appelée Les Terrasses du Parc.
Les logements individuels situés face à la Cité des sciences et de l’industrie, appelés Terrasses du parc, développent une architecture modulaire. Livrée en 1993, elle compte environ 202 logements sociaux.
Le programme de logements repose sur une idée assez expérimentale : plutôt que de reproduire un immeuble collectif classique, Thurnauer cherche à donner aux habitants certaines qualités de la maison individuelle. Les logements sont organisés en modules à double hauteur, avec des espaces extérieurs comprenant notamment jardins d’hiver et balcons. Le logement devient ainsi une sorte de « maison superposée », tout en conservant la densité nécessaire à un programme collectif.
Cette diversité des espaces extérieurs permet de dépasser l’image du logement collectif standardisé et d’introduire des qualités habituellement associées à la maison individuelle.
© Martin Argyroglo
L’intérêt de cette opération réside ainsi dans son rapport au parc : l’architecture ne se contente pas de construire à côté du paysage, elle cherche à organiser la manière dont on y habite.
Terrasses du parc
© Martin Argyroglo
À la pointe nord du parc de la Villette, la double équerre de la Villette Nord constitue une véritable transition entre le parc et les infrastructures qui l’entourent. Conçue par l’architecte Gérard Thurnauer, cette opération composée de trois lots joue avec la question de la limite : l’architecture peut-elle à la fois protéger du bruit et des flux urbains tout en maintenant une relation étroite avec le paysage ?
Atelier Montrouge
Le projet Villette Nord a été pensé dans la continuité du mouvement de l’atelier Montrouge dont Gérard Thurnauer faisait partie.
Au côté de Pierre Riboulet, Jean-Louis Véret et Jean Renaudie, cet atelier associatif né en 1958 fait partie d’une nouvelle génération qui, à l’échelle internationale, veut revoir la modernité sur de nouveaux principes tels que le renouvellement urbain, l'aménagement durable et la protection de l’environnement. Ces quatre architectes influencés par les projets du Corbusier et des travaux du Team X, réalisent des bâtiments aux accents brutalistes, questionnant l’habitat évolutif et la préfabrication.
L'atelier et ses collaborateurs : vue (de gauche à droite) de Pierre Riboulet, Gérard Thurnauer, Jean Renaudie et Jean-Louis Véret dans l'atelier de Montrouge [vers 1968] (cliché anonyme) © Atelier de Montrouge (ATM)
Après la dissolution de l’atelier de Montrouge en 1978, Gérard Thurnauer travaille seul, puis de 1989 à 2001, en association avec Antoine Aygalinc. Ils travaillent sur des projets de logements sociaux et des équipement à Paris et en banlieue comme le complexe de logements, bureaux, hôtels, commerces et place publique de la Villette Nord ( 1986-1990), le plan directeur de réhabilitation et de rénovation de la Goutte d’or (1984-1999) ainsi que des études d’urbanisme.
© CAUE de Paris
L’hôtel et la résidence hôtelière
Le programme hôtelier occupe une longue construction implantée le long de l’avenue Corentin-Cariou. Il comprend principalement un grand hôtel trois étoiles, auquel s’ajoute, dans la partie en « proue » du bâtiment, une petite résidence hôtelière. Le bâtiment participe ainsi au programme mixte de Villette Nord, aux côtés des logements, des bureaux et des commerces.
Son implantation n’est pas seulement fonctionnelle : l’hôtel participe à la composition urbaine imaginée par Thurnauer. Le bâtiment accompagne l’avenue Corentin-Cariou et vient progressivement articuler le front bâti avec la Cité des sciences et de l’industrie. Sa forme plus longue et plus souple contraste avec les bâtiments résidentiels plus massifs du boulevard Macdonald.
Hôtel Forest Hill, Quartier La Villette Nord, Paris 19ᵉ : pers. et pers. isométrique © Thurnauer, Gérard (1926-2014)
© JB Vicquelin - CAUE de Paris
Depuis l’extérieur, les bâtiments forment une sorte de rempart qui accompagne les grandes infrastructures du quartier. Lorsqu’on pénètre dans l’opération, cette masse bâtie s’ouvre progressivement sur des espaces végétalisés et des jardins. Un des trois bâtiments appelés Hôtel Forest Hill a été dessiné par l'architecte Gérard Thurnauer dans un esprit de continuité avec la ville, de la même manière que le reste des bâtiments.
Hôtel Forest Hill, Quartier La Villette Nord, Paris 19ᵉ : plan masse © Thurnauer, Gérard (1926-2014)
Hôtel Forest Hill, Quartier La Villette Nord, Paris 19ᵉ : pers. de la mezzanine du restaurant © Thurnauer, Gérard (1926-2014)
Hôtel Forest Hill, Quartier La Villette Nord, Paris 19ᵉ : pers. sur le hall d'accueil, n.d. © Thurnauer, Gérard (1926-2014)
La résidence Corentin-Cariou / Les Terrasses du Parc
À côté de cet ensemble hôtelier se trouve la résidence Corentin-Cariou, également appelée Les Terrasses du Parc.
Les logements individuels situés face à la Cité des sciences et de l’industrie, appelés Terrasses du parc, développent une architecture modulaire. Livrée en 1993, elle compte environ 202 logements sociaux.
Le programme de logements repose sur une idée assez expérimentale : plutôt que de reproduire un immeuble collectif classique, Thurnauer cherche à donner aux habitants certaines qualités de la maison individuelle. Les logements sont organisés en modules à double hauteur, avec des espaces extérieurs comprenant notamment jardins d’hiver et balcons. Le logement devient ainsi une sorte de « maison superposée », tout en conservant la densité nécessaire à un programme collectif.
Cette diversité des espaces extérieurs permet de dépasser l’image du logement collectif standardisé et d’introduire des qualités habituellement associées à la maison individuelle.
© Martin Argyroglo
L’intérêt de cette opération réside ainsi dans son rapport au parc : l’architecture ne se contente pas de construire à côté du paysage, elle cherche à organiser la manière dont on y habite.
Résidence HBM Alphonse-Karr
© Martin Argyroglo
La résidence Alphonse-Karr permet de remonter un peu plus loin dans l’histoire du logement social parisien. Construits en 1932, ces immeubles appartiennent à la tradition des HBM (habitations à bon marché). Ils constituent l’un des grands programmes de production de logements populaires du premier tiers du XXᵉ siècle.
Leur architecture est immédiatement reconnaissable : la brique rouge, les façades régulières, les cages d’escalier, la répétition des fenêtres... Ces éléments témoignent d’une architecture rationnelle, pensée pour produire un grand nombre de logements tout en offrant des conditions d’hygiène et de confort supérieures à celles d’une partie du parc ancien.
© Martin Argyroglo
Près d’un siècle après leur construction, les HBM doivent faire l'objet de travaux de réhabilitation pour s'adapter aux changements des usages et du climat au XXIᵉ siècle. La résidence Alphonse-Karr en est un exemple.
La réhabilitation menée par l’agence Djuric Tardio Architectes pour le bailleur Paris Habitat cherche ainsi à adapter cet héritage aux exigences contemporaines. L’intervention porte notamment sur la performance thermique, le confort d’été, les cuisines et les salles d’eau, mais aussi sur les espaces communs et extérieurs.
Cette approche montre que la rénovation du logement social ne consiste pas uniquement à améliorer les performances techniques d’un bâtiment : elle peut également être l’occasion de requalifier les espaces collectifs et de redonner une valeur d’usage au patrimoine existant.
Contenus additionnels

Résidence des Eiders
© Martin Argyroglo
Une nouvelle génération de grand ensemble
Avec la résidence Les Eiders, nous changeons d’échelle et de langage architectural. Réalisé en 1981, cet ensemble rassemble 995 logements et constitue une tentative ambitieuse de renouveler la forme du grand ensemble. Il est conçu par Mario Heymann, avec Hugues Jirou et Philippe Schroeder, sans ses partenaires habituels Roger Anger et Pierre Puccinelli.
Une architecture proliférante
Le projet se distingue d’abord par son implantation. L’ensemble se déploie sur plusieurs rues et s’enfonce profondément à l’intérieur de l’îlot, jusqu’à se raccorder habilement à l’arrière d’un groupe d’HBM de l’entre-deux-guerres, rue Alphonse-Karr. Plutôt qu’un bâtiment isolé, les architectes composent ainsi une véritable continuité urbaine, faite de volumes, de passages et d’espaces intermédiaires.
Le béton préfabriqué comme vocabulaire
L’originalité des Eiders tient surtout au travail sur les éléments en béton préfabriqué. À rebours de la standardisation généralement associée à la préfabrication, les architectes jouent sur l’assemblage, le décalage et la combinaison des modules.
Les façades donnent ainsi l’impression d’un immense empilement de boîtes, percées de fenêtres évoquant parfois des hublots. Les angles arrondis, les retraits et les saillies produisent une forme presque organique et foisonnante. Cette architecture témoigne du rejet progressif de la rigueur géométrique des grands ensembles des années 1950 et 1960, au profit, à la fin des années 1970, d’une recherche de formes plus expressives et singulières.
Une architecture insolite
Cette apparence très particulière vaut d’ailleurs au projet une certaine reconnaissance populaire. Mario Heymann raconte avec humour que les logements ont servi de décor à une émission de télévision dans laquelle l’ensemble avait été rebaptisé « Bidule ». L’anecdote illustre bien le caractère immédiatement reconnaissable et quelque peu insolite de cette architecture.
Un parcours à travers l’îlot
© Martin Argyroglo
L’intérêt des Eiders ne se limite pas à leur apparence extérieure. Il faut pénétrer dans l’opération pour comprendre la logique du projet. Le parcours intérieur s’organise autour d’une succession de cours hexagonales, qui constituent autant d’espaces intermédiaires entre la rue et les logements.
On passe ainsi progressivement de l’espace public aux espaces collectifs, puis aux entrées des immeubles. Cette succession de seuils et de séquences produit une expérience presque labyrinthique : l’ensemble ne se donne jamais à voir dans sa totalité, mais se découvre progressivement au fil du parcours.
Une autre manière de faire du grand ensemble
Les Eiders proposent ainsi une conception renouvelée du grand ensemble. Il ne s’agit plus seulement d’aligner des bâtiments répétitifs, mais de créer une architecture continue, capable de fabriquer ses propres rues, ses cours et ses espaces collectifs.
Le projet montre surtout que la préfabrication, souvent synonyme de standardisation, peut aussi devenir un outil de diversité architecturale, dès lors que les éléments répétitifs sont combinés et détournés pour produire une véritable richesse spatiale.
Cité Michelet
© Martin Argyroglo
Construire un morceau de ville
La cité Michelet constitue l’une des opérations majeures de logement social réalisées dans le nord-est parisien au cours des années 1970. Implantée sur le site d’une ancienne usine à gaz, elle répond à un double enjeu : produire rapidement un nombre important de logements et reconvertir un territoire industriel alors en pleine transformation.
Conçue notamment par André Coquet pour le compte de l’OPAC de Paris, l’opération repose sur un principe particulièrement ambitieux : libérer au maximum le sol afin de dégager de vastes espaces collectifs.
La cité Michelet en 1970 © Bibliothèque historique de la Ville de Paris
Le projet rassemble seize tours de R+18, de plan presque carré, disposées parallèlement aux rues Curial et de Cambrai, ainsi qu’un bâtiment linéaire de R+8 qui accompagne la petite ceinture. Avec près de 1 800 logements, l’ensemble constitue une véritable pièce urbaine plutôt qu’une simple succession d’immeubles.
Le choix de la verticalité permet de concentrer une forte densité de logements sur une emprise au sol relativement réduite. Les espaces libérés accueillent alors des cheminements, des plantations, des équipements et des lieux de rencontre. L’organisation des tours autour d’un noyau central regroupant les circulations et les réseaux permet par ailleurs une grande souplesse dans la distribution intérieure. Du studio au six-pièces, cette disposition autorise une diversité importante de typologies et répond à la volonté de proposer des logements adaptés à des profils familiaux variés.
La cité Michelet en 1970 © Bibliothèque historique de la Ville de Paris
Cette recherche de rationalité constructive s’accompagne pourtant d’un traitement architectural très affirmé. Les façades, revêtues de grès émaillé et de pâte de verre, développent un décor abstrait composé de motifs géométriques, notamment de grecques imbriquées. Loin de chercher à effacer la dimension répétitive du grand ensemble, ce vocabulaire graphique lui donne au contraire une identité visuelle forte et en fait un repère dans le paysage urbain de la porte d’Aubervilliers.
Cette attention au décor se retrouvait également dans les espaces communs, initialement particulièrement soignés : frisettes de bois aux plafonds, sols en marbre, revêtements muraux en grès et pâte de verre. Les appartements bénéficiaient quant à eux de sols en parquet de chêne mosaïque. Au pied de chaque tour, un parvis était également aménagé et orné d’un motif décoratif en terre cuite et émaux, conçu par le groupe d’études L’Œuf. Chaque bâtiment pouvait ainsi être individualisé au sein d’un ensemble pourtant soumis à une forte logique de répétition.
Une architecture transformée par le temps
Vue d'ensemble © Par Hgcst, Travail personnel, CC0
La cité Michelet permet aujourd’hui d’observer les limites et les évolutions du modèle des grands ensembles. La concentration de logements sociaux sur un même site a progressivement soulevé des difficultés de gestion, d’entretien et d’appropriation des espaces collectifs. Le sol de l’opération a ainsi été progressivement divisé en plusieurs parcelles, dont certaines ont été clôturées.
Cette transformation n’a toutefois pas remis en cause un principe essentiel du projet : la place accordée aux piétons. À la demande des habitants, l’ensemble a conservé son caractère largement piétonnier, tandis que le stationnement est principalement reporté dans les quelque 1 800 places de parking souterraines. Ce choix permet de maintenir une séparation entre les espaces dédiés à la voiture et ceux destinés aux usages quotidiens des habitants.
© Martin Argyroglo
La réhabilitation engagée en 2015 constitue ainsi une nouvelle étape dans l’histoire de la cité. Elle pose une question qui dépasse ce seul ensemble : comment transformer un grand ensemble des années 1970 pour répondre aux exigences contemporaines sans effacer les qualités spatiales, architecturales et urbaines qui ont présidé à sa conception ?
L'intérêt de la cité Michelet réside aussi dans le fait qu'elle n’est pas une architecture figée. Elle témoigne d’un moment où l’on cherchait à répondre à la crise du logement par la densité, la préfabrication et la construction à grande échelle, tout en accordant une attention nouvelle aux espaces collectifs et au paysage. Aujourd’hui, ce projet permet surtout d’observer la manière dont un grand ensemble évolue, se transforme et se réapproprie au fil du temps, entre héritage architectural, contraintes de gestion et nouvelles attentes des habitants.
Yama Tani
© Martin Argyroglo
Changement d’échelle avec Yama Tani. Après les grandes opérations de logements que nous venons de traverser, voici un édifice remarquable bien que plus modeste. Nichée dans le très calme passage de Crimée, cette résidence s’insère délicatement dans un environnement urbain déjà constitué.
Une architecture tout en bois
Conçu par l’architecte japonais Kengo Kuma et achevé en 2023, cet ensemble de 11 logements se distingue d’abord par son matériau : le bois. Largement utilisé, aussi bien dans la structure du bâtiment que dans le parement en façade, il donne au bâtiment une apparence plus légère et plus chaleureuse que celle des constructions minérales de son voisinage.
Vue axonométrique © Kengo Kuma & Associates
Le choix du bois présente plusieurs avantages, parmi lesquels : un chantier plus propre et moins bruyant avec des éléments préassemblés en atelier, une empreinte carbone moindre et une esthétique singulière.
Offrant peu de recul, l'étroitesse de la rue a amené l'architecte à façonner la façade selon les points de vue de biais. Avec son relief plissé, tel un grand origami, ce petit immeuble se démarque de ses voisins, tout en respectant les alignements et les proportions de fenêtres de la rue.
Pliage de Miura avec des plis « montagnes » et des plis « vallées » © CAUE de Paris
L'appellation japonaise « Yama Tani » (山谷) pourrait se traduire en français par « les montagnes et les vallées ». C'est cette évocation du relief terrestre qui inspire l'architecte pour le dessin en relief de la façade, où les courbes de niveau se retrouvent sur un plan vertical.
Croquis de la façade par Kengo Kuma © Kengo Kuma & Associates
Cette fragmentation permet d’éviter l’effet d’un volume massif et monolithique. Elle crée au contraire une architecture plus mouvante, dont la perception évolue au fur et à mesure que l’on se déplace dans le passage.
Une architecture de particules
Cette attention portée à la matière, à la lumière et à la fragmentation des volumes est caractéristique du travail de Kengo Kuma. L’architecte cherche régulièrement à atténuer la présence de l’architecture en privilégiant des dispositifs qui filtrent, fragmentent ou décomposent les volumes.
Pour Yama Tani, le bois participe pleinement à cette recherche : il donne au bâtiment une matérialité identifiable tout en contribuant à une forme de légèreté visuelle. Les pans en bois de châtaigner grisé présentent des joints creux, s'écartant parfois pour laisser passer la lumière tout en préservant l'intimité des loggias abritées derrière.
© Martin Argyroglo
Yama Tani constitue ainsi un véritable contrepoint aux grandes opérations de logements rencontrées précédemment. Ici, il ne s’agit plus de construire à grande échelle ou de répondre à une importante quantité de logements, mais de réfléchir à la manière dont une petite opération peut s’inscrire dans un tissu urbain existant.
Le projet pose finalement une question essentielle pour la ville : comment construire sans s’imposer ? À travers son échelle, son usage du bois et ses volumes pliés, Yama Tani propose une réponse fondée sur l’adaptation plutôt que sur la monumentalité.
💡 Comment modéliser un paysage en relief en origami ? Retrouvez un tutoriel vidéo pour réaliser chez vous le pliage de Miura avec une simple feuille A4.
Contenus additionnels

Orgues de Flandre
© Martin Argyroglo
Rénovation de l’îlot Riquet et fin des grands ensembles
Le Plan d’urbanisme directeur de Paris (PUD) est élaboré à partir de 1959, appliqué par anticipation dès 1962, puis adopté en 1967. Il accompagne une nouvelle manière de penser la transformation de la ville : l’îlot devient l’échelle minimale d’intervention et certains secteurs sont destinés à être profondément restructurés.
L’îlot Riquet fait partie de ces secteurs considérés comme « mal utilisés » : îlots insalubres, emprises occupées par des entrepôts ou par des activités industrielles, alors jugées incompatibles avec la ville moderne et appelées à quitter Paris. La rénovation du secteur s’inscrit ainsi dans une politique de transformation radicale du tissu urbain existant.
L’aménagement des Orgues de Flandre intervient à la fin de la période des grands ensembles, qui ont profondément transformé les périphéries et certains secteurs de Paris. Leur principe repose sur une rupture avec la ville existante : les bâtiments ne sont plus nécessairement alignés sur la rue et l’îlot traditionnel laisse place à des bâtiments autonomes, implantés librement dans un espace ouvert.
Inspiré notamment des principes de la Charte d’Athènes, cet urbanisme est alors perçu comme une réponse aux conditions de logement insalubres. Les grands ensembles promettent l’accès au confort moderne à une population d’ouvriers et d’employés : chauffage central, eau courante, salles de bains, sanitaires intérieurs ou encore ascenseurs.
Aujourd’hui fortement critiqués, ces modèles ont pourtant représenté, au moment de leur construction, une amélioration considérable des conditions d’habitat.
Construire en hauteur, mais autrement
©
Les Orgues de Flandre constituent l’un des ensembles les plus spectaculaires de cette promenade. Depuis l’avenue de Flandre, les quatre tours s’imposent immédiatement dans le paysage parisien.
Réalisé entre 1973 et 1980 par l’architecte Martin Schulz van Treeck, l’ensemble répond à un objectif majeur : construire rapidement et en nombre pour répondre à la demande de logements. Avec près de 1 950 logements, le projet aurait pu prendre la forme d’un ensemble standardisé. Il développe au contraire une architecture particulièrement expressive.
Les volumes s’empilent, se décalent et semblent parfois se retourner. Les pyramides inversées donnent aux tours leur silhouette caractéristique et produisent une architecture immédiatement reconnaissable.
Concevoir depuis le regard du piéton
© JB Vicquelin - CAUE de Paris
Schulz van Treeck développe pour le projet un dispositif original appelé Relatoscope, inspiré d’un instrument médical. Cet outil lui permet d’explorer virtuellement ses futurs bâtiments et d’étudier les espaces depuis le point de vue du piéton.
Lire aussi : Pour bien lire une maquette d'architecture : le relatoscope
Cette démarche traduit une préoccupation importante dans la conception des Orgues de Flandre : ne pas seulement dessiner un objet architectural visible dans le paysage, mais construire une expérience à hauteur d’homme.
Les presque 1 950 logements ne sont donc pas pensés comme une simple accumulation de cellules. Les circulations, les séquences, les vues et les espaces collectifs participent à la composition d’un véritable paysage habité.
La Porte des Flamands : entrer dans la cité
Martin Schulz van Treeck, arch. 1971-1976. Ilôt Riquet, Paris 19ᵉ. Ensemble d'habitation Les Orgues de Flandre : vue de l'entrée (depuis le cœur d'îlot), 1974 (cliché anonyme) © Dossiers d'œuvres de la direction de l'Architecture et de l'Urbanisme (DAU)
La Porte des Flamands constitue un seuil majeur du projet. Elle marque le passage entre l’espace public de l’avenue de Flandre et l’espace intérieur de la cité.
Une fois ce seuil franchi, le rapport à la ville change : le visiteur pénètre dans un paysage architectural composé de tours, de passerelles, de circulations et d’espaces collectifs. L’ensemble fonctionne alors comme une ville dans la ville, avec ses propres parcours et ses propres repères.
Un repère dans le paysage parisien : de l’objet controversé au patrimoine
© JB Vicquelin - CAUE de Paris
Parmi les quatre tours, Prélude est la plus haute. Elle atteint environ 123 mètres et 38 étages, ce qui en fait l’un des bâtiments résidentiels les plus hauts de Paris. Sa hauteur lui confère une présence particulière dans le grand paysage parisien. Visible depuis de nombreux points de la capitale, elle devient un repère urbain qui dépasse largement l’échelle du quartier.

Depuis 2017, les Orgues de Flandre sont labellisées Architecture contemporaine remarquable. Cette reconnaissance participe à un changement de regard sur l’architecture des années 1970.
Longtemps associée aux grands ensembles, à la standardisation et aux difficultés sociales de certains quartiers, cette architecture est désormais considérée comme un patrimoine à étudier, à préserver et à transformer.
Le label permet ainsi de reconnaître la valeur architecturale et urbaine d’un ensemble qui peut, au premier regard, sembler éloigné des représentations traditionnelles du patrimoine parisien.
Réhabiliter plutôt que remplacer
La réhabilitation réalisée en 2021 par les Ateliers Lion illustre cette nouvelle approche.
▶️ Écoutez les témoignages d'Adrien Leclerc et de Nicolas Ferault, architectes aux Ateliers Lion. Réalisation : Justin Morin
© Martin Argyroglo
Cette intervention témoigne d’une évolution importante de la pratique architecturale. Le projet ne consiste plus seulement à construire du neuf, mais à transformer l’existant : améliorer ses performances, adapter ses usages et ses espaces tout en conservant les éléments qui constituent son identité.
▶️ Voir : Orgues de Flandre | Rapport de synthèse
Les Orgues de Flandre deviennent ainsi un terrain d’expérimentation pour penser la continuité entre patrimoine moderne et architecture contemporaine.
Aujourd’hui profondément ancrées dans le paysage et l’identité du 19ᵉ arrondissement, les Orgues de Flandre témoignent d’une période où l’on pensait la ville à travers la hauteur, la densité et la rupture avec le tissu existant.
Leur histoire permet surtout d’observer l’évolution du regard porté sur cette architecture : d’abord symbole de modernité, puis objet de critiques, elle devient aujourd’hui un patrimoine à transformer.
Logements sociaux et résidence étudiante
© Martin Argyroglo
Une architecture de la générosité
Ce projet, conçu par Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, nous permet d’aborder une autre manière de penser le logement collectif. Récompensés par le prix Pritzker en 2021, les deux architectes ont développé une pratique fondée sur une idée simple mais radicale : plutôt que de chercher à construire moins, il faut chercher à offrir davantage, en exploitant autrement les ressources disponibles.
Faire plus avec moins
Chez Lacaton & Vassal, l’économie de moyens ne signifie pas une réduction des espaces ou des usages. Elle consiste au contraire à trouver des solutions constructives simples pour augmenter la qualité d’habiter.
Cette approche s’oppose notamment à une logique fréquente dans la production du logement collectif, où chaque mètre carré est calculé et optimisé afin de limiter les coûts. Ici, la question est inversée : comment utiliser les mêmes ressources pour donner davantage d’espace aux habitants ?
L’objectif est donc moins de produire une architecture spectaculaire que de créer des logements généreux, lumineux et capables de s’adapter aux modes de vie de leurs occupants.
Une apparente légèreté
Cette philosophie se traduit dans l’expression architecturale du bâtiment. Sa silhouette, volontairement sobre et légère, évite l’effet monumental ou démonstratif. Les dispositifs constructifs sont relativement simples, mais ils permettent de multiplier les relations entre les logements, l’extérieur et les espaces communs.
La lumière naturelle, les ouvertures, les prolongements extérieurs et les espaces intermédiaires participent ainsi à une architecture qui cherche davantage à augmenter les possibilités d’usage qu’à produire une image architecturale immédiatement spectaculaire.
L’espace comme matière première
Pour Lacaton & Vassal, l’espace constitue en quelque sorte la première matière du projet. Un logement de qualité n’est pas seulement défini par le nombre de pièces ou par sa surface réglementaire : il doit également offrir des espaces supplémentaires permettant aux habitants de modifier, d’occuper et de transformer leur environnement.
Balcons, jardins d’hiver, terrasses ou espaces extérieurs deviennent alors de véritables pièces supplémentaires. Ils permettent d’étendre le logement au-delà de ses limites conventionnelles et offrent aux habitants une plus grande liberté d’appropriation.
Transformer chaque mètre carré en qualité d’usage
Le projet illustre ainsi une conception du logement où la valeur architecturale ne réside pas nécessairement dans une forme complexe ou spectaculaire. Elle se mesure plutôt à la qualité de vie qu’une architecture est capable de produire.
© Martin Argyroglo
Lacaton & Vassal défendent finalement une architecture qui donne plus d’espace, plus de lumière, plus d’air et plus de liberté sans nécessairement augmenter les moyens engagés. Une approche particulièrement pertinente dans le contexte du logement collectif, où la question n’est pas seulement de construire davantage, mais de se demander comment mieux habiter avec ce que l’on a déjà.
Contenus additionnels

Ferme du Rail
© Martin Argyroglo
Une ancienne emprise ferroviaire
Pour comprendre la Ferme du Rail, il faut partir de son implantation. Ce projet prend place sur une ancienne emprise ferroviaire, au bord de la petite ceinture, dans un secteur longtemps marqué par les infrastructures et les activités liées au chemin de fer. Avec la disparition progressive de ces usages, ces terrains sont devenus des espaces en attente, offrant de nouvelles possibilités d’expérimentation au cœur de la ville.
Certains tronçons de la petite ceinture sont aujourd'hui accessibles au public et partiellement aménagés, bien qu'ils demeurent une propriété de la SNCF. C'est le cas de la section qui jouxte la Ferme du Rail, où l'on peut se promener au calme.
Petite ceinture © CAUE de Paris
▶️ Écoutez les témoignages de Julia Turpin, architecte associée coopératrice à la Scop Grand Huit, et de Jeanne Couvreur, responsable et encadrante technique à la Ferme du Rail. Réalisation : Justin Morin
Une réponse à la précarité
Dans le cadre de l'appel à projets Réinventer Paris (2015), ce terrain en friche est identifié par la Ville de Paris pour son potentiel. La coopérative d'architecture Grand Huit répond en imaginant un lieu vivant au cœur du quartier, mêlant réinsertion sociale et production maraîchère.
Plusieurs programmes découlent de cette association : un centre d'hébergement pour les personnes en situation de précarité, des logements pour les étudiants de l'école du Breuil, une serre et un restaurant. L’agriculture et la restauration deviennent ainsi des supports de formation, de travail, d'insertion professionnelle et de sociabilité. C'est ainsi que naît la Ferme du Rail !
Habiter et produire
On distingue deux bâtiments : un premier, avec le restaurant accolé à la petite ceinture et coiffé d'une serre ; un second en retrait derrière le jardin potager, abritant le centre d'hébergement et les 5 logements étudiants.
Serre de la Ferme du Rail© CAUE de Paris
Le regroupement de toutes ces fonctions permet de créer des porosités entre les différents usages. La Ferme du Rail rassemble en un seul endroit des lieux de vie, de travail et de rencontre.
Une architecture sobre et de réemploi
La Ferme du Rail n'innove pas seulement par sa mixité d'usages, mais également par l'ambition environnementale qu'elle porte jusque dans ses choix constructifs vertueux. Les bâtiments intègrent pleinement des matériaux de réemploi, choisis pour limiter le recours aux matériaux neufs et prolonger la durée de vie d’éléments déjà produits. L'isolation est assurée par des bottes de paille.
Le projet expérimente ainsi une autre manière de construire : non pas repartir systématiquement de matières premières, mais considérer les ressources existantes comme un matériau potentiel pour la ville de demain.
Une architecture sociale et environnementale
© Martin Argyroglo
La Ferme du Rail dépasse finalement la seule question du logement. Elle associe habitat, insertion, agriculture urbaine et restauration dans un même dispositif.
Ce qui est intéressant ici, c’est donc moins la forme des bâtiments que le modèle qu’ils expérimentent : une architecture capable de répondre simultanément à des enjeux sociaux, économiques et environnementaux.
Après avoir parcouru des opérations où l’architecture cherchait principalement à renouveler la forme du logement, la Ferme du Rail déplace la question : il ne s’agit plus seulement de savoir comment construire, mais de se demander ce que l’architecture peut permettre de produire autour d’elle.
Parking transformé
© Martin Argyroglo
Nous arrivons ici devant un bâtiment qui raconte une transformation particulièrement emblématique de la ville contemporaine : le passage d’un espace consacré à l’automobile à un espace consacré à l’habitation.
Le bâtiment était à l’origine un garage aérien. Les agences Archi5 et Encore Heureux ont choisi de le transformer en 149 logements, en associant réhabilitation et démolition partielle.
186 avenue Jean Jaurès. Garage. Façade sur rue. Paris (XIXᵉ arr.). Photographie de la Commission du Vieux Paris. Négatif souple. 14 juin 1967. Département Histoire de l'Architecture et Archéologie de Paris © DHAAP
186 avenue Jean-Jaurès. Façade sur rue. Paris (XIXᵉ arr.). Photographie d'Edouard Desprez. Plaque de verre, 1922-1924. Département Histoire de l'Architecture et Archéologie de Paris © Edouard Desprez / DHAAP
Cette opération est intéressante parce qu’elle remet en question un réflexe longtemps dominant dans la construction : lorsqu’un bâtiment ne correspond plus aux usages contemporains, faut-il nécessairement le démolir pour reconstruire ?
Ici, une partie de l’existant est conservée et transformée. Cette stratégie permet de tirer parti de la structure et de l’histoire du bâtiment tout en lui donnant une nouvelle fonction.
© Martin Argyroglo
Face au parc de la Villette, le projet témoigne des mutations du quartier : les infrastructures liées à l’automobile perdent progressivement leur centralité, tandis que la pression foncière et la demande de logements rendent ces surfaces particulièrement précieuses.
Cette transformation nous invite à regarder différemment les bâtiments existants. Le patrimoine de demain n’est pas nécessairement celui que l’on considère aujourd’hui comme remarquable : il peut aussi être constitué de bâtiments ordinaires auxquels on trouve un nouvel usage.
▶️ Écoutez le témoignage d'Anne Pezzoni, architecte associée chez archi5. Réalisation : Justin Morin
91 logements et un bureau de poste
© Martin Argyroglo
Nous terminons la promenade avec un projet qui permet de revenir sur une question centrale : comment construire dans l'existant sans effacer ce qui était là avant ? La réalisation d’Aldo Rossi permet d’aborder cette question à travers le rapport entre architecture, mémoire et identité urbaine.
Construit entre 1986 et 1991, en collaboration avec Claude Zuber, ce projet est l’unique réalisation parisienne de l’architecte italien Aldo Rossi. Figure majeure de l’architecture postmoderne, Aldo Rossi développe une pensée architecturale fondée sur la mémoire des lieux, la permanence des formes et la capacité de l’architecture à dialoguer avec la ville.
1500 logements pour les postiers
1988-1999. Immeuble et bureau de poste, La Villette sud (en collaboration avec Aldo Rossi et Claude Zuber), av. du Nouveau-Conservatoire, Paris 19ᵉ : vue extérieure, n.d. (cliché anonyme) © Fonds Huet, Bernard (1932-2001)
Le projet s’inscrit dans une opération plus large lancée à la fin des années 1980 : l’opération des « 1 500 logements pour les postiers ». En 1989, La Poste et le ministère des Postes et Télécommunications lancent un concours afin de construire à Paris 1 500 logements destinés notamment aux jeunes postiers en début de carrière, confrontés à la difficulté de se loger dans la capitale. L’objectif est alors de produire rapidement des logements, mais aussi de proposer une nouvelle manière de construire dans une ville dense.
Plutôt que de créer un grand ensemble sur un seul site, les logements sont disséminés dans différents quartiers de Paris, en s’appuyant notamment sur des parcelles occupées par des bureaux de poste existants, qui peuvent être rénovés, reconstruits ou associés aux nouveaux logements. Le cahier des charges est ambitieux : les logements doivent pouvoir s’adapter à l’évolution des situations familiales, avec une attention portée à leur évolutivité et à leur qualité d’usage.
Cette opération donne l’occasion à plusieurs architectes de travailler sur de petites opérations de logements réparties dans le tissu parisien. Le projet d’Aldo Rossi et Claude Zuber propose une architecture qui cherche précisément à dialoguer avec la ville existante plutôt qu’à s’en isoler. Le programme des « 1 500 » devient un véritable terrain d’expérimentation pour le logement parisien de la fin des années 1980, associant production de logements, densification du tissu existant et recherche architecturale.
Réinterpréter plutôt que reproduire
À rebours d’une architecture qui chercherait à rompre avec son contexte, Aldo Rossi considère la ville comme un réservoir de formes et de références. Il ne s’agit pas de reproduire littéralement l’architecture parisienne, mais d’en extraire certains éléments pour les transformer et les réinterpréter.
Le projet reprend ainsi plusieurs caractéristiques de l’architecture parisienne : toitures, pignons, volumes réguliers, rythmes de façades et formes monumentales. Ces références sont volontairement simplifiées et recomposées. L’architecture ne cherche ni l’imitation historique ni la rupture radicale, mais une forme de continuité critique avec la ville.
Le bâtiment se distingue également par sa composition en plusieurs volumes. Plutôt que de concevoir un objet architectural homogène, Aldo Rossi articule différentes formes qui semblent presque constituer plusieurs bâtiments réunis dans une même composition.
Cette fragmentation permet de rendre lisible la diversité des fonctions accueillies par le projet. Le bureau de poste, les espaces de travail et les logements ne sont pas simplement superposés dans une masse unique : ils participent à une composition où chaque élément possède une présence architecturale identifiable.
Le projet entretient ainsi une relation particulière avec l’échelle urbaine. Par ses volumes différenciés, il évoque davantage un fragment de ville qu’un bâtiment autonome.
Le silo bleu : un signal dans la ville
© Martin Argyroglo
Parmi les différents éléments du projet, le silo bleu du bureau de poste est sans doute le plus immédiatement reconnaissable.
Sa couleur et sa forme cylindrique lui donnent une forte présence dans le paysage urbain. Il agit comme un signal, permettant d’identifier le bâtiment depuis l’espace public, mais également comme un élément autour duquel s’organise la composition architecturale.
Le silo rappelle par ailleurs la dimension fonctionnelle du programme postal : une architecture liée aux flux, au stockage et à la circulation du courrier. Sa monumentalité transforme cependant cet élément technique en véritable figure architecturale.
Du projet dessiné au bâtiment construit
© Martin Argyroglo
L’histoire du projet montre également que l’architecture construite ne correspond pas exactement au projet imaginé par Aldo Rossi et Claude Zuber.
Entre 1986 et 1991, le projet connaît plusieurs modifications au cours de sa réalisation. Certains éléments importants de la proposition initiale disparaissent, notamment une galerie ouverte et une coupole destinée à marquer l’un des pignons.
La maquette conservée au Centre Pompidou permet de mesurer l’écart entre le projet imaginé et l’édifice finalement réalisé. Elle donne à voir une architecture plus complexe que celle qui existe aujourd’hui, notamment grâce à la présence de cette galerie couverte et de la coupole, qui participaient à la composition générale.
Ce qui demeure : une architecture de la mémoire
L’œuvre de Aldo Rossi invite ainsi à considérer l’architecture comme un dialogue entre le passé, le projet et le présent. Construire dans la ville ne signifie pas nécessairement reproduire ce qui existe ni repartir de zéro : il peut s’agir de reconnaître les traces du lieu, de les transformer et de leur donner une nouvelle signification.
La promenade se termine ainsi sur cette idée : construire avec le contexte, ce n’est pas seulement s’adapter à ce qui existe, c’est aussi savoir comment la mémoire de la ville peut devenir une matière pour l’architecture contemporaine.
Activités annexes
Accéder au parcours
Métro
Porte de la Villette (ligne 7)
Bus
Porte de la Villette (lignes 71, 139, 150 et 152)
Tramway
Porte de la Villette (ligne T3b)


