De Trinité à Blanche : spectacles et art de vivre
9ᵉ arrondissement






Au milieu du XVIIIᵉ siècle, Paris n’avait pas dépassé la limite de ce qu’on appelle aujourd’hui les Grands boulevards : il suffisait de passer la rue Saint-Lazare pour se retrouver à la campagne. Le "Bas-Montmartre" accueillait ainsi des vergers et terres maraîchères, des guinguettes au milieu des champs, ainsi que des folies, ces maisons d’agrément avec jardins destinées à se distraire et à s’amuser.
À partir des années 1820, cet espace dégagé, proche de la vie trépidante des Grands boulevards et de l’Opéra Le Peletier, sans pour autant en subir l’agitation, voit surgir des lotissements privés qui accueillent des hôtels particuliers, immeubles de rapport et ateliers d’artistes. Les comédiens, peintres et musiciens qui s’y installent, multipliant les salons et cénacles, font de ce quartier un lieu culturel privilégié de la capitale. En 1820, le quartier compte 9 artistes, en 1850 ils sont 80. L’endroit devient l’épicentre du mouvement romantique.
Quant aux théâtres et lieux de spectacle, ils se multiplient des années 1890 aux années 1930 le long des axes majeurs : rues de Clichy, Blanche, Pierre Fontaine… Leurs architectures témoignent de l’évolution des goûts et des styles.
Dans l'arrondissement parisien comptant le plus de salles de spectacle, partons à la découverte des théâtres et des hôtels particuliers de comédiens ayant façonné l’identité du quartier.

Ce parcours a été réalisé en partenariat avec le Conseil de quartier Blanche-Trinité (mairie du 9ᵉ arrondissement).
Ressources
- L'architecture, journal hebdomadaire de la société centrale des architectes français, Louis Bonnier, revue numéro 1, Janvier 1903
- L'Hôtel de la Duchesnois, Paul Jarry, 1925
- Vie et Histoire. IXe arrondissement Paris, Jocelyne Van Deputte, Jean Colson, Hervas, 1986
- Le guide du promeneur, 9ᵉ arrondissement, Maryse Goldemberg, Parigramme, 1997
- La Nouvelle Athenes. Haut Lieu du Romantisme, Bruno Centorame, 2001
- L'hôtel Choudens, Agnès Chauvin, 2009
- Paris romantique 1815 - 1848, Editions Paris Musées - Petit Palais, 2019
- Le Jazz dans le 9e arrondissement de Paris, Philippe Baudoin, 2021
- En scène – Lieux de spectacle en Île-de-France 1910-1940, Julie Faure, 2021
- Impressions Nabies - Bonnard, Vuillard, Denis, Vallotton, Valérie Sueur-Hermel & Céline Chicha-Castex, 2025
Aperçu du parcours
La rue de la Tour des Dames - trois hôtels particuliers de comédiens remarquables
Son nom évoque la présence d'un ancien moulin du XIVᵉ siècle, propriété des abbesses de Montmartre, qui prit la forme d'une tourelle en perdant ses ailes. C’est dans cette rue que s’installent les premiers résidents du quartier de « La Nouvelle Athènes ».
Du quartier des Porcherons à La Nouvelle-Athènes
Sous la Restauration (1814-1830) et face à la densification de Paris, le quartier des Porcherons, au nord de l'actuelle rue Saint-Lazare, attire la spéculation immobilière. En 1820, le richissime promoteur Augustin Lapeyrière (receveur général des finances) et l'architecte Auguste Constantin créent un lotissement privé entre les rues Blanche, Saint-Lazare, de la Rochefoucauld et de la Tour des Dames. Ce micro-quartier, baptisé la « Nouvelle Athènes », est construit dans un style néoclassique inspiré de l'antique et caractérisé par la symétrie et l'harmonie des proportions.
Micro-quartier historique de La Nouvelle-Athènes par François Thiollet dans « Les vieux hôtels de Paris » de Paul Jarry © Ville de Paris/Bibliothèque historique, Architecture/Hôtels particuliers 27- (18)
Le nom de « La Nouvelle Athènes », né en 1823 sous la plume du journaliste Adolphe Dureau de la Malle dans un contexte de grécomanie ambiante, évoque l’architecture néoclassique du quartier ainsi que la sympathie des artistes parisiens pour le peuple grec et sa lutte d’alors pour se libérer des Ottomans. L’appellation sera ensuite étendue à un territoire plus vaste, englobant les alentours de la place Saint-Georges.
Plan de Paris en 1860 divisé en 20 arrondissements, gravé par J.-N. Henriot © Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, GE C-7124 - Légende par le CAUE de Paris
Centre névralgique du quartier, la rue de la Tour des Dames attire des peintres et les acteurs de la Comédie-Française tels que Mlle Mars, Mlle Duchesnois et Talma. Nous vous invitons à découvrir leurs hôtels particuliers.
L'ancien hôtel particulier de Mademoiselle Mars
Le n°1 de la rue, à l’origine occupé par l’explorateur Bougainville puis par le maréchal Gouvion de Saint-Cyr (au service de Napoléon 1ᵉʳ), est acquis en 1824 par Mlle Mars. D’abord spécialisée dans les rôles d’ingénue, celle-ci fait évoluer son registre avec l’avènement du romantisme. Elle est à l’apogée de sa carrière lorsqu’elle emménage rue de la Tour des Dames.
Portrait de Mlle Mars, en 1830, actrice à la Comédie française © Paris Musées/Musée Carnavalet - Histoire de Paris
L’hôtel, à l’image de sa propriétaire surnommée « Le Diamant » en référence à ses incroyables parures de bijoux, devient célèbre pour son faste. La façade côté rue de la Tour des Dames se compose de cinq travées, dont deux ailes en trompe-l'œil et d’un porche aux colonnes d'inspiration antique.
Façade sur rue de l’hôtel de Mlle Mars © Collection personnelle du Conseil de quartier Blanche-Trinité
Mlle Mars fait réaménager l’intérieur par Louis Visconti, futur architecte du Palais du Louvre et des Tuileries. Celui-ci adopte un somptueux décor de style Renaissance italienne, où symétrie, références à l’antique et matériaux nobles s’imposent. Au rez-de-chaussée se déploient alors un vestibule pavé de marbre polychrome, des colonnes en stuc, un escalier en marbre blanc décoré de bronze doré et des statues.
Hall d’entrée avec ses pilastres et ses bas-reliefs © Collection personnelle du Conseil de quartier Blanche-Trinité
À l’étage s’élèvaient des pilastres en marbre, d’immenses glaces, une verrière décorée de frises doriques.
Coupe longitudinale de l'hôtel de Mlle Mars dans « Les vieux hôtels de Paris » de Paul Jarry © Ville de Paris/Bibliothèque historique, Architecture/Hôtels particuliers 27- (18)
À l’arrière, une façade tripartite aux baies cintrées donne à l’hôtel des airs de villa italienne. Elle domine à l’époque un vaste jardin qui s'étend jusqu’à la rue Saint-Lazare, parsemé de bosquets, de statues et de jets d'eau, et organisé autour d’une jatte en marbre blanc.
La maison de Mlle Mars, côté du jardin (vers 1830) © Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Deux cambriolages (1827 et 1834) poussent Mlle Mars à vendre la demeure et à déménager en 1838. Elle meurt 9 ans plus tard et est inhumée au cimetière du Père-Lachaise.
L’enveloppe du bâtiment a été conservée, mais la distribution des pièces a été modifiée et les mobiliers d’origine vendus aux enchères. Les façades sur rue et jardin, les toitures et le vestibule de l’hôtel sont protégés au titre des Monuments historiques depuis 1977. L’immeuble abrite aujourd’hui (2026) une auberge de jeunesse.
L'ancien hôtel particulier de Mademoiselle Duchesnois
Avancez jusqu'au n°3, devant l’ancien hôtel de Mlle Duchesnois. Également sociétaire de la Comédie française, la tragédienne acquiert cette demeure en 1822.
Portrait de Mlle Duchesnois (1777-1835), sociétaire de la Comédie-Française, dans le rôle de Didon © Paris Musées/Musée Carnavalet – Histoire de Paris
L’hôtel d’inspiration néoclassique se distingue par sa façade concave et sa cour en hémicycle. Son portail à pilastres d’inspiration gréco-romaine, le parement de refend (mur aux joints volontairement creusés et marqués) et sa parfaite symétrie lui confèrent un caractère monumental. À l’origine trône une fontaine centrale à la place du portail et l’accès se fait latéralement par les pavillons. Cette fontaine n’est plus visible aujourd’hui.
Façade actuelle sur rue de l’hôtel de Mlle Duchesnois © Collection personnelle du Conseil de quartier Blanche-Trinité
L'intérieur est conçu dans un style néoclassique. Les salons de réception du rez-de-chaussée, s'ouvrant sur le jardin, accueillent les grands écrivains de l'époque, comme Victor Hugo ou Alexandre Dumas. Ces pièces étaient ornées de fresques, de lustres et de frises en croix grecques. L'intégralité de ces décors d'origine a malheureusement disparu.
Maison n°3. Rue de la Tour des Dames par Auguste Thiollet © Paris Musées/Musée Carnavalet – Histoire de Paris
Accessible depuis un escalier tournant, le premier étage abrite le boudoir polychrome de Mlle Duchesnois. Bien que transformé en chambre aujourd’hui, l’ensemble des décors (peintures et moulures) est conservé et protégé au titre des Monuments historiques. Seul le mobilier d’origine a été remplacé.
3, rue de la Tour des Dames, intérieur, par Charles Lansiaux, 1919. Boudoir du premier étage transformé en chambre à coucher © Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
Côté jardin, la façade est quant à elle ornée de colonnes, de frontons et de baies cintrées. Selon les clauses de vente, les hauteurs des hôtels des n°1 et 3 doivent s'harmoniser pour préserver l’intimité des jardins. Cela n'empêche pas les rivalités entre Mesdemoiselles Duchesnois et Mars : l’une fait élever au n°1 un kiosque le long du mur mitoyen, l’autre fait surélever sa terrasse au n°3.
Façade sur jardin par Charles Lansiaux en 1919 © Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
Dans les années 1830, ruinée et malade, Mlle Duchesnois quitte l’hôtel pour s’installer non loin, au n°19 rue de La Rochefoucauld. Elle y meurt en 1834, ses funérailles ont lieu à l’église Notre-Dame de Lorette.
Les propriétaires se succédant, l’hôtel est surélevé en 1896, arborant l'allure qu’on lui connaît aujourd’hui. Si la protection au titre des Monuments historiques est acquise en 1927 pour les façades sur rue et jardin, l'hôtel n’est protégé dans son intégralité que depuis 2005. Il demeure aujourd’hui une propriété privée.
Ancien hôtel particulier de Talma
Façade actuelle sur rue de l’hôtel de Talma © Collection personnelle du Conseil de quartier Blanche-Trinité
Avancez jusqu'au n°9. Comédien favori de Napoléon Bonaparte, François-Joseph Talma, dit Talma, est un tragédien majeur sous l’Empire (1804-1815). Très populaire, il renouvelle les codes de la scène en réformant la déclamation théâtrale et introduisant l’utilisation de costumes d’époque.
Portrait de Talma, célèbre acteur tragique, 1823, Aimée Perlet © Sotheby's
Il commande l’hôtel particulier à l’architecte Charles Lelong en 1822, après sa séparation avec la danseuse Julie Carreau. La façade sur rue, sobre, dissimule un pavillon central qui se compose d’un corps de logis et s’élève sur deux niveaux. Eugène Delacroix avait représenté les quatre saisons sur les trumeaux de la salle à manger ; ceux-ci ont été démontés et ne sont plus visibles aujourd’hui.
Plan de l'hôtel de Talma dans « Les vieux hôtels de Paris » de Paul Jarry © Ville de Paris/Bibliothèque historique, Architecture/Hôtels particuliers 27- (18)
La façade néoclassique sur jardin, sans ornementation particulière, est rythmée par des baies cintrées au rez-de-chaussée et des refends horizontaux aux étages. Si le langage architectural est sobre, l'échelle de la demeure traduit à elle seule le rang élevé du propriétaire.
Façade sur jardin par Charles Lansiaux © Paris Musées/Musée Carnavalet – Histoire de Paris
Au premier étage, un balcon signale le cabinet de travail que Talma avait fait tapisser de miroirs pour perfectionner son jeu. Les glaces étaient décorées d’effigies de poètes et d’artistes, la pièce parée de nombreuses peintures. La pièce adjacente, seule pièce intacte, est dédiée au rangement de costumes qui ont révolutionné l'histoire du théâtre
Cabinet de travail du tragédien © Paris Musées/Musée Carnavalet – Histoire de Paris
Très proche de Napoléon 1ᵉʳ, Talma conserve toute sa vie une carrière brillante malgré les instabilités politiques. À sa mort en octobre 1826, une foule accompagne son cercueil de son hôtel particulier jusqu’au cimetière du Père-Lachaise.
L’édifice est finalement vendu et divisé en plusieurs appartements.
⭐ Point d’intérêt annexe
En vous rendant vers la prochaine étape, ne ratez pas l'église de la Sainte-Trinité. Sur la carte, repérez l’étoile le long de votre trajet, et touchez-la pour obtenir les informations sur ce point.
La rue de la Tour des Dames - trois hôtels particuliers de comédiens remarquables
Son nom évoque la présence d'un ancien moulin du XIVᵉ siècle, propriété des abbesses de Montmartre, qui prit la forme d'une tourelle en perdant ses ailes. C’est dans cette rue que s’installent les premiers résidents du quartier de « La Nouvelle Athènes ».
Du quartier des Porcherons à La Nouvelle-Athènes
Sous la Restauration (1814-1830) et face à la densification de Paris, le quartier des Porcherons, au nord de l'actuelle rue Saint-Lazare, attire la spéculation immobilière. En 1820, le richissime promoteur Augustin Lapeyrière (receveur général des finances) et l'architecte Auguste Constantin créent un lotissement privé entre les rues Blanche, Saint-Lazare, de la Rochefoucauld et de la Tour des Dames. Ce micro-quartier, baptisé la « Nouvelle Athènes », est construit dans un style néoclassique inspiré de l'antique et caractérisé par la symétrie et l'harmonie des proportions.
Micro-quartier historique de La Nouvelle-Athènes par François Thiollet dans « Les vieux hôtels de Paris » de Paul Jarry © Ville de Paris/Bibliothèque historique, Architecture/Hôtels particuliers 27- (18)
Le nom de « La Nouvelle Athènes », né en 1823 sous la plume du journaliste Adolphe Dureau de la Malle dans un contexte de grécomanie ambiante, évoque l’architecture néoclassique du quartier ainsi que la sympathie des artistes parisiens pour le peuple grec et sa lutte d’alors pour se libérer des Ottomans. L’appellation sera ensuite étendue à un territoire plus vaste, englobant les alentours de la place Saint-Georges.
Plan de Paris en 1860 divisé en 20 arrondissements, gravé par J.-N. Henriot © Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, GE C-7124 - Légende par le CAUE de Paris
Centre névralgique du quartier, la rue de la Tour des Dames attire des peintres et les acteurs de la Comédie-Française tels que Mlle Mars, Mlle Duchesnois et Talma. Nous vous invitons à découvrir leurs hôtels particuliers.
L'ancien hôtel particulier de Mademoiselle Mars
Le n°1 de la rue, à l’origine occupé par l’explorateur Bougainville puis par le maréchal Gouvion de Saint-Cyr (au service de Napoléon 1ᵉʳ), est acquis en 1824 par Mlle Mars. D’abord spécialisée dans les rôles d’ingénue, celle-ci fait évoluer son registre avec l’avènement du romantisme. Elle est à l’apogée de sa carrière lorsqu’elle emménage rue de la Tour des Dames.
Portrait de Mlle Mars, en 1830, actrice à la Comédie française © Paris Musées/Musée Carnavalet - Histoire de Paris
L’hôtel, à l’image de sa propriétaire surnommée « Le Diamant » en référence à ses incroyables parures de bijoux, devient célèbre pour son faste. La façade côté rue de la Tour des Dames se compose de cinq travées, dont deux ailes en trompe-l'œil et d’un porche aux colonnes d'inspiration antique.
Façade sur rue de l’hôtel de Mlle Mars © Collection personnelle du Conseil de quartier Blanche-Trinité
Mlle Mars fait réaménager l’intérieur par Louis Visconti, futur architecte du Palais du Louvre et des Tuileries. Celui-ci adopte un somptueux décor de style Renaissance italienne, où symétrie, références à l’antique et matériaux nobles s’imposent. Au rez-de-chaussée se déploient alors un vestibule pavé de marbre polychrome, des colonnes en stuc, un escalier en marbre blanc décoré de bronze doré et des statues.
Hall d’entrée avec ses pilastres et ses bas-reliefs © Collection personnelle du Conseil de quartier Blanche-Trinité
À l’étage s’élèvaient des pilastres en marbre, d’immenses glaces, une verrière décorée de frises doriques.
Coupe longitudinale de l'hôtel de Mlle Mars dans « Les vieux hôtels de Paris » de Paul Jarry © Ville de Paris/Bibliothèque historique, Architecture/Hôtels particuliers 27- (18)
À l’arrière, une façade tripartite aux baies cintrées donne à l’hôtel des airs de villa italienne. Elle domine à l’époque un vaste jardin qui s'étend jusqu’à la rue Saint-Lazare, parsemé de bosquets, de statues et de jets d'eau, et organisé autour d’une jatte en marbre blanc.
La maison de Mlle Mars, côté du jardin (vers 1830) © Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Deux cambriolages (1827 et 1834) poussent Mlle Mars à vendre la demeure et à déménager en 1838. Elle meurt 9 ans plus tard et est inhumée au cimetière du Père-Lachaise.
L’enveloppe du bâtiment a été conservée, mais la distribution des pièces a été modifiée et les mobiliers d’origine vendus aux enchères. Les façades sur rue et jardin, les toitures et le vestibule de l’hôtel sont protégés au titre des Monuments historiques depuis 1977. L’immeuble abrite aujourd’hui (2026) une auberge de jeunesse.
L'ancien hôtel particulier de Mademoiselle Duchesnois
Avancez jusqu'au n°3, devant l’ancien hôtel de Mlle Duchesnois. Également sociétaire de la Comédie française, la tragédienne acquiert cette demeure en 1822.
Portrait de Mlle Duchesnois (1777-1835), sociétaire de la Comédie-Française, dans le rôle de Didon © Paris Musées/Musée Carnavalet – Histoire de Paris
L’hôtel d’inspiration néoclassique se distingue par sa façade concave et sa cour en hémicycle. Son portail à pilastres d’inspiration gréco-romaine, le parement de refend (mur aux joints volontairement creusés et marqués) et sa parfaite symétrie lui confèrent un caractère monumental. À l’origine trône une fontaine centrale à la place du portail et l’accès se fait latéralement par les pavillons. Cette fontaine n’est plus visible aujourd’hui.
Façade actuelle sur rue de l’hôtel de Mlle Duchesnois © Collection personnelle du Conseil de quartier Blanche-Trinité
L'intérieur est conçu dans un style néoclassique. Les salons de réception du rez-de-chaussée, s'ouvrant sur le jardin, accueillent les grands écrivains de l'époque, comme Victor Hugo ou Alexandre Dumas. Ces pièces étaient ornées de fresques, de lustres et de frises en croix grecques. L'intégralité de ces décors d'origine a malheureusement disparu.
Maison n°3. Rue de la Tour des Dames par Auguste Thiollet © Paris Musées/Musée Carnavalet – Histoire de Paris
Accessible depuis un escalier tournant, le premier étage abrite le boudoir polychrome de Mlle Duchesnois. Bien que transformé en chambre aujourd’hui, l’ensemble des décors (peintures et moulures) est conservé et protégé au titre des Monuments historiques. Seul le mobilier d’origine a été remplacé.
3, rue de la Tour des Dames, intérieur, par Charles Lansiaux, 1919. Boudoir du premier étage transformé en chambre à coucher © Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
Côté jardin, la façade est quant à elle ornée de colonnes, de frontons et de baies cintrées. Selon les clauses de vente, les hauteurs des hôtels des n°1 et 3 doivent s'harmoniser pour préserver l’intimité des jardins. Cela n'empêche pas les rivalités entre Mesdemoiselles Duchesnois et Mars : l’une fait élever au n°1 un kiosque le long du mur mitoyen, l’autre fait surélever sa terrasse au n°3.
Façade sur jardin par Charles Lansiaux en 1919 © Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
Dans les années 1830, ruinée et malade, Mlle Duchesnois quitte l’hôtel pour s’installer non loin, au n°19 rue de La Rochefoucauld. Elle y meurt en 1834, ses funérailles ont lieu à l’église Notre-Dame de Lorette.
Les propriétaires se succédant, l’hôtel est surélevé en 1896, arborant l'allure qu’on lui connaît aujourd’hui. Si la protection au titre des Monuments historiques est acquise en 1927 pour les façades sur rue et jardin, l'hôtel n’est protégé dans son intégralité que depuis 2005. Il demeure aujourd’hui une propriété privée.
Ancien hôtel particulier de Talma
Façade actuelle sur rue de l’hôtel de Talma © Collection personnelle du Conseil de quartier Blanche-Trinité
Avancez jusqu'au n°9. Comédien favori de Napoléon Bonaparte, François-Joseph Talma, dit Talma, est un tragédien majeur sous l’Empire (1804-1815). Très populaire, il renouvelle les codes de la scène en réformant la déclamation théâtrale et introduisant l’utilisation de costumes d’époque.
Portrait de Talma, célèbre acteur tragique, 1823, Aimée Perlet © Sotheby's
Il commande l’hôtel particulier à l’architecte Charles Lelong en 1822, après sa séparation avec la danseuse Julie Carreau. La façade sur rue, sobre, dissimule un pavillon central qui se compose d’un corps de logis et s’élève sur deux niveaux. Eugène Delacroix avait représenté les quatre saisons sur les trumeaux de la salle à manger ; ceux-ci ont été démontés et ne sont plus visibles aujourd’hui.
Plan de l'hôtel de Talma dans « Les vieux hôtels de Paris » de Paul Jarry © Ville de Paris/Bibliothèque historique, Architecture/Hôtels particuliers 27- (18)
La façade néoclassique sur jardin, sans ornementation particulière, est rythmée par des baies cintrées au rez-de-chaussée et des refends horizontaux aux étages. Si le langage architectural est sobre, l'échelle de la demeure traduit à elle seule le rang élevé du propriétaire.
Façade sur jardin par Charles Lansiaux © Paris Musées/Musée Carnavalet – Histoire de Paris
Au premier étage, un balcon signale le cabinet de travail que Talma avait fait tapisser de miroirs pour perfectionner son jeu. Les glaces étaient décorées d’effigies de poètes et d’artistes, la pièce parée de nombreuses peintures. La pièce adjacente, seule pièce intacte, est dédiée au rangement de costumes qui ont révolutionné l'histoire du théâtre
Cabinet de travail du tragédien © Paris Musées/Musée Carnavalet – Histoire de Paris
Très proche de Napoléon 1ᵉʳ, Talma conserve toute sa vie une carrière brillante malgré les instabilités politiques. À sa mort en octobre 1826, une foule accompagne son cercueil de son hôtel particulier jusqu’au cimetière du Père-Lachaise.
L’édifice est finalement vendu et divisé en plusieurs appartements.
⭐ Point d’intérêt annexe
En vous rendant vers la prochaine étape, ne ratez pas l'église de la Sainte-Trinité. Sur la carte, repérez l’étoile le long de votre trajet, et touchez-la pour obtenir les informations sur ce point.
Le Casino de Paris
De la Folie Richelieu au Casino de Paris
Construite en 1730 pour le duc de Richelieu, la Folie Richelieu s’étend de la rue de Clichy à la rue Blanche. Au cœur d’un vaste jardin, elle accueille dîners, bals costumés et rencontres libertines qui font la réputation du duc.
Les folies en 1790 par Michel Huard © Atlas historique de Paris https://paris-atlas-historique.fr/index.html
Les bâtiments d’origine sont rasés en 1810, laissant place successivement à un Tivoli (parc d’attraction proposant feux d’artifices, montagnes russes, cafés, etc.), à la première église en bois de la Sainte-Trinité, au Skating Rink dédié au patinage à roulettes, au Pôle Nord (première patinoire artificielle française) et en 1880 à la salle de spectacle Palace-Théâtre.
1. Le Pôle Nord, 18, rue de Clichy, illustration par Paul Balluriau © gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France / 2. Palace-Théâtre, ancien skating, 15, rue Blanche © gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France
Édouard Niermans, architecte connu pour ses salles de spectacle (Théâtre de l’Elysées-Montmartre, Marigny, Folies Bergère, Olympia), restructure l’espace en 1890. Il le divise en deux salles distinctes : le Casino de Paris rue de Clichy et le Nouveau-Théâtre rue Blanche.
Plan du rez-de-chaussée du Casino de Paris d'Edouard Niermans © Fonds Edouard-Jean Niermans. Famille Niermans/Cité de l'architecture et du patrimoine/Archives d'architecture contemporaine
Pour le Casino de Paris, il adopte le style naissant Belle Époque, qui multiplie lignes courbes, arabesques, volutes et motifs végétaux. Des sculptures féminines nues et ailées servent de support aux lustres. Un promenoir surélevé soutenu par des colonnes et une scène centrale frontale rappellent l’architecture structurée des théâtres.
Grand hall du Casino de Paris © Ville de Paris/Bibliothèque historique,1-EST-02043
Edouard Niermans soigne aussi la mise en lumière du lieu, en pleine période d'essor de l’électricité.
Le Casino de Paris est inauguré le 11 octobre 1891. Sa programmation est variée et évolutive : musique, théâtre, danse, cirque, luttes, boxe et projections cinématographiques.
Du temple des grandes revues parisiennes à une réinvention de la salle
L’homme de spectacles Léon Volterra transforme en 1917 la salle en music-hall de premier ordre. Le Casino de Paris devient une institution avec les spectacles de la célèbre Mistinguett et de Maurice Chevalier.
Affiche de Mistinguett au Casino de Paris en 1920 © Licence Creative Commons
Un incendie ravage la salle en 1922.
Volterra confie le chantier de reconstruction aux architectes Marcel Oudin et Alvaro De Grimaldi. La façade est entièrement reconstruite en béton armé, matériau garantissant une rapidité d’exécution et une bonne sécurité contre le feu, tout en offrant une liberté de formes dans la conception.
Ancienne façade du Casino de Paris vers 1900 © Paris Musées/Musée Carnavalet – Histoire de Paris
Un parement de mosaïques et de vitraux Art déco aux formes curvilignes permettent de masquer cette ossature moderne.
Façade Art déco actuelle du Casino de Paris © Collection personnelle du Conseil de quartier Blanche-Trinité
À l’intérieur sont réalisées des transformations radicales aux coûts astronomiques. Un balcon haut en béton armé (l’un des premiers en France) offre 1 550 places. Les ornements Art déco se multiplient, ainsi que les installations techniques, parmi lesquelles une piscine escamotable de 40 m³ sous la scène où plonge Mistinguett pendant ses revues.
L’entrepreneur de spectacle Henri Verna reprend la salle en 1929. Il accueille notamment Joséphine Baker, à laquelle il achète le léopard Chiquita, pour accentuer son image d’exotisme.
Bien qu'impacté pendant la Seconde Guerre mondiale, la salle reprend les Grandes revues après la fin du conflit. L’espace scénographique se modifie : plus grande profondeur du plateau, profusion de décors et nouveau déploiement de capacités techniques.
Affiche de Louis Gaudin, dit Zig : Casino de Paris - Joséphine Baker - La Grande revue - Paris qui remue (1930) © Licence Créative Commons
Dans les années 1970, le genre du music-hall décline et la salle échappe de peu à la démolition. La décennie suivante, après les adieux sur scène de Tino Rossi, elle se réinvente par son architecture. Son espace modulable, grâce à un système de sièges escamotables, permet de proposer différents dispositifs scéniques (configuration assise ou debout adaptée aux spectacles d’humour, aux comédies musicales, aux dîners-cabaret, etc.).
Salle du Casino de Paris en configuration assise © Stéphane Asseline, Région Île-de-France
À l’extérieur, les vitraux originaux des verriers Andrieux sont remplacés par une réplique de la Maison du Vitrail Parisien. Ils peuvent être admirés de près depuis le restaurant Mistinguett, installé au-dessus du hall du Casino.
Les vitraux répliqués © Stéphane Asseline, Région Île-de-France
Le lieu est désormais une salle à la programmation éclectique, dotée d’environ 1 500 places, réparties entre l’orchestre et le balcon.
Riche de son héritage architectural, la façade sur rue est protégée aux titres des Monuments historiques depuis 1990.
⭐ Point d’intérêt annexe
En vous rendant vers la prochaine étape, vous passez à proximité de l'ancien Théâtre Pigalle. S'il n'est plus visible aujourd'hui, son histoire vaut le détour ! Sur la carte, repérez l’étoile le long de votre trajet, et touchez-la pour obtenir les informations sur ce point.
Le Théâtre de Paris
Vous voici devant le Théâtre de Paris. On y admire une façade de style néoclassique, construite en 1890, suite à la division du Palace-Théâtre en deux salles distinctes. Celle-ci est parée d’un fronton, décorée de motifs végétaux et agencée dans une symétrie d’ensemble, faisant écho aux motifs antiques.
Façade actuelle du Théâtre de Paris © Collection personnelle du Conseil de quartier Blanche-Trinité
La création du Nouveau Théâtre
Comme le Casino de Paris, le Nouveau-Théâtre est érigé sur l’ancienne folie Richelieu et aménagé en 1890 par Edouard Niermans.
Son premier directeur, l’acteur et metteur en scène d’avant-garde Lugné-Poe, défend un répertoire symboliste. Il recherche davantage la poésie et l'expérimentation que la représentation de la réalité (à l’opposé du théâtre naturaliste) et prône l’unité des arts. Il sollicite les artistes Nabis pour créer les décors et costumes et révèle au public de jeunes auteurs français, ainsi que des nordiques méconnus (le Norvégien Ibsen, le Suédois Strindberg, etc.).
Le controversé Ubu Roi, d'Alfred Jarry, est ainsi créé au Nouveau-Théâtre en 1896.
Programme pour la première d'Ubu Roi d'Alfred Jarry en 1896 © Minneapolis Institute of Art
La salle connaît des débuts difficiles. Pour relancer sa fréquentation, le théâtre s’engage dans la voie de la transformation en 1905 : il s’agrandit grâce à la cession d’un quart de la salle du Casino de Paris (2 500 places) et de son promenoir.
Le Théâtre Réjane : une prouesse technique et un objet d'exemplarité
La comédienne Réjane prend la direction du Théâtre en 1906, elle est très confiante quant au succès du lieu : elle signe un bail de 36 ans pour faire de son théâtre un véritable laboratoire artistique.
Portrait de Réjane, (actrice) par Downey, W. & D., seconde moitié du XIXᵉ siècle © Paris Musées/Musée Carnavalet - Histoire de Paris
Elle y donne des pièces qui se veulent pimpantes, comiques et vives dans un cadre doté de tout le confort moderne. Le Théâtre est rebaptisé « Théâtre Réjane » et devient l’écrin de grands succès parisiens.
En 1907, un concours d’architecture est lancé pour reconstruire le Théâtre. Paul Bessine, qui le remporte, engage des modifications spectaculaires (structure, organisation spatiale, décors).
- La hauteur de la salle, qui offre 1 000 places sur trois niveaux, impressionne ; seule la salle du Palais Garnier excède cette hauteur à l'époque.
- Ses volumes sont épurés : l’ossature en fer et la structure métallique permettent, grâce à l’usage novateur de pans en béton armé, la suppression des colonnes et une visibilité parfaite depuis chaque siège.
Illustration de la salle du Théâtre Réjane dans la presse © Ville de Paris/Bibliothèque historique, 1-EST-02116
- Son esthétique est néoclassique : décors stuqués, mosaïques, vitraux et tonalité claire lui confèrent une élégance raffinée, souvent décrite comme féminine et à l’image de la comédienne.
Salle comble lors de la revue « Sans gêne » en 1912 © Ville de Paris/Bibliothèque historique, 1-EST-02116
- Par ailleurs, un mur très épais assure l’isolation phonique avec la salle de music-hall du Casino de Paris et l’usage largement développé de l’électricité autorise des scénographies ambitieuses, conformes au souhait de Réjane.
- L’architecture devient un instrument de sociabilité : un vaste hall, un immense vestibule d’entrée, un large bar et un grand foyer composent l’ensemble. Les spectateurs s'y rencontrent durant les entractes.
Photographie du vestibule d'entrée du Théâtre Réjane dans « Construction moderne » © Ville de Paris/Bibliothèque historique, 12261
- Côté coulisses, des salons sont créés pour chaque loge, et un long couloir dédié aux artistes leur évite de croiser la foule.
Réjane reste à la tête du théâtre jusqu'en 1918. La pièce Madame Sans-Gêne de Victorien Sardou lui vaut un triomphe.
Madame Sans-Gêne, comédie de Victorien Sardou et Emile Moreau, Théâtre Réjane © gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France, département Arts du spectacle, 4-ICO THE-3621
Du Théâtre Réjane au Théâtre de Paris
Léon Volterra, qui vient de quitter le Casino de Paris voisin, rachète l’établissement en 1918 et lui donne le nom définitif de Théâtre de Paris.
La pièce Marius de Marcel Pagnol, qui y est créée en 1929, fait sa renommée.
Détails du fronton du Théâtre de Paris © CAUE de Paris
En 1955, Elvire Popesco, reine du Théâtre de boulevard, prend la direction du lieu et transforme les anciens ateliers de costumes sous les toits en seconde salle de 300 places, qu’elle nomme Théâtre Moderne (devenu Petit Théâtre de Paris, aujourd’hui Salle Réjane).
Sous la direction du réalisateur Robert Hossein, de grandes figures telles qu’Alain Delon, Romy Schneider ou encore Jean-Paul Belmondo se produisent sur scène.
Intérieur actuel de la salle du Théâtre © Collection personnelle du Conseil de quartier
Protégé au titre des Monuments historiques en 1977 pour son exemplarité en termes d’architecture et d’innovations techniques, le Théâtre est aujourd’hui dirigé par Richard Caillat, producteur de spectacles également à la tête du Théâtre de la Michodière.
L'ancienne École de la rue Blanche
Si le lieu est aujourd’hui une salle de sport accompagnée d’espaces et services haut de gamme, il a longtemps marqué l’histoire du spectacle.
Façade actuelle © Collection personnelle du Conseil de quartier Blanche-Trinité
Aux origines de l'hôtel de Choudens
Lorsqu’il acquiert en 1901 le n°21 rue Blanche, Paul de Choudens est un éditeur de musique et librettiste reconnu : il dirige la maison d’édition fondée par son père, ayant fait fortune en publiant de célèbres partitions (celles des compositeurs Berlioz et Bizet notamment). Il confie la réalisation de son hôtel particulier, en remplacement de la demeure existante, à Charles Girault. Cet architecte au sommet de sa gloire est connu pour la construction du Petit Palais pendant l'Exposition universelle de 1900.
Avenue Winston Churchill. Petit Palais. Extérieur. Façade © Ville de Paris/Bibliothèque historique, CPA-4056
Dans le prolongement de nouveaux décrets d’urbanisme, qui abandonnent la rigueur haussmannienne, l’architecte réalise un immeuble dans le style Beaux-Arts conjuguant :
- symétrie monumentale,
- inspirations éclectiques,
- profusion de détails,
- alliance de matériaux nobles et modernes.
Observez la singularité de cette façade tripartite et sa grande porte en arc à marquise. Au premier étage, ses baies bombées et son arcade centrale sont ornées de décors antiques. Ancien dessinateur en ferronnerie, Charles Girault imagine pour le balcon des ornements sinueux et fleuris, évoquant l’Art nouveau.
Grande arcade centrale au deuxième niveau © Collection personnelle du Conseil de quartier Blanche-Trinité
À l'arrière, la façade, qui présente un niveau en moins du fait de la pente du terrain, se prolonge par un jardin d’hiver. À l’extérieur, un bassin, orné d’une vasque de marbre et encadré de parterres fleuris, trônait au centre du jardin.
Ancien hôtel de Choudens au n°21, rue Blanche © DRAC Ile-de-France, photo CRMH, Cl. Karavadjan, août 1977
Paul de Choudens commande un hôtel particulier qui doit accueillir sa demeure familiale et sa maison d’édition ; aussi, les musiciens doivent pouvoir venir jouer dans ses salons. L’organisation classique du plan reflète cette double fonction de l’espace d’habitation et de travail.
Plan des niveaux reproduit par Louis-Charles Boileau © Cité de l’architecture et du patrimoine, L'Architecture no. 1, Paris, 1903
La répartition des espaces se fait comme suit :
- Les archives de la maison d’édition sont au sous-sol et dans la partie aveugle du rez-de-chaussée ;
- Le rez-de-chaussée est dévolu à l’entrée et aux services ;
- Le premier étage accueille, comme il est d’usage, les salles de réception en enfilade et les chambres de maître, parées de cheminées en marbre et décorées de fausses boiseries.
Plafond en boiseries de la salle d’audition © Eric-Marc Perdrizet, architecte d’intérieur
- Le deuxième étage accueille des espaces privés (chambre des enfants et de l’institutrice) et professionnels : une salle d’audition de 7 mètres de hauteur, un petit salon qui sert de scène de théâtre et un fumoir.
L'hôtel est par ailleurs recouvert d'une terrasse, procédé novateur pour l'époque, offrant aux habitants une vue dégagée au-dessus des toits du quartier.
Le siège de l'ENSATT (1944-1977)
En 1944, l’hôtel à l’abandon est loué à un centre de formation aux métiers du spectacle, qui prend plus tard le nom d’École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre (ENSATT), connue sous l’appellation « École de la rue Blanche ». La salle d’audition, le petit salon et le fumoir sont remplacés par une salle de théâtre de 60 places et le sous-sol est dédié aux installations électriques du théâtre.
Photographie du théâtre de l'ancien ENSATT laissé à l'abandon © www.broguiere.com
En 1968, l’immeuble est vendu par les héritiers de Paul Choudens à la Ville de Paris, qui y maintient l’école d’art dramatique. Pendant plus de 50 ans, l’École de la rue Blanche forme les plus grands acteurs et comédiens : Annie Girardot, Juliette Gréco, Jean Poiret, Michel Serrault, Isabelle Huppert, Isabelle Carré, Cécile de France, etc.
Rénovations et transformations contemporaines
Lorsque l’école est transférée dans des locaux plus spacieux à Lyon en 1997, l’hôtel particulier se retrouve sans vocation, pendant plus d’une dizaine d'années.
Cédé par la Ville en 2011 à un prix inférieur à celui du marché en raison de la nécessité de rénovations majeures, c'est l’Atelier d’Architecture Franck Hammoutène qui se charge de la rénovation. Il conserve les éléments classés tel que l’escalier d’apparat monumental.
Escalier d'apparat monumental © Collection personnelle du Conseil de quartier Blanche-Trinité
Il rénove les façades et toitures et réhabilite le jardin d’hiver endommagé.
Photographie de l'ancien jardin d'hiver de l'hôtel de Choudens laissé à l'abandon © www.broguiere.com
En 2017, Arthur Benzaquen (réalisateur, acteur et scénariste) et son frère y ouvrent le club de sport semi-privé « Le Blanche », comprenant de nombreux services haut de gamme (spa, restaurant de chef, salle de cinéma, etc.).
Intérieur du restaurant le BB Blanche © Collection personnelle du Conseil de quartier Blanche-Trinité
Installé sous la verrière Art déco, se trouve également un bar accessible au public.
Bar du restaurant le BB Blanche, dans la verrière Art déco © Collection personnelle du Conseil de quartier Blanche-Trinité
Le Théâtre de l'Œuvre
Façade du théâtre de l'Œuvre depuis la cité Monthiers © CAUE de Paris
La création d’un théâtre d’avant-garde
En 1750, le duc de Gramont loge dans une folie avec Mlle Coupé, sa maîtresse, chanteuse d’opéra, qui lui donne six enfants. Un petit théâtre privé, où sont donnés des spectacles au répertoire léger, y est aménagé.
C’est à cet emplacement qu’est construite en 1892 une salle de concert et de spectacle, dénommée Salle Berlioz. Le bâtiment s’élève sur trois niveaux et possède une façade décorée de bas-reliefs et de médaillons en pierre. La scène, légèrement inclinée vers la salle, est alors dominée par un immense orgue signé Cavaillé-Coll, utilisé lors des concerts.
Vue principale de la Salle Berlioz © Cartorum
Le lieu accueille dès l’année suivante L’Œuvre, compagnie fondée par le jeune acteur et metteur en scène Aurélien Lugné-Poë, le poète Camille Mauclair et le peintre Nabi Édouard Vuillard (la compagnie se produit aussi dans d’autres salles). La mise en scène repose sur l’idée d’une collaboration entre artistes pour les décors, les costumes, les programmes : l'ensemble est mis au service d’une œuvre d’art totale. De nouveaux arts scéniques sont développés (ombres chinoises, marionnettes, etc.), les décors aux ambiances suggestives favorisent la poésie et l’idée symboliste de mondes cachés au-delà de la réalité visible. Les spectacles, réservés à un public d’abonnés, échappent à la censure.
La compagnie joue dans cette salle jusqu’en 1899, année de sa fermeture.
Répétition au conservatoire vers 1890, illustration d'Édouard Vuillard dans Le Théâtre de l'Œuvre. 1893-1900. Naissance du théâtre moderne. Exposition musée d'Orsay, 2005 © Ville de Paris/Bibliothèque historique, 155005
Les transformations du théâtre : une architecture grandiose
En 1905, la salle se transforme pour augmenter sa capacité d’accueil. Le projet est confié au jeune architecte Camille Lefèvre, lauréat du prix de Rome et futur architecte en chef du Palais-Royal et du Palais du Louvre.
Très utilisé dans les représentations théâtrales de l’Œuvre, l’immense orgue Cavaillé-Coll est démonté et transféré en 1909 à l’église Sainte-Geneviève des Grandes-Carrières (18ᵉ arrondissement).
À l’extérieur, la façade néoclassique existante est enrichie de décors Art nouveau. Une porte voûtée en plein cintre, qui contient en sa partie supérieure sculptée le nom de “l’Œuvre”, est encadrée de deux œils-de-bœuf, surmontés de frises à motifs en croix grecque.
Façade du théâtre de l'Œuvre légendée © Collection personnelle du Conseil de quartier Blanche-Trinité, légendée par le CAUE de Paris
Au-dessus de la porte se dressent trois fenêtres rectangulaires dominées par trois grands oculi : la composition tripartite est gage de symétrie. Enfin, une corniche en saillie souligne le dernier étage.
L’intérieur est conçu comme un music-hall, avec un vestibule, un hall d’accueil et des promenoirs permettant la circulation du public.
- La salle rectangulaire rompt avec l’organisation traditionnelle en hémicycle. Agrandie, elle peut accueillir environ 400 spectateurs ; les sièges légèrement surélevés offrent une vue dégagée sur le plateau.
Vue de la scène depuis les balcons © Collection personnelle du Conseil de quartier Blanche-Trinité
- L’architecture intérieure présente un caractère grandiose : le plafond est mouluré, les murs latéraux ornés de staffs décoratifs, le fond de la salle surmonté d’une grande voûte aux motifs fleuris. À l’origine, un lanterneau zénithal éclairait la salle.
Vue de la salle depuis les balcons © Ville de Paris/Bibliothèque historique, NN-003-B-B1-T551
La renommée du théâtre
Le 22 décembre 1912, Lugné-Poe s’installe définitivement dans la Salle Berlioz, qui prend alors le nom de Théâtre de l’Œuvre. Dans les années 1920, le théâtre fait l’objet d’une grande notoriété. Fonctionnant comme un « laboratoire dramatique », il révèle de nombreux comédiens et accueille des artistes étrangers. Les directeurs se succèdent après le départ de Lugné-Poe en 1932.
Queue de spectateurs devant le théâtre de l'Œuvre entre 1900 et 1920 © Ville de Paris/Bibliothèque historique, 4-TEP-007337
Un hommage posthume lui est rendu en 1957 sous la forme d’un bas-relief apposé sur la façade, représentant son profil et réalisé par le sculpteur Paul Belmondo.
Médaillon en bas-relief représentant le profil de Lugné-Poe, sculpté par Paul Belmondo © CAUE de Paris
De 1955 à 2016, des travaux de modernisation de la salle sont ponctuellement effectués. Aujourd'hui, le théâtre programme principalement des pièces contemporaines, mais aussi des spectacles de musique et d’humour.
Salle actuelle du théâtre de l'Œuvre © Théâtre in Paris
L'hôtel Judic
Un hôtel particulier en signe de prospérité
Anna Judic, qui a débuté comme chanteuse au café-concert, connaît la célébrité en tant que comédienne et chanteuse d’opérette dans les années 1870. Grâce à ses cachets exceptionnels, elle acquiert en 1883 un terrain au n°12 rue du Cardinal-Mercier (alors rue Nouvelle), voie ouverte quatre ans plus tôt sur l’ancienne prison pour dettes de Clichy. Elle commande à cet emplacement une demeure à l’architecte Jacques Drevet, qui a réalisé d’autres hôtels dans la rue.
Anna Judic dans la revue Paris-théâtre, cliché Gaston et Mathieu © gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France
Arts et artisanats au service de l'éclectisme
L’architecte orientaliste est connu pour ses propositions audacieuses, voire irréalisables. Il s’inscrit dans cet âge d’or de la fin du 19ᵉ siècle où se multiplient les hôtels particuliers de style éclectique. À la demande d’une riche clientèle et en contrepoint d’une longue période d’austérité haussmannienne, les façades d’apparat fleurissent, agrémentées d’innovations permises par l’apparition de nouveaux matériaux.
Façade actuelle de l'hôtel particulier © Collection personnelle du Conseil de quartier Blanche-Trinité
Pour l’hôtel Judic, Drevet s’entoure d’artisans renommés, dont le réputé sculpteur Georges Trugard qui réalise une audacieuse façade asymétrique :
- À gauche, la porte cochère en chêne sculpté est encadrée par les noms de l’architecte et du sculpteur.
Porte cochère en chêne sculptée surmontée d'un putto © Collection personnelle du Conseil de quartier Blanche-Trinité
- À droite, un vitrail en double hauteur illustrant « La Rencontre d’Antoine et Cléopâtre » est réalisé par Charles Champigneulle, maître verrier réputé pour ses vitraux d’églises. Il est surmonté d’un putto (statue de nourrisson) présentant une lyre, en référence à la carrière lyrique d’Anna Judic.
Tableau « La rencontre d’Antoine et de Cléopâtre » de Giambattista Tiepolo d'après lequel est réalisé le vitrail © Palais Labia, Venise / Utpictura18
Le balcon est décoré de chimères fantastiques et de motifs végétaux d’inspiration Art nouveau.
Ornementations et sculptures autour de la baie vitrée à double hauteur © Collection personnelle du Conseil de quartier Blanche-Trinité
Une mise en scène théâtrale des décors
Anna Judic collabore étroitement avec l’architecte à la conception de son hôtel, auquel elle donne des allures de théâtre. Le visiteur est accueilli dans un hall-cathédrale de près de huit mètres de hauteur, baigné de lumière grâce au vitrail monumental. S'ajoutent à cela une gigantesque cheminée gothique en bois sculpté, un trône surmonté d'un dôme couronné, un plafond peint signé Georges Clairin figurant Anna Judic dans ses principaux rôles.
Vue de l'intérieur du hall cathédrale et du vitrail par Charles Champigneulle © Drouot Propriétés
Un escalier en spirale mène à une loggia, d’où chante la propriétaire lors de ses nombreuses réceptions.
Loggia du hall cathédrale © Drouot Propriétés
Au 2ᵉ étage sont installés les appartements privés de la cantatrice, et au 3ᵉ deux vastes pièces qui servent à entreposer ses costumes et chapeaux.
Tous ces éléments ont été préservés malgré la vente de l'hôtel en 1891, suite à des difficultés financières d’Anna Judic, le découpage de l’hôtel en lots et la succession de différents propriétaires. Parmi ces derniers, Otto Klaus Preis, éminent styliste de chez Nina Ricci, obtient l’inscription du lieu aux Monuments historiques (inscription totale en 1990). L’hôtel est toujours aujourd’hui dans le domaine privé.
La rue Ballu et la SACD
Rue Ballu en 1982 © Ville de Paris / Bibliothèque historique, CPA-4067
Création de la rue Ballu
En 1841, les propriétaires du terrain occupé par le parc d’attractions du Nouveau Tivoli sont autorisés à créer un lotissement.
Panorama n° 12, estampe par Dorgez © Paris Musées/Musée Carnavalet – Histoire de Paris
La rue de Boulogne est percée ; elle prend le nom de rue Ballu en 1886, en référence à Théodore Ballu, architecte, entre autres, de l'église de la Sainte-Trinité, décédé l’année précédente.
Plaque au n°78, rue Blanche où a résidé Théodore Ballu © CAUE de Paris
De multiples hôtels particuliers fleurissent sur le vaste domaine : le quartier séduit les artistes. Alexandre Dumas fils s’installe au n°10, Emile Zola puis Edgar Degas au n°23, plus tard les sœurs musiciennes Nadia et Lili Boulanger au n°36.
La SACD
En 1777, pour obtenir un meilleur respect des droits des auteurs, l’écrivain et dramaturge Beaumarchais pose tout à la fois les fondements de la Propriété littéraire et artistique et ceux de la future Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD). Victime de son succès, celle-ci doit s’agrandir. De 1928 à 1960, elle « colonise » progressivement la rue Ballu : les n° 9-11, 5-7, puis 11 bis ; en 2020 elle acquiert également le n° 17 et 19, où débute notre parcours.
17-19 rue Ballu
Façade sur rue du n°17-19 rue Ballu © CAUE de Paris
Achetée en guise d’extension de la Maison des Auteurs (au n°7), cette maison de ville de la première moitié du XIXᵉ siècle offre 500 m² d’espaces. Le bâtiment dispose de deux salles de répétition modulables, d’un studio d’enregistrement de podcasts, de bureaux et de salles de réunions. À l’arrière, s’étend un jardin à l’anglaise idéal pour travailler en plein air.
Vue depuis le jardin à l'arrière © Crédit SACD
L’hôtel Blémont - 11 bis rue Ballu
Avancez jusqu'au siège historique de la SACD, au n°11. Construit en 1858 pour le financier Bertin, l’hôtel particulier est racheté en 1912 par le poète Émile Blémont, qui y vit jusqu’à sa mort en 1927. La SACD en fait l'acquisition en 1932. L'édifice adopte un plan traditionnel, avec cour à l’avant et jardin à l’arrière. Deux grands portails, qui encadrent une loge de concierge centrale, assoient le prestige de la demeure.
Façade du n°11 bis de la rue Ballu © Collection personnelle du Conseil de quartier Blanche-Trinité
Un mur de la cour pavée rend hommage aux illustres présidents de la SACD (Victor Hugo, Alexandre Dumas fils, Marcel Pagnol, etc.), à travers de nombreuses plaques commémoratives. L'aile droite (anciennes écuries) abrite aujourd'hui des bureaux.
Plaques commémoratives dans la cour pavée © Collection personnelle du Conseil de quartier Blanche-Trinité
La façade principale est ornée d'une remarquable marquise en fer forgé.
Façade principale de l'hôtel Blémont © Collection personnelle du Conseil de quartier Blanche-Trinité
À l'intérieur, la disposition et les décorations ont été préservées au rez-de-chaussée. Aux étages, des salons s’ouvrent sur le jardin où les arbres les plus anciens sont sans doute les derniers vestiges du jardin Tivoli.
Jardin de l'hôtel Blémont et son jardin d'hiver © Crédit SACD
Dans le prolongement des anciennes écuries, un jardin d'hiver vitré, orné d’un bassin alimenté par une cascade de style rocaille, accueille les artistes.
Intérieur du Jardin d'hiver © Crédit SACD
9-11 rue Ballu
Avancez jusqu'au n° 9-11. Acquis par la SACD en 1928, cet immeuble en L a été réaménagé en bureaux par l'architecte Charles Plumet. La partie étroite sur rue abritait la loge du concierge, tandis que le corps principal de facture classique en fond de cour accueille des services administratifs.
Façades immeubles 9 et 11 rue Ballu, Charles Plumet, 1928 © Archives de Paris, VO13 15. Téléchargement du 09/03/2026
Ce bâtiment a abrité la bibliothèque de la SACD jusqu'aux années 1980. Les archives ont ensuite été transférées au n°5 de la rue.
Plan du rez-de-chaussée immeuble 9 et 11 rue Ballu, Charles Plumet, 1928 © Archives de Paris, VO13 15. Téléchargement du 09/03/2026
5-7 rue Ballu
Terminez devant les n° 5-7, inscrits aux Monuments historiques depuis 1977.
Bâtis en symétrie et perpendiculairement à la rue, ces deux hôtels ont été conçus comme une demeure bourgeoise en 1868 par Jacques Drevet. Vendus aux Hospices de Chartres en 1911, c’est finalement par la SACD qu’ils ont été acquis en 1960. Ils sont aujourd’hui dédiés à la création contemporaine.
Vue des deux hôtels particuliers © CAUE de Paris
Le n° 7 accueille la Maison des Auteurs, espace de travail et de création dédié aux auteurs. Cet espace est équipé d'un auditorium de 72 places pouvant servir de salle de projection, de salles de répétition, d'espaces de travail en libre accès.
Le n° 5 abrite quant à lui la bibliothèque de la SACD. Ce centre de documentation unique préserve plus de 200 000 documents du XVIIᵉ siècle à nos jours, se rapportant à toutes les formes d’arts et de spectacles.
Vue de l'intérieur de la bibliothèque au n°5 © Crédit SACD
⭐ Point d’intérêt annexe
En vous rendant vers la prochaine étape, ne ratez pas le Théâtre disparu du n°6 rue Ballu. Sur la carte, repérez l’étoile le long de votre trajet, et touchez-la pour obtenir les informations sur ce point.
L'International Visual Théâtre (l'IVT), ancien théâtre du Grand Guignol
Façade actuelle de l'IVT © CAUE de Paris
L’héritage gothique du théâtre
Au fond de la Cité Chaptal, impasse ouverte en 1825, se dresse un bâtiment à la façade jaune vif. Son apparence contemporaine cache une histoire singulière.
En 1786 se tient à cet emplacement une chapelle tenue par la communauté des sœurs de l’Immaculée Conception. Son style néogothique (inspiré du Moyen-Âge), est encore visible en façade. Sous la Révolution, la chapelle et le couvent sont saccagés. Ayant perdu sa vocation religieuse, le bâtiment est transformé en atelier de peinture, occupé par le peintre orientaliste Georges Rochegrosse.
C’est en mai 1896 que, sous l’impulsion de l’homme de lettres et metteur en scène Maurice Magnier, l’ancienne nef de la chapelle est transformée en salle de théâtre et prend le nom de Théâtre-Salon. Y sont proposés des spectacles de poésie ou de mimes, des saynètes…
Des décors au service du théâtre de l'épouvante
Dès l’année suivante, en avril 1897, Oscar Méténier, auteur dramatique amateur d’épouvante et d’étrange (style né à la fin du XVIIIᵉ siècle), reprend le lieu. Ancien secrétaire de police, il y fonde le Théâtre du Grand Guignol, avec l’intention de montrer sur scène la réalité sordide des bas-fonds parisiens.
Théâtre du Grand Guignol de Paris. L'homme qui a tué la mort, drame en 2 actes de M. René Berton, en 1928 © gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Toutefois, la programmation se tourne rapidement vers des pièces alternant l’horreur pure et la comédie noire.
Théâtre du Grand Guignol de Paris. Maquillage des acteurs, en 1937 © Agence de presse Meurice - gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
L’architecture et les décors se mettent au service du registre de l’épouvante sensationnaliste : tentures sombres, boiseries sévères et atmosphère confinée sont de mise. Comptant seulement 280 places, la salle offre une proximité saisissante entre acteurs et spectateurs. Les loges, telles des confessionnaux aux grilles de fer, rappellent l’origine religieuse du lieu ; leur configuration permet de voir sans être vu, créant un effet troublant pour le spectateur. L’espace scénique est conçu pour les effets dramatiques : des éléments décoratifs sont installés en surplomb des spectateurs, parfois éclaboussés par des éléments de mise en scène ; au-dessus de la scène sont parfois ajoutées des statues inspirant l’effroi.
Paris, salle du théâtre du Grand-Guignol en 1910 © Ville de Paris/Bibliothèque historique, 1-EST-02070
Deux grandes portes closes encadrant la scène composent un espace immersif hors du temps.
Les spectateurs sortent souvent bouleversés après les représentations, un bar installé dans le hall (l’un des premiers construits au sein d’un théâtre) leur permet de se détendre.
Bar du théâtre du Grand Guignol, 7 cité Chaptal © Ville de Paris/Bibliothèque historique, NN-013-01483-F
Malgré une censure précoce (juin 1897) et une critique souvent condescendante, le théâtre, qui joue sur le rire et l’épouvante, connaît un grand succès. Dans les années 1920, il diffuse même à l’international l’esthétique dite « grand-guignolesque ».
Du théâtre du Grand-Guignol à l'International Visual Théâtre
Au XXᵉ siècle, le répertoire de Grand-Guignol perd de sa pertinence face aux horreurs de la Grande Guerre. Il tente de s’adapter, sans succès.
Recueil. Photographies. Théâtre du Grand Guignol en 1955 par George-Henri © gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
En 1962, l'acteur Marcel Lupovici rachète le bâtiment. Il efface son héritage et son esthétique grand-guignolesque, et vend aux enchères les affiches, les costumes et les décors. Le lieu est reconfiguré en un théâtre conventionnel et nommé Théâtre 347, en référence au nombre de places dans la salle.
Façade du théâtre 347 dans les archives de l'IVT © IVT - International Visual Théâtre
En 1982, l’État se porte acquéreur de la salle et l’attribue à l’ENSATT, comme espace de répétitions et de représentations après sa fermeture rue Blanche, et avant son déménagement à Lyon en 1996. Le lieu est ensuite laissé à l'abandon, devenant un squat occupé par des artistes (Collectif347) jusqu’en 2004.
Les transformations contemporaines du théâtre
Après une importante rénovation menée entre 2004 et 2007 par l’agence MAAST architecture, le lieu accueille l'International Visual Théâtre, à la fois salle de spectacle et espace consacré à l’apprentissage de la langue des signes. Il est dirigé par Emmanuelle Laborit, actrice, écrivaine et chansigneuse; et sa programmation aborde des thématiques contemporaines en faveur de l'inclusivité. La salle est repensée et l’ensemble des volumes réorganisés. Côté scène, l'emplacement scénique ne connaît pas de modification. Côté salle, les loges disparaissent, permettant le développement d’un seul et même volume accueillant de larges gradins.
À gauche, façade du théâtre à l'abandon et avant travaux, dans le permis de construire, MAAST architecture, 2004 © Archives de Paris, 4108W 151. À droite, façade actuelle de l'IVT © CAUE de Paris
Quatre tableaux du peintre Alfred Choubrac, anciennement disposés au plafond du Grand-Guignol, ainsi que des moulures en bois ont été retrouvés et restaurés : ils sont une des rares traces subsistant de cette époque. Les peintures sont conservées à Vincennes, dans les bureaux de l'IVT.
Peintures d'Alfred Choubrac après restauration © IVT - International Visual Théâtre
⭐ Point d’intérêt annexe
En vous rendant vers la prochaine étape, ne ratez pas le Musée de la Vie Romantique. Sur la carte, repérez l’étoile le long de votre trajet, et touchez-la pour obtenir les informations sur ce point.
Le Théâtre Fontaine
Façade actuelle du théâtre Fontaine © Collection personnelle du Conseil de quartier Blanche-Trinité
Les usages successifs du lieu
Le site, occupé jusqu’au XIXᵉ siècle à des fins industrielles, accueille une manufacture de plomberie.
Dans les années 1920, le nord des rues Pierre Fontaine et Pigalle constitue l’épicentre des clubs, cabarets, théâtres et bars où l’on peut entendre de la musique de contrées lointaines, en premier lieu du Jazz. C’est dans ce contexte que dans les années 1930, le lieu est transformé en cabaret sous la direction de Léon Volterra, directeur du Théâtre de Paris, et prend le nom de Boîte à Matelots en référence aux bars douteux que fréquentent les marins dans les ports. Il devient célèbre et accueille des artistes comme Django Reinhardt, inventeur du jazz manouche.
Plan du Jazz dans le nord-ouest du 9ᵉ arrondissement © Plan conçu et réalisé par Philippe Baudoin pour la Mairie du 9ᵉ
Rebaptisé Le Chantilly en 1933, il conserve pendant l'Occupation sa fonction de cabaret, y ajoutant celle de temple du marché noir.
Devenu propriété de l’État à la Libération, le lieu est repris par un chapelier qui en fait sa remise.
Du cabaret au théâtre
En 1951, le jeune directeur de radio André Puglia convertit l’ancien cabaret en salle de spectacle d’environ 400 places et lui donne le nom de Théâtre Fontaine. S’y jouent des représentations théâtrales et musicales loufoques. Louis de Funès, Jean Poiret et Michel Serrault y sont accueillis avant leur accession à la célébrité.
Le lieu doit être réaménagé en 1960 pour s’adapter à une forte fréquentation. L’architecte Joseph Marrast, à l'origine de transformations dans le Palais Garnier et du rééquipement de la salle Richelieu de la Comédie-Française, opère une véritable transformation architecturale de l’espace.
Façade du théâtre Fontaine (2026) © CAUE de Paris
- Il modernise et agrandit l’ensemble, créant une salle à l’italienne caractérisée par une morphologie en fer à cheval et des balcons superposés au-dessus du parterre. L’exiguïté de la parcelle favorise cependant toujours une forte proximité entre scène et public.
- Les transformations s’ancrent dans une période d’essor du béton armé, qui rend possible une liberté dans le dessin des formes et des volumes. Marrast réalise ainsi une extension en béton armé du balcon et porte la capacité d’accueil à 630 places.
Plan du rez-de-chaussée par Marrast © Fonds Marrast. SIAF/Cité de l'architecture et du patrimoine/Archives d'architecture contemporaine
Coupe projet de l'agrandissement du balcon © Fonds Marrast. SIAF/Cité de l'architecture et du patrimoine/Archives d'architecture contemporaine
Le théâtre conserve aujourd’hui l’esthétique des années 1950 avec un décor en damier rouge et noir au sol, du velours rouge aux murs et une voûte céleste au plafond de la salle.
Salle du théâtre Fontaine © 2025 - théâtre fontaine
Côté rue, la façade s’inscrit dans une tendance initiée par l’architecte Charles Siclis dès les années 1930 : l’architecture théâtrale lumineuse. Dans la transformation de Marrast en 1960 un mur-affiche lumineux est pensé pour concurrencer les cinémas parisiens.
Élévation de la façade sur rue avec enseigne lumineuse © Fonds Marrast. SIAF/Cité de l'architecture et du patrimoine/Archives d'architecture contemporaine
Repris en 1971 par la chanteuse et actrice Patachou, le lieu conserve sa fonction de théâtre, renouant en parallèle avec l’opéra-bouffe. Les propriétaires se succèdent, et ce sont aujourd’hui des comédies contemporaines qui sont proposées sur scène.
La Nouvelle Ève
Façade de la Nouvelle Ève de nuit © 2025 - La Nouvelle Ève
La Nouvelle Ève : un siècle de métamorphoses
Tour à tour cabaret-théâtre sous le nom de Champ-de-foire en 1897, Fantaisies parisiennes proposant des vaudevilles, Petit-théâtre consacré au théâtre d’art, Théâtre des Fantaisies dédié à l’opérette, Gaîty-Théâtre proposant des revues dénudées dans les années 1920, le lieu connaît une première transformation architecturale en 1930 : la jauge passe de 250 à 350 places. L’extension, qui vise à contrer la concurrence du Moulin Rouge voisin, marque le passage d'un petit théâtre de quartier à une véritable salle de spectacle. L'espace peine pourtant à trouver son public. Après des changements de propriétaire, de programmation, et malgré le succès, sous la forme du Théâtre des Deux-Masques qui programme des pièces à suspense, la salle ferme en 1938. Rouverte brièvement sous le nom de Folies-Montmartre en 1940-1941, elle est utilisée comme cinéma pendant le restant de la guerre.
Façade de la Nouvelle Ève de nuit © 2025 - La Nouvelle Ève
1949 : naissance d'un écrin dans le style Belle Époque
C’est en 1949 que le théâtre connaît sa transformation la plus notoire. René Bardy, producteur et propriétaire du cabaret Ève, place Pigalle, rachète le lieu et le rebaptise La Nouvelle Ève.
Publicité, Cabaret, Spectacle, Paris, 9ᵉ arrondissement, Revue, René Bardy, litographie de Pierre Okley © Paris Musées/Musée Carnavalet
Il sollicite l'architecte Maurice Gridaine, célèbre pour avoir conçu le premier Palais des Festivals à Cannes et des cinémas parisiens, pour transformer la salle dans le style Belle Époque.
Si la façade est discrète dans ses proportions et sa morphologie, son système lumineux, en vogue à l’époque, la rend grandiose. Elle possède plusieurs niveaux de sol et s’organise en “U” autour d’une piste centrale, qui rompt avec le théâtre à l’italienne : la suppression du cadre de scène entraîne une plus grande proximité du public avec la scène. Cette dernière, en plateau surélevé, offre une visibilité parfaite à l’ensemble des spectateurs.
Vue de la salle © 2025 - La Nouvelle Ève
Au-dessus, un plafond en voûte céleste donne l'illusion d'un spectacle en plein air. Ce dernier est directement inspiré des cinémas atmosphériques de l’entre-deux guerres (cf. Le Rex, conçu par l’architecte John Eberson).
Les ornements choisis par le décorateur Rigal sont somptueux : boiseries chantournées recouvertes de tissu azur, loggias aux balcons en fer forgé, piste fluorescente, fronton de scène corinthien. Enfin, une technologie moderne est installée : le show roulant. Importé des États-Unis, ce dispositif transforme la scène en une machine de divertissement capable d'enchaîner les tableaux sans interruption.
Aujourd’hui, les fauteuils ont fait place à des tables permettant d’accueillir 280 convives lors de dîner-spectacles. Pour autant, la Nouvelle Ève reste l’un des rares ouvrages encore intacts de Maurice Gridaine.
Vue de la scène © 2025 - La Nouvelle Ève
Sanctuaire de la revue parisienne traditionnelle, le lieu continue à accueillir les spectacles de French Cancan et de revues en hommage aux figures mythiques des faubourgs. Le lieu de consommation et de spectacle est magnifié par une architecture au service des extravagances.
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La Comédie de Paris
Aux origines : les « Menus Plaisirs », un cabaret sous forme d’escale moderniste
En 1929, le directeur de salle de spectacle Martial Tallien sollicite l’architecte Georges-Henri Pingusson pour concevoir son nouveau cabaret.
Façade de la Comédie de Paris © Licence Créative Commons
Ce dernier prône l’engagement artistique total et le concept de « synthèse des arts » : l’architecte doit tout dessiner et concevoir, de la structure générale aux détails du mobilier, en passant par les affiches et les décors muraux. Dans un contexte de réforme de l’architecture théâtrale, Pingusson abandonne le style Art déco pour adopter une architecture moderne et fonctionnelle, il entre ainsi dans l’avant-garde.
Sur une parcelle exiguë de seulement 11 mètres sur 18, il réussit l'exploit de construire un bâtiment accueillant :
- une salle dotée d'un large balcon, pouvant accueillir jusqu’à 300 spectateurs
- un hall et des escaliers, menant au bar à l’étage et au dancing en sous-sol
- une entrée indépendante de l’entrée d’habitation, et des issues de secours.
C'est le béton armé, matériau phare de l'époque, qui lui permet de sculpter librement les espaces, de les imbriquer et les optimiser.
Plan du rez-de-chaussée © Fonds Pingusson. ENSBA/Cité de l'architecture et du patrimoine/Archives d'architecture contemporaine
Pingusson donne à la façade un style Paquebot caractérisé par les lignes horizontales, les courbes et les ouvertures en hublots. Le volume saillant évoquant la proue d'un navire est percé d'un oculus qui abrite une cabine de projection, servant à l’époque pour alimenter le spectacle vivant du cabaret-théâtre.
Vue de la cabine de projection © Stéphane Asseline, Région Île-de-France
Pour rivaliser avec les cinémas voisins, la façade est ornée d’une enseigne publicitaire à tubes luminescents. Celle-ci représente une guitare dessinée par l'architecte.
Cabaret « Menus plaisirs », Studio Chevojon, 1867-1990 © Archives de Paris, 11Fi 4539
Zoom sur l’enseigne lumineuse de la façade des "Menus plaisirs", Studio Chevojon, 1867-1990 © Archives de Paris, 11Fi 4539
Le voyage se prolonge à l’intérieur du bâtiment. Dans la salle de spectacle, une frise courant le long de la salle représente des musiciens et des danseurs masqués.
Perspective de la salle © Fonds Pingusson. ENSBA/Cité de l'architecture et du patrimoine/Archives d'architecture contemporaine
Derrière le bar à l’étage, Pingusson exécute, sans argent, une fresque monumentale de 4 mètres sur 7 figurant le pont d’un paquebot.
Perspective du bar et photographie de la fresque © Fonds Pingusson. ENSBA/Cité de l'architecture et du patrimoine/Archives d'architecture contemporaine
L'architecte-designer déploie également tout son génie à travers les mobiliers sur mesure : les chaises et tabourets sont faits de tubes d’acier nickelé et les éclairages réalisés en tubes de verre. Il réalise véritablement une œuvre totale.
Planche illustrant les mobiliers du bar © Fonds Pingusson. ENSBA/Cité de l'architecture et du patrimoine/Archives d'architecture contemporaine
Fin 1929 ouvre ainsi le cabaret des « Menus Plaisirs », un nom bien désuet pour un écrin d’avant-garde que Georges-Henri Pingusson souhaitait appeler « Théâtre du millésime des années 1930 en signe de modernité et de confiance pour le futur ». Le spectacle d’ouverture met à l’affiche « Mlle X, danseuse nue ». S’y produiront des vedettes telles que Damia, Jean Sablon, etc.
Les décors de Pingusson ont disparu aujourd'hui.
L’héritage du théâtre
Au fil du temps, le lieu change de noms et de vocations (théâtre de chansonniers, théâtre érotique, club de strip-tease, cinéma gay, etc.). Depuis 1981, il s’agit d’un théâtre principalement dédié à l’humour et à la comédie sous le nom de « Comédie de Paris ». Il devient notamment une scène de la nouvelle génération humoristique avec le café-théâtre du Carré Blanc, où dans les années 1990-2000, le collectif "Nous Ç Nous" (Jean Dujardin, Bruno Salomon, Eric Collado…) présente ses sketchs.
Derrière le théâtre, toujours au n°42 rue Fontaine, André Breton occupe un appartement atelier de 1922 à 1966. Il fait de l’adresse le cœur du mouvement surréaliste – qui bien sûr influença aussi l’histoire du spectacle.
Activités annexes
Accéder au parcours
Métro
Trinité - d'Estienne d'Orves (ligne 12)
Train
Gare Saint-Lazare (lignes J et L)
RER
Gare Haussmann - Saint-Lazare (ligne E)
Bus
Trinité (lignes 21, 26, 43, 68)
Vélib'
Station n°9029 (Saint-Lazare - Place d'Estienne d'Orves)
Station n°9102 (Londres - Place d'Estienne d'Orves)


