Montrouge : Architectures du collectif, 1950-1970
Montrouge


En réponse à la crise du logement qui touche la région parisienne, la ville de Montrouge engage, à partir des années 1950, une profonde mutation urbaine. Offrant une alternative à la rareté et au coût élevé du foncier parisien, la commune voit progressivement petits habitats, activités industrielles, artisanales et agricoles laisser place à des ensembles de logements collectifs. Entre 1946 et 1970, près de 7 300 appartements sont construits contre 74 maisons.
L’itinéraire invite à découvrir les architectures du collectif édifiées durant cette période, des réalisations emblématiques auxquelles ont contribué des architectes de référence, aux opérations plus ordinaires, toutes porteuses des réflexions, savoir-faire et innovations de leur époque.
Crédits
Conception itinéraire : Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement des Hauts-de-Seine (CAUE92) Rédaction : Agathe Chauvel, architecte - CAUE92 Relectures et révisions : Yasmine Tandjaoui et Laure Waast, architectes - CAUE92 Recherches, documentation et iconographie : Agathe Chauvel, architecte - CAUE92 Photographies : Martin Argyroglo Conception sonore : Justin Morin
Parcours réalisé dans le cadre de la collection Archipel Francilien des CAUE d'Île-de-France, avec le soutien de la Direction Régionale des Affaires Culturelles d'Île-de-France.
Ressources
- Joseph Abram, (1985), Une école et son maître : l’itinéraire multiple des disciples d’Auguste Perret, École d’Architecture de Nancy.
- Catherine Blain, (2008), L’Atelier de Montrouge, la modernité à l’œuvre (1958-1981), Actes Sud.
- Philippe Dehan, (1987), Jean Ginsberg, une modernité naturelle, Éditions Connivence.
- Valérie Gaudard, Florence Margo-Schwoebel, Florence Pouvreau, (2010), 1945-1975, Une histoire de l’habitat, 40 ensembles de logements « Patrimoine du XXe siècle », Beaux-Arts éditions.
- Claude Lancrenon, (1978), Étude socio-économique de la ville de Montrouge, changement social lié à la mutation des activités, mémoire - dir. Michel Coquery, Paris 8.
- Jacques Lucan, (2003), Pantin, Montrouge, Boulogne-Billancourt, Meudon-la-Forêt : Fernand Pouillon, architecte, Picard.
- Simon Texier, (2010), Paris 1950, un âge d'or de l'immeuble, Pavillon de l'Arsenal.
Remerciements
Philippe Dehan - architecte-urbaniste, historien de l'architecture et professeur émérite ; Noé Demeuré-Rouzin - doctorant en histoire de l’architecture ; Catherine Blain - architecte, docteure en aménagement et urbanisme, chercheure ; et Eric Monin - professeur en histoire et cultures architecturales, chercheur.
Aperçu du parcours
Résidence de la Cité
Résidence de la Cité, Jean Mathiot. CAUE-IDF, Archipel francilien, 2026 © Martin Argyroglo.
Perpendiculaire au boulevard périphérique et s’étendant sur 90 m de long, la résidence de la Cité, achevée en 1960, marque la transition entre Paris, Montrouge et Gentilly. Conçue par Jean Mathiot, elle se compose de deux barres de 12 et 9 étages, dont le décalage crée une faille éclairant naturellement le noyau de circulation. L’ensemble fait l’objet d’un traitement plastique soigné. Les façades sculptées en épaisseur s’animent parfois d’une alternance de balcons reliés entre eux par des éléments maçonnés. Témoignant de la modernisation de l’habitat, l’intégration d’équipements tels que penderies et vide-ordures compense les surfaces réduites des pièces. L’organisation des 157 logements s’articule autour du séjour tandis que les chambres et la salle de bain occupent les extrémités.
Façade épaisse
« La façade constitue, à mi-chemin du privé et du public, une limite que tout architecte conçoit à la fois comme traduction d’un intérieur et comme figure de l’espace urbain. (...) La façade épaisse doit signifier et être le lieu d’une pratique à la fois : rebords de fenêtres, embrasures, seuils, failles seront les éléments de ce dialogue entre le dehors et le dedans, le public et le privé. On parlera alors d’épaisseur par addition (alcôve, niche, loggia), par empreinte, dissociation d’échelle, variation de profondeur ou délitement. »
Texier, Simon, (2010), Paris 1950, un âge d'or de l'immeuble, Pavillon de l'Arsenal.
Construire en périphérie de Paris
Vue aérienne oblique, au milieu, à droite, la résidence de la Cité. 1961© IGN (France), Photothèque nationale.
Après-guerre, l’explosion démographique en Île-de-France se heurte à une pénurie de logements, aggravée par un parc immobilier vétuste et surpeuplé. La périphérie parisienne offre aux architectes et urbanistes une liberté d’action plus importante qu’à Paris, permettant la réalisation d’opérations de logements inédites, de grande et moyenne envergure et l’expérimentation de nouvelles formes architecturales, compositions, techniques et couleurs. La banlieue apparaît comme une opportunité foncière et financière pour construire la « ville moderne ». Située aux portes de Paris, la résidence de la Cité est livrée en 1960. La même année, le premier tronçon du boulevard périphérique – de porte de Châtillon à porte d’Italie – voit le jour. Cette infrastructure routière guide l’implantation de l’immeuble, dont le pignon aveugle tourné vers celle-ci, forme un écran, réduisant l’exposition des logements aux nuisances.
Le chemin de grue
Extrait d’une vue aérienne oblique, la construction de la résidence de la Cité. 1958 © IGN (France), Photothèque nationale.
Sur cette photographie d’archive de 1958, la résidence de la Cité est cours de réalisation. Un chemin de grue longe l’emprise du futur bâtiment. Ce procédé d’optimisation de la construction, mis au point au début des années 1950, était plébiscité pour la construction de longues barres de logements collectifs. Il faisait appel à une grue se déplaçant sur des rails, pour acheminer et soulever les composants du bâtiment.
Résidence de la Cité
Résidence de la Cité, Jean Mathiot. CAUE-IDF, Archipel francilien, 2026 © Martin Argyroglo.
Perpendiculaire au boulevard périphérique et s’étendant sur 90 m de long, la résidence de la Cité, achevée en 1960, marque la transition entre Paris, Montrouge et Gentilly. Conçue par Jean Mathiot, elle se compose de deux barres de 12 et 9 étages, dont le décalage crée une faille éclairant naturellement le noyau de circulation. L’ensemble fait l’objet d’un traitement plastique soigné. Les façades sculptées en épaisseur s’animent parfois d’une alternance de balcons reliés entre eux par des éléments maçonnés. Témoignant de la modernisation de l’habitat, l’intégration d’équipements tels que penderies et vide-ordures compense les surfaces réduites des pièces. L’organisation des 157 logements s’articule autour du séjour tandis que les chambres et la salle de bain occupent les extrémités.
Façade épaisse
« La façade constitue, à mi-chemin du privé et du public, une limite que tout architecte conçoit à la fois comme traduction d’un intérieur et comme figure de l’espace urbain. (...) La façade épaisse doit signifier et être le lieu d’une pratique à la fois : rebords de fenêtres, embrasures, seuils, failles seront les éléments de ce dialogue entre le dehors et le dedans, le public et le privé. On parlera alors d’épaisseur par addition (alcôve, niche, loggia), par empreinte, dissociation d’échelle, variation de profondeur ou délitement. »
Texier, Simon, (2010), Paris 1950, un âge d'or de l'immeuble, Pavillon de l'Arsenal.
Construire en périphérie de Paris
Vue aérienne oblique, au milieu, à droite, la résidence de la Cité. 1961© IGN (France), Photothèque nationale.
Après-guerre, l’explosion démographique en Île-de-France se heurte à une pénurie de logements, aggravée par un parc immobilier vétuste et surpeuplé. La périphérie parisienne offre aux architectes et urbanistes une liberté d’action plus importante qu’à Paris, permettant la réalisation d’opérations de logements inédites, de grande et moyenne envergure et l’expérimentation de nouvelles formes architecturales, compositions, techniques et couleurs. La banlieue apparaît comme une opportunité foncière et financière pour construire la « ville moderne ». Située aux portes de Paris, la résidence de la Cité est livrée en 1960. La même année, le premier tronçon du boulevard périphérique – de porte de Châtillon à porte d’Italie – voit le jour. Cette infrastructure routière guide l’implantation de l’immeuble, dont le pignon aveugle tourné vers celle-ci, forme un écran, réduisant l’exposition des logements aux nuisances.
Le chemin de grue
Extrait d’une vue aérienne oblique, la construction de la résidence de la Cité. 1958 © IGN (France), Photothèque nationale.
Sur cette photographie d’archive de 1958, la résidence de la Cité est cours de réalisation. Un chemin de grue longe l’emprise du futur bâtiment. Ce procédé d’optimisation de la construction, mis au point au début des années 1950, était plébiscité pour la construction de longues barres de logements collectifs. Il faisait appel à une grue se déplaçant sur des rails, pour acheminer et soulever les composants du bâtiment.
Caserne des sapeurs-pompiers
Caserne des sapeurs-pompiers, Atelier de Montrouge. CAUE-IDF, Archipel francilien, 2026 © Martin Argyroglo.
Entre 1960 et 1969, l’Atelier de Montrouge réalise, à l’initiative de la municipalité, une barre de faible épaisseur sur une parcelle triangulaire résiduelle, en lisière d’Arcueil. Sa tripartition est marquée, de part et d’autre du volume, par l’avancée des deux noyaux de circulation. Les deux premiers niveaux accueillent une caserne, des garages et des commerces, surmontés de 6 niveaux de 50 appartements en duplex (38 logements sociaux et 12 réservés aux pompiers). Les garde-corps, en béton préfabriqué, prolongent la trame intérieure et constituent un motif graphique fort. Les appartements traversants de 3 et 4 pièces sont orientés est-ouest et résonnent avec la cellule-type développée par Le Corbusier pour la Cité Radieuse. Desservis au niveau bas depuis les coursives, ils ouvrent sur une séquence cuisine – séjour – loggia et abritent, au niveau haut, les salles d’eau et les chambres.
Façade caserne des sapeurs-pompiers, 1966-1968. Fonds Atelier de Montrouge - 162 IFA. Cité de l'architecture et du patrimoine/Archives d'architecture contemporaine.
Préfabrication
Les garde-corps en béton de la caserne ont été fabriqués en usine en série, puis assemblés sur place. Cette technique d’industrialisation du bâtiment, appelée préfabrication, consiste à produire hors-site toutes sortes de composants du bâtiment (murs, sols, cadres de fenêtres, balcons, auvents, acrotères, modules…). La préfabrication tire notamment parti des possibilités offertes par le béton armé, matériau dominant l’industrie française après-guerre. Ce procédé réduit coûts et délais d’exécution, tout en renforçant le rôle de l’ingénieur dans la construction. Symbole de progrès technique et de modernité, « l’esthétique préfabrication » est, à cette époque, recherchée et valorisée.
Atelier de Montrouge (1958-1981)
L'Atelier et ses collaborateurs [vers 1968]. Fonds Atelier de Montrouge - 162 IFA. Cité de l'architecture et du patrimoine/Archives d'architecture contemporaine.
L’Atelier de Montrouge est une association d’architecture et d’urbanisme créée en 1958, par Jean Renaudie, Pierre Riboulet, Gérald Thurnauer et Jean-Louis Véret. Installé dans un pavillon en arrière-cour à Montrouge, cet atelier développe une approche collective, novatrice et multiscalaire – paysage, villes nouvelles, équipements urbains, logements – tout en portant un regard critique sur la modernité. Les travaux menés sur le logement collectif s’inscrivent dans les questionnements de l’époque, à travers les notions de flexibilité, évolutivité, industrialisation et la recherche de nouvelles formes urbaines. Parmi les œuvres emblématiques figurent les logements de fonction pour EDF à Ivry-sur-Seine (1969) et le village Le Merlier à Cap Camarat (1965). Deux périodes structurent l’histoire de cet atelier associatif, celle des quatre fondateurs (1958-1968), puis celle suivant le départ de Jean Renaudie (1968-1981). L’importance de leur contribution à l’architecture est reconnue en 1981 par le Grand Prix national de l’architecture.
Atlas du logement collectif dans les Hauts-de-Seine 1945-2000
Plans d'un logement 4 pièces en duplex, niveau bas (gauche), niveau haut (droite). Dessin Nathan Gatignol, Atlas 92 © Caue92.
Vue intérieure d'un logement 4 pièces en duplex. Dessin Nathan Gatignol, Atlas 92 © Caue92.
Retrouvez cette architecture dans l’atlas graphique et numérique crée par le CAUE des Hauts-de-Seine en 2026 et disponible en ligne : https://atlas92.com/
Immeuble place Jules Ferry
Immeuble place Jules Ferry, Jean Ginsberg. CAUE-IDF, Archipel francilien, 2026 © Martin Argyroglo.
Sur la place Jules Ferry, un immeuble se distingue de ses voisins par sa façade polychrome, rythmée par un jeu de balcons et brise-soleil. Construit entre 1951 et 1956 par Jean Ginsberg, cet ensemble, d’architecture moderniste, est implanté selon un plan en H sur une parcelle traversante. Il regroupe 150 appartements de 1 à 4 pièces destinés aux classes moyennes, répartis dans deux bâtiments de 7 étages et un bâtiment de jonction de 5 étages sur pilotis. Guidé par un rationalisme économique, le projet optimise les distributions, réduit les cages d’escalier au strict nécessaire et concentre les pièces d’hygiène au centre du bâtiment. Malgré des logements compacts et mono-orientés, le confort est renforcé par des dressings, séchoirs, vide-ordures et cloisons repliables modulant les espaces. Fidèle à sa démarche, Ginsberg associe des artistes au projet : Gilioli réalise une sculpture traversant la paroi vitrée de l’entrée et Casiel une fresque sur le mur pignon arrière. Cette collaboration témoigne de son engagement au sein du groupe Espace, en faveur de la synthèse des arts.
Plan des cellules-types, extrait de la revue L'architecture d'Aujourd'hui, novembre 1952. © L’Architecture d’Aujourd’hui.
Confort domestique
« Après l’eau, l’air et la lumière, l’idée de confort est matérialisée par les mètres carrés, mais aussi la spatialité et l’intimité. Entre 1945 et 1975, la surface moyenne des logements a varié comme un accordéon, y compris dans le secteur social, pourtant le plus soumis aux normes. Beaucoup de ces logements paraissent grands aujourd’hui parce qu’ils sont composés de 4 ou 5 pièces mais la surface des pièces de référence (cuisine et séjour) s’avère souvent étroites pour les usages actuels. Leur équipement est en revanche plus complet, à un moment où la conception aspire à combler le dénuement des ménages : séchoirs, rangements intégrés ou tablettes devant la fenêtre. »
Valérie Gaudard, Florence Margo-Schwoebel, Florence Pouvreau, (2010), 1945-1975, une histoire de l’habitat, 40 ensembles de logements « Patrimoine du XXe siècle », Beaux-Arts éditions.
Vue de la façade Sud, cliché Etienne-Bertrand Weill. Fonds Jean Ginsberg - 100 IFA. Cité de l'architecture et du patrimoine/Archives d'architecture contemporaine.
Les structures courbées couronnant l’immeuble dissimulaient machineries d’ascenseur et équipements techniques. Disparues aujourd’hui, elles témoignaient du soin que l’agence Jean Ginsberg accordait aux détails et aux éléments du second œuvre.
Vente sur plan
Extrait d’une brochure publicitaire de la société de construction Montrouge-Jules Ferry. Archives Philippe Dehan.
Cette plaquette de vente du groupe d’immeubles place Jules Ferry – représenté en perspective aérienne – illustre le développement des publicités immobilières, en lien avec l’émergence de la figure du promoteur immobilier, à partir des années 195O. Remplaçant peu à peu le constructeur, il inscrit la production du logement dans une logique de rentabilité économique et de commercialisation en amont de la construction.
Jean Ginsberg (1905-1983)
Jean Ginsberg sur l'un de ses chantiers. Années 1950 © archives Philippe Dehan.
Architecte d’origine polonaise, Jean Ginsberg arrive à Paris en 1925 pour suivre des études d’architecture. Il y fonde son agence à 25 ans, après avoir travaillé chez Le Corbusier et André Lurçat. Son activité se concentre d’abord sur la modernisation du logement bourgeois urbain, puis s’étend, après la Seconde Guerre mondiale, à la région parisienne où il réalise résidences et grands ensembles. Il incarne « l’âge d’or de l’immeuble privé » et développe une architecture rationnelle et moderniste, intégrant les arts : fresques, sculptures et compositions plastiques enrichissent espaces communs et extérieurs. Il cherche à maîtriser l’ensemble du processus de production : montage financier, conception, détails techniques, chantier, commercialisation. Selon l’historien Philippe Dehan, cette exigence se traduit par « un savoir-faire exceptionnel en matière de construction, distribution, confort et animation plastique ». Parmi ses réalisations figurent les immeubles parisiens du 25 avenue de Versailles et du 19 rue du Docteur Blanche. L’ensemble de son œuvre est récompensé en 1962 par le Grand Prix de l’Académie d’architecture.
🔊 Capsule sonore
Jean Ginsberg, architecte du logement moderne
Interview de Philippe Dehan, architecte-urbaniste, historien de l'architecture et professeur émérite.
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✪ Autre architecture remarquable
Résidence du Haut-Mesnil
60 avenue de la Marne
Résidence du Haut-Mesnil, Jean Ginsberg. CAUE-IDF, Archipel francilien, 2026 © Martin Argyroglo.
La résidence du Haut-Mesnil occupe l’entièreté d’un îlot anciennement dédié au maraîchage. Livré en 1960 par l’architecte Jean Ginsberg, l’ensemble sur pilotis comporte 184 logements économiques disposés dans deux barres parallèles, de neuf niveaux, prolongées chacune par deux « barrettes » de 3 étages. Au centre, une cour plantée intègre du stationnement. Le projet adopte une rationalité constructive et la façade une esthétique systématique, avec une mise en évidence de la trame de l’ossature. Dans les petites barres, les cages d’escalier, éclairées par des pavés de verre, desservent deux logements. Tous sont complétés par un garde-manger, identifiable extérieurement par sa paroi à claire-voie. Les barres, plus compactes, comprennent des appartements de deux à quatre pièces, desservis par des noyaux de circulation centraux, avec une partition jour-nuit et de grandes penderies.
Perspective aérienne, résidence du Haut-Mesnil, 1955-1960. Fonds Jean Ginsberg - 100 IFA. Cité de l'architecture et du patrimoine/Archives d'architecture contemporaine.
Carte postale colorisée, résidence du Haut-Mesnil, non datée.
Matérialisant les préceptes d’un urbanisme ouvert, le rez-de-chaussée était initialement traversant depuis la rue. La fluidité de circulation a été entravée par la clôture de l’ensemble. Cette fermeture a enclavé en même temps une sculpture d’influence brésilienne, située à l’angle de la parcelle et intégrant un transformateur électrique. A l’origine, les baies pouvaient être entièrement dégagées, grâce à un système d’ouverture en accordéon (visible sur la carte postale ci-dessus).
Colorer les immeubles de logement
« Sujet de débat récurrent dans la ville, où la monochromie semble de rigueur, la couleur prend, pendant les années 1950, une place discrète mais fondée sur des préceptes théoriques plus solides que durant les décennies précédentes. »
Simon Texier, (2010), Paris 1950, un âge d'or de l'immeuble, Pavillon de l'Arsenal.
La colorisation des immeubles de logements – par applique de couleurs ou emploi de matériaux colorés – répond à divers enjeux, qu’ils soient plastiques, esthétiques, informatifs, ou économiques. La polychromie architecturale permet de créer des façades originales, parfois assimilées à des « tableaux en trois dimensions », contribuer à l’identification des logements, contrebalancer des volumes simples, ou encore exprimer la rationalité d’un édifice en soulignant ses composants. Mais la couleur appliquée à l’architecture demeure fragile et réversible. À Montrouge, les couleurs vives, d’inspiration corbuséenne, de l’immeuble place Jules Ferry, ont été restaurées à l’identique en 2015, tandis que les panneaux de remplissage ornés de mosaïques polychromes de la résidence du Haut-Mesnil ont été remplacés par une simple mise en peinture, modifiant l’expression plastique du bâtiment. Les campagnes de ravalement de façade soulèvent la question de la conservation des intentions chromatiques d’origine, que le vieillissement rend souvent difficilement perceptibles.
Résidence Buffalo
Résidence Buffalo, Fernand Pouillon. CAUE-IDF, Archipel francilien, 2026 © Martin Argyroglo.
Labellisée Architecture Contemporaine Remarquable en 2008, la résidence Buffalo, édifiée sur l’ancien stade du même nom, est l’une des premières réalisations de Fernand Pouillon en Île-de-France. À rebours de l’urbanisme de son temps, l’architecte renoue avec l’îlot fermé, aligné sur rue. Construite en 1957-1958 avec le Comptoir National du Logement, qu’il a fondé, l’opération déploie huit barres de 4 à 7 étages en bordure d’une parcelle en L, organisant cinq cours plantées. Au centre, une tour-pivot sur pilotis est complétée de deux barres plus basses. Les façades des barres déclinent une expression classique, propre à l’architecte. La majorité se termine par un couronnement, repérable au rythme soutenu des ouvertures et signalé par un balcon filant pour les barres les plus hautes. Réinterprétant les principes de la barre et de la tour du Mouvement moderne, Pouillon associe le béton armé aux matériaux traditionnels et à des procédés inspirés de la préfabrication notamment pour la pierre prétaillée. L’enceinte de l’ensemble Buffalo est formée par les murs des garages, aux remarquables motifs géométriques en briques coupées remplies de ciment. Les logements, au nombre de 466, reprennent les principes modernes, avec plans rationalisés, circulations réduites, nette séparation des espaces de jour et de nuit et regroupement des espaces techniques.
Vue aérienne oblique, résidence Buffalo. 1965 © IGN (France), Photothèque nationale.
Carte postale, résidence Buffalo, non datée.
Fernand Pouillon (1912-1986)
Fernand Pouillon, 1969 © Ministère de la Culture, Médiathèque du patrimoine et de la photographie, dist. GrandPalaisRmn/Jean Mounicq.
Issu d’une famille d’entrepreneurs du bâtiment et diplômé des Beaux-Arts de Lyon en 1941, Fernand Pouillon commence sa carrière durant la Reconstruction. Il s’attaque rapidement à la question du logement de masse, notamment à Marseille, en Algérie et en région parisienne où il réalise plus de 6 000 logements. Critique du mouvement moderne, du béton brut et de la préfabrication lourde, il privilégie la pierre de taille porteuse et conçoit des ensembles monumentaux fondés sur la composition et l’ordonnancement des façades. Inspiré par Auguste Perret, il souhaite maîtriser l’ensemble du processus de construction afin de bâtir « plus vite et moins cher ». En 1955, il fonde le Comptoir National du Logement (CNL), dont la faillite en 1961, liée à des malversations et à une mauvaise gestion, entraîne sa chute. Endetté, condamné à trois ans de prison et radié de l’Ordre des architectes, il se réfugie en Algérie. Amnistié plus tard par le président Pompidou, il laisse une œuvre majeure, aujourd’hui reconnue pour ses qualités architecturales et constructives.
🔊 Capsule sonore
Fernand Pouillon et la naissance de la promotion immobilière privée
Interview de Noé Demeuré-Rouzin, doctorant en histoire de l’architecture.
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Le vélodrome Buffalo
Vélodrome Buffalo. 1953. Cliché Roger Henrard. Archives départementales des Hauts-de-Seine.
Le célèbre stade Buffalo a accueilli compétitions sportives et évènements politiques, pendant une courte période. Inauguré en 1922, remplaçant le vélodrome de Neuilly, alors fermé pour besoins militaires, il est abandonné en 1939, puis devient un camp d’internement. Après-guerre, ses 38 000 m² suscitent l’intérêt. La ville de Montrouge acquiert le terrain en 1952 et charge Fernand Pouillon d’établir un ensemble de logements sur une partie. Le stade est détruit en 1955 et le chantier de la résidence débute en 1957.
Extrait de vues aériennes. Vélodrome 1956/Résidence Buffalo 1966 © IGN (France), Photothèque nationale.
Le chantier
Immeubles de la résidence Buffalo en construction, 1958 © Henri Salesse/Terra.
La réalisation rapide des 466 logements – en seulement 36 mois – est rendue possible par une rationalisation du chantier. Les blocs de pierre de Provence, composant les murs des barres de logements, sont pré-taillées en atelier. Leur format standardisé permet un assemblage rapide sur le chantier, optimisé par les progrès techniques de l’époque :
« Parallèlement à l’augmentation du nombre de machines de levage sur les chantiers, l’efficacité accrue de ces dernières permet de porter des charges plus importantes et par conséquent d’agrandir le format des pierres. Ces évolutions techniques permettent un gain de productivité sur les chantiers, deux maçons aidés d’une grue n’ayant besoin que d’environ trois minutes pour construire un mètre carré de façade – correspondant à un bloc de pierre de 600 kg. Cette nouvelle méthode de construction permet la livraison de logements en un temps record. »
Dorian Chappell, (2024), La résidence Buffalo, les paysages intérieurs de Fernand Pouillon, mémoire sous la direction de Gauthier Bolle, ENSA Strasbourg.
Immeubles rue Raoul Pugno
Immeubles rue Raoul Pugno, architecte non identifié. CAUE-IDF, Archipel francilien, 2026 © Martin Argyroglo.
Construit en 1961 par un architecte non identifié, cet ensemble de logements situé rues Raoul Pugno, Châteaubriand et Maurice Arnoux, se dévoile, s’efface puis réapparaît au gré des rues empruntées. Deux immeubles similaires forment un U discontinu, enserrant un coeur d’îlot planté sur dalle, sous laquelle se situe un garage éclairé naturellement par des lanterneaux. Des jardins d’agrément mettent les bâtiments à distance de la rue, tout en valorisant la composition des façades. Celles-ci reposent sur un socle en pierre grise, rythmé par des porches sculpturaux en béton moulé marquant les entrées. À l’angle, des balcons maçonnés, disposés un niveau sur deux, animent la façade et prolongent chambres et séjour. Les logements, au nombre de 134, s’organisent autour d’un large hall distribuant les pièces selon une distinction claire entre espaces de jour et de nuit.
✪ Autre architecture remarquable
Résidence Corneille
2 rue Théophile Gautier
Groupe HLM Corneille-Molière, Nardonnet, Pison et Trouillot. 2026 © Agathe Chauvel-CAUE92.
Pour l’OPHLM de la ville de Montrouge, les architectes Nardonnet, Pison et Trouillot conçoivent en 1956 – en plein reconstruction – 303 logements sociaux, du studio au quatre-pièce, compris dans deux barres et quatre barrettes, en bordure du stade Jean Lezer. Une barre de 5 étages enjambe la rue Hippolyte-Mulin. Cette configuration de franchissement de voirie, fréquente à Montrouge et possible grâce à une ossature en béton armé, permet de densifier en favorisant la circulation automobile. Prolongeant les séjours des 3 et 4 pièces, les loggias ajoutent de la profondeur aux façades et atténuent leur austérité. Les logements des barrettes bénéficient de la gaine shunt, innovation de 1948. Ce système très populaire – jusqu’à l’arrivée de la VMC – regroupe conduits de ventilation et d’aération dans un collecteur principal et permet de placer les salles d’eau et WC en cœur de bâtiment, permettant leur épaississement.
HLM avenue Marx Dormoy
HLM avenue Marx Dormoy, André Croizé. CAUE-IDF, Archipel francilien, 2026 © Martin Argyroglo.
En 1958, l’architecte-urbaniste André Croizé est chargé par la Caisse des Dépôts de concevoir un ensemble de logements sociaux sur un terrain de 1500 m², à la limite de Bagneux et de Châtillon. S’écartant de sa production parisienne de logements de standing, il conçoit trois barres de longueurs variables, comprenant 316 logements répartis sur 10 étages. Deux barres perpendiculaires présentent des façades jumelles, dont la massivité est atténuée par des balcons « papillon », caractéristiques de l’époque. Les noyaux de circulation, extrudés en façade et éclairés naturellement, desservent de 2 à 4 logements par niveau. Deux configurations sont proposées selon la taille des appartements. Pour les plus petites surfaces, la cuisine et la salle d’eau sont regroupées, rationalisant les réseaux. Pour les logements plus grands, elles sont dissociées, individualisant les espaces de jour et de nuit. Aucune pièce de vie n’est orientée au nord, garantissant un ensoleillement optimal.
Extraits de vues aériennes. Le terrain avant réalisation 1956/L'ensemble HLM en chantier 1960 © IGN (France), Photothèque nationale.
Habitation à Loyer Modéré (HLM)
Dans les années 1950, le mal-logement touche autant les classes populaires que moyennes, dont les appartements exigus disposent rarement d’eau courante et d’équipements sanitaires. Face à l’urgence de la situation, le logement devient un enjeu de politique publique. L’État développe les Habitations à Loyers Modérés (HLM), afin de produire rapidement des logements standardisés pour le plus grand nombre et à coût maîtrisé. Ces programmes prennent souvent la forme de grands ensembles, réalisés à grande échelle, inspirés des préceptes fonctionnalistes de la Charte d’Athènes. Bien qu’aujourd’hui décriés pour leur uniformité, manque de mixité ou faible prise en compte du tissu existant, ils ont introduit un confort jusqu’alors inconnu à une grande partie de la population, en apportant salles de bain, toilettes, chauffage et ascenseurs. À Montrouge, les logements HLM réalisés ici par André Croizé, se dénombrent par centaine, plutôt que par milliers, correspondant davantage à un « petit ensemble » qu’à un grand.
✪ Autre architecture remarquable
Cité Louis Herz
202 avenue Marx Dormoy
Cité Louis Herz, Julien Hirsch. CAUE-IDF, Archipel francilien, 2026 © Martin Argyroglo.
En 1935, l’architecte Julien Hirsch réalise la Cité Herz, pour la société d’Habitations à Bon Marché (HBM) « les maisons saines ». Ce complexe de logements comprend deux types d’HBM, les ordinaires (HBMO) – organisés en une longue barre et deux « barrettes » en fond de cour – et les améliorés (HBMA) – disposés en U, formant une cour face à la rue. Les HBMA se distinguent par des façades plus travaillées, des appartements plus vastes et prolongés par des balcons. Ils sont régis par les mêmes principes hygiénistes que les HBMO, visant à améliorer la santé des habitants, grâce à un accès accru à l’air et à la lumière. Dans la Cité Herz, les appartements sont traversants, assurant une ventilation optimale. Toutes les pièces disposent de fenêtre, parfois augmentées par des bow-windows triangulaires. Les escaliers, identifiables en façades à leur vitrage toute hauteur, bénéficient également d’un éclairage naturel. Les logements présentent une configuration rationnelle, avec le regroupement des pièces humides, dès l’entrée. La brique employée en façade, matériau emblématique de la périphérie parisienne de l’entre-deux-guerres et particulièrement de Montrouge, confère une unité à l’ensemble. La Cité Herz est aujourd’hui inscrite à l’Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France.
Habitations à Bon Marché (HBM)
Les Habitations à Bon Marché (HBM), ancêtres des HLM, sont créés en 1894 pour répondre à la crise du logement provoquée par l’industrialisation. Elles reposent sur un encadrement des loyers et une normalisation des appartements, en termes de surface et d’hygiène. L’accès à l’eau courante, à une cuisine et aux sanitaires constitue une avancée majeure.
Groupe Salengro
Groupe Salengro, Paul Dubouillon. CAUE-IDF, Archipel francilien, 2026 © Martin Argyroglo.
Prenant place en 1957 sur d’anciennes terres maraîchères, le groupe Salengro s’implante selon une configuration en peigne. La barre principale, alignée sur la rue, s’élève sur 7 étages, tandis que les deux blocs arrière, perpendiculaires, comptent 5 niveaux. Dans l’équipe de conception figurent Paul Dubouillon et José Imbert, deux disciples d’Auguste Perret. L’héritage de cette figure majeure de l’architecture du XXe siècle se lit dans la composition des façades et dans la compacité de plans. Une trame de baies verticales reprend les principes de l’architecture classique. La façade, réalisée en pierres concassées moulées au ciment, évoque des blocs de pierre. Elle est scandée par des cages d’escalier dotées de claustras préfabriqués. Dans les 111 logements, aucun couloir. Une séquence d’entrée systématique dessert les pièces de vie principales, auxquelles sont reliées les chambres.
Photographie de la façade côté-cour, avant rénovation thermique. 1984. Archives communales de Montrouge.
L'influence d'Auguste Perret
Avant de réaliser le groupe Salengro, Paul Dubouillon et José Imbert ont fait leurs armes auprès d’Auguste Perret (1874-1954). Le premier a été architecte d’opération pour la reconstruction du centre-ville du Havre ; tandis que le second, véritable disciple, a bénéficié de son enseignement avant de travailler dans son agence-entreprise. Perret a marqué et renouvelé l’architecture du XXe siècle. Précurseur du béton armé, il expérimente les possibilités nouvelles de ce matériau, pour créer une architecture rationaliste émanant du système constructif, tout en reprenant des principes formels classiques. « Intellectuel-constructeur », il a également formé de nombreux architectes, composant « l’École du classicisme structurel ». Son influence est palpable en région parisienne, où nombre de ses disciples ont construit. On retrouve une filiation dans le groupe Salengro, avec l’expression de l’ossature côté cour, aujourd’hui enfouie sous une réhabilitation thermique. Toujours à Montrouge, l’école d’infirmières (1 rue du 11 Novembre), édifiée au début des années 1930, peut à s’y méprendre être attribuée à Perret. Il s’agit en réalité de la première réalisation personnelle de José Imbert, avec William Vetter. Dans la revue L’Architecture d’Aujourd’hui en 1933, le rédacteur en chef Pierre Vago s’amuse de cette ressemblance :
« Voici une œuvre de deux jeunes architectes, élèves de Perret et qui ne s’en cachent pas. On leur dit : “C’est du Perret”. Ils répondent : “C’est de l’architecture”. Et Auguste Perret ne remplit pas l’univers de ses cris : “C’est du plagiat”. »
Photographie de l'école d'infirmières, José Imbert et William Vetter ; aujourd'hui abritant des locaux du CNRS. 2026.
Immeubles Barbusse-Auger
Immeubles Barbusse-Auger, Daniel Mikol et Gérald Brown-Sarda. CAUE-IDF, Archipel francilien, 2026 © Martin Argyroglo.
Les immeubles Barbusse-Auger, conçus en 1957, par Daniel Mikol et Gérald Brown-Sarda, comprennent 74 logements, du 3 au 5 pièces, financés par le programme Logéco, dispositif d’aide aux classes moyennes mis en place au début des années 1950. Malgré des contraintes économiques, les façades se distinguent par un travail d’orfèvre. Baies ajourées sous plafond et percements toute hauteur composent un large répertoire d’ouvertures. Disposées selon une vingtaine de combinaisons, elles s’adaptent aux usages, aux orientations et aux vues. L’accentuation des nez de dalle fait écho aux recherches sur l’horizontalité de Jean Dubuisson, architecte conseil de l’opération, et contribue à l’unité des trois barres. De hauteurs variées, celles-ci s’articulent autour d’une tour de circulation en retrait de la rue et d’un porche en béton menant à la cour. La finesse des barres permet des logements traversants, voire à triple orientation en pignon. Les surfaces limitées de certains logements sont compensées par des cloisons discontinues qui ouvrent la chambre parentale sur le séjour et par des cloisons coulissantes reliant les chambres en enfilade.
Schéma des menuiseries pour les chambres. Archives municipales de Montrouge.
Perspective Résidence du Parc, Croix, avec détail d'une cellule habitée. Fonds Jean Dubuisson - 224 IFA. Cité de l'architecture et du patrimoine/Archives d'architecture contemporaine.
Les façades graphiques des immeubles Barbusse-Auger trouvent une parenté dans certaines réalisations personnelles de Jean Dubuisson, premier Grand Prix de Rome ; que ce soit dans la résidence du Parc à Croix (1950-1962) ou dans les immeubles d’habitation des Basses Terres, à Pierrefitte et Stains (1954-1959).
Logements économiques et familiaux (Logéco)
Logéco (logements économiques et familiaux) est un programme de construction à grande échelle développé par l’État, issu du Plan Courant (1953). Cette nouvelle catégorie de logements aidés, à mi-chemin entre le secteur social et libre, est destinée à favoriser l’accession à la propriété des ménages des classes moyennes et modestes, grâce à une prime accordée par l’État et à un prêt spécial du crédit foncier. Les logements sont économiques grâce à des coûts de revient bas, rendus possibles par un encadrement des surfaces, hauteurs et équipements, instaurant un logement-type. Les Logéco ont contribué à diffuser un « confort élémentaire » standardisé.
Immeuble rue Sylvine Candas
Immeuble rue Sylvine Candas, Jean Perrot. Atelier de Montrouge. CAUE-IDF, Archipel francilien, 2026 © Martin Argyroglo.
Inséré entre deux immeubles mitoyens et aligné sur la rue Sylvine Candas, l’immeuble réalisé en 1958 par l’architecte Jean Perrot, illustre la production architecturale courante des années 1950. Sa volumétrie de 7 étages présente des retraits successifs sur les deux derniers niveaux, résultant des gabarits réglementaires en vigueur. Ces dispositions favorisent ventilation et ensoleillement et développent des terrasses aux étages supérieurs. Prolongeant ces préoccupations hygiénistes, la cour, mutualisée avec l’immeuble voisin, forme un jardin commun de 200 m². La façade est percée de larges ouvertures horizontales. Les 18 logements, majoritairement traversants, s’organisent autour d’une séquence entrée, hall et dégagement, assurant la transition entre espaces de jour et de nuit.
Gabarit
« En urbanisme, le gabarit est l’ensemble des règlements locaux concernant les limites de dimensions que doivent respecter les édifices dans une zone donnée par rapport à la voie publique : limites de hauteur, reculement des bâtiments, saillies des balcons, corniches, avancées de toitures, etc. »
Jean De Vigan, (1993), Dicobat, Dictionnaire général du bâtiment, Arcature.
Coupe transversale et gabarit. Jean Perrot. 1955. Archives communales de Montrouge.
✪ Autre architecture remarquable
Immeubles rue Théophile Gautier, ZAC du nord
2 rue Théophile Gautier
Immeubles rue Théophile Gautier, Björn Ólafs, Michel Ducharme et Elzbieta Galilinska. 2026 © Agathe Chauvel-CAUE92.
À l’intersection de la rue Gabriel Péri et de l’avenue Aristide Briand, un ensemble massif émerge. Réalisé en 1998, dans le cadre de la ZAC du Nord, par les architectes Björn Ólafs, Michel Ducharme et Elzbieta Galilinska, il adopte un vocabulaire post-moderne, caractérisé par un rejet des principes fonctionnalistes et un recours à des formes complexes. Des percements rectangulaires, carrés, ronds ou triangulaires scandent les façades géométriques. Deux colonnes habitées, de 10 étages, reliées par trois appartements avec loggias, forment une imposante arche. Celle-ci signale l’entrée de la rue commerçante Théophile Gautier, qui structure et traverse l’îlot en diagonale. En son cœur, se trouve une place ovale. Les immeubles bordant cette rue sont couronnés par des toitures en zinc courbées, percées de lucarnes, signifiant le retrait des deux derniers niveaux. D’usage courant dans les règlements d’urbanisme, ces obligations de retrait sont destinées à atténuer la hauteur perçue du bâtiment depuis la rue.
Extraits de vues aériennes, îlot Théophile Gautier. 1950/2014 © IGN (France), Photothèque nationale.
Zone d’Aménagement concerté (ZAC)
La ZAC est un outil d’aménagement – créé en 1968 – permettant de transformer un tissu urbain selon une réglementation qui lui est propre. Succédant aux Zones à Urbaniser en Priorité (ZUP), elle favorise la mixité des fonctions, en associant logements, bureaux, commerces et équipements publics. À Montrouge, six ZAC sont créées à partir des années 1990, profitant des terrains libérés par les départs de 32 entreprises, parmi lesquelles de nombreuses imprimeries. De 1991 à 2001, la Ville doit créer 3 m² de logements pour 1 m² de bureaux, dans un contexte de tertiarisation. La ZAC du Nord a transformé un quartier au tissu diffus et enchevêtré, en un ensemble d’immeubles denses, qui compte aujourd’hui 900 logements, 38 000 m² de bureaux et activités.
Résidence Pasteur-Curie
Résidence Pasteur-Curie, Henry Pottier. CAUE-IDF, Archipel francilien, 2026 © Martin Argyroglo.
Le projet s’inscrit dans un tissu urbain hétérogène mêlant immeubles de faubourg et ensembles en béton d’après-guerre. Réalisée en 1968 par Henry Pottier, Grand Prix de Rome, cet immeuble de standing témoigne du travail d’un architecte parmi les plus productifs de sa génération. L’écriture architecturale de la résidence repose sur un traitement attentif des matériaux et des textures. Bois, brique, béton et terre cuite, en composent l’expression. La palette chromatique associe des teintes brunes avec le blanc des nez de dalle et des jardinières formant garde-corps. Derrière un muret graphique dont l’appareillage forme des vagues, l’ensemble adopte un plan en croix composé de quatre barres, élevées sur 5 niveaux autour d’un noyau central. À leur intersection, un palier commun, éclairé et ventilé naturellement, dessert 8 logements par niveau, soit 40 au total. Du studio au six pièces, tous offrent des surfaces généreuses prolongées par des balcons.
Plan du RDC. Henry Pottier. 1968. Archives municipales de Montrouge.
Résidence
« Opposé au grand ensemble, la résidence incarne l’habitat moyen et surtout haut de gamme de la périphérie parisienne. Avant de se multiplier dans les années 1960 et 1970, ce type connaît au cours de la décennie 1950 un développement qui traduit un progressif renversement dans le mode de production de la ville : l’habitat s’organise non plus en fonction de la rue mais d’une cour ou d’un jardin intérieur. »
Simon Texier, (2010), Paris 1950, un âge d'or de l'immeuble, Pavillon de l'Arsenal.
Atlas du logement collectif dans les Hauts-de-Seine 1945-2000
Axonométrie. Dessin Nathan Gatignol, architecte. Atlas92-Caue92.
Coupe transversale. Dessin Nathan Gatignol, architecte. Atlas92-Caue92.
Retrouvez cette architecture dans l’atlas graphique et numérique crée par le CAUE des Haut-de-Seine en 2026 et disponible en ligne : https://atlas92.com/
Henry Pottier (1912-2000)
Diplômé de l’école des beaux-arts en 1937 et Premier second Grand Prix de Rome en 1944, Henry Pottier est un architecte français peu connu du grand public, malgré une production particulièrement abondante. Au début de sa carrière, le ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU) lui confie la mission de contribuer à la reconstruction du département de l’Eure, en Normandie, comprenant Vernon, sa ville natale. Il est par la suite très productif en région parisienne, où il réalise tours, villas, résidences, équipements hospitaliers, universitaires et sportifs, jusqu’à des opérations d’aménagement urbain. Il intervient particulièrement dans les Hauts-de-Seine, construisant de nombreux ensembles d’habitations publics, comme privés, parmi lesquels la Résidence La Prairie, à Vaucresson. Son activité s’étend en Afrique subsaharienne et à Monaco, où il est architecte-conseil du gouvernement. Henry Pottier développe en parallèle une réflexion sur « la ville stratifiée ». Le Front de Seine, dont il est l’architecte en chef, aux côtés de Raymond Lopez, puis Michel Proux, constitue l’une de ses expressions majeures : une vingtaine de tours, construites entre 1967 et 1979, agencées sur une dalle de 5 hectares, selon un principe de séparation verticale des fonctions.
🔊 Capsule sonore
Le second œuvre de l’architecture de la croissance
Interview de Catherine Blain, architecte, docteure en aménagement et urbanisme et chercheure ; et Eric Monin, professeur en histoire et cultures architecturales, chercheur.
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✪ Autre architecture remarquable
Résidence étudiante
17 rue Pasteur
Résidence étudiante, Roger Dhuit et Jean-Claude Dondel. CAUE-IDF, Archipel francilien, 2026 © Martin Argyroglo.
L’École Normale Supérieure de Jeunes Filles de Montrouge - aujourd’hui communément appelé « faculté dentaire » - projet du ministère de l’Éducation nationale, voit le jour en 1968, malgré l’opposition de la municipalité. Implanté en bordure du périphérique, il est conçu par les architectes Roger Dhuit et Jean-Claude Dondel, spécialistes en équipements scolaires. Il comprend, au sein d’espaces verts, une résidence étudiante de 300 logements, répartis dans quatre plots de 4 à 6 étages, une antenne de l’École Normale Supérieure Ulm et la faculté dentaire. Sur pilotis et surmontés de toitures-terrasses, les plots laissent apparaître le béton brut qui les composent. L’habillage des pignons avec de la pierre agrafée et les menuiseries en bois niangon démontrent l’attention portée aux éléments du second œuvre. Les plans, compacts et fonctionnels, sont organisés autour d’un noyau central, réunissant escalier, ascenseur et sanitaires. A chaque étage, sont disposés une cuisine commune, qui structure la vie collective pour 16 chambres. Chacune d’elles contient une douche privée et se prolonge par une loggia, offrant des vues dégagées. Aucune n’est orientée sur le périphérique, au nord. Aujourd’hui, l’avenir du site reste incertain, dans le contexte du nouvel aménagement prévu avec la création, en 2026, de la ZAC Campus de Montrouge.

Chambre et toit-terrasse, résidence étudiante. Photogramme du film Hôtel Minéral © Gaspard Bonaldi, 2025.
Activités annexes
Accéder au parcours
Métro
Départ : Résidence de la Cité, à 14 mn à pied de la station Mairie de Montrouge, ligne 4 et de la station Cité Universitaire, RER B.
Arrivée : Résidence Pasteur-Curie, à 6 mn à pied de la station Mairie de Montrouge, ligne 4.


