Du plateau à la Seine
Évry-Courcouronnes
Évry, c’est une ville nouvelle et un village, un plateau et un coteau. C’est un territoire où les terres ont été déplacées, excavées, modelées. Cette balade est une découverte de l’architecture, de l’urbanisme d’Évry par le prisme des sols.
Un matin de 1964, le ministre de l’Intérieur appelle le maire d’Évry-Petit-Bourg. Le village a été choisi pour accueillir la préfecture du nouveau département de l’Essonne. C’est le début d’un vaste chantier qui transforme le territoire.

Aperçu du parcours
Gare d’Évry-Courcouronnes, l’arrivée souterraine
(c)Martin Argyroglo
Naissance des villes nouvelles
Extrait du schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme de la région de Paris en 1965. (c)Institut Paris Région
Dans les années 1960, la croissance démographique de Paris inquiète - densité, insalubrité, saturation - le destin de la capitale semble sombre. Par ailleurs, les grands ensembles construits immédiatement après la deuxième guerre mondiale pour palier au besoin urgent de logements, sont très critiqués. Ils sont monofonctionnels - ne prévoyaient pas l’installation d’entreprises - et enclavés - ils sont souvent mal desservis par les transports. Le projet des villes nouvelles se veut une réponse à ces problématiques. Elles seront neuf en France, cinq en Ile-de-France dont Évry-Ville-Nouvelle.
Ville nouvelle, nouveaux centres
Le train, enjeu majeur pour le développement de la ville nouvelle (c)Archives départementales de l'Essonne
En 1965, le schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris identifie les zones d’implantation de ces villes nouvelles. L’objectif est de créer des communes d’équilibre, c’est à dire des nouveaux centres urbains avec tous les services nécessaires pour les futurs habitants. Il y aurait autant d’emplois que d’habitants. Ces villes sont éloignées de Paris mais implantées sur des axes d’urbanisation préférentiel, des routes importantes et voies ferrées, les rendant accessibles.
Une nouvelle ligne ferroviaire
Chantier de la tranchée de la nouvelle ligne RER à Évry (c)Dominique Planquette
Pour la ville nouvelle du secteur sud parisien, c’est le plateau agricole d’Evry qui est choisi. L’ambitieux projet vise à créer logements, équipements, zone d’activité. La gare - et la nouvelle ligne SNCF qui la dessert - ne doivent pas être une nuisance pour ces quartiers voués à accueillir des cadres. Le choix est donc fait d’encaisser cet axe de circulation : sur une longueur de 7 km, une tranchée de 10 à 12 m de profondeur est réalisée. Vous retrouverez les terres excavées sous vos pieds au point n°5 !
Du dessous au dessus, une mise en scène monumentale
Gare d'Évry centre en 1988 (c)Dominique Planquette
Le volume de terres excavées peut être apprécié par le voyageur à son arrivée sur le quai du RER D. L’édifice de la gare, conçu par l’architecte Bernard Hamburger pour l’agence AREA, est monumental. Au-delà d’une simple gare, c’est aussi une prouesse technique qui se veut un démonstrateur du progrès que vont apporter les villes nouvelles. Des ouvertures en hauteur font le lien entre sous-sol et surface, et installent l’équipement dans la ville.
Une gare urbaine
La gare d'Évry (c)Archives Départementales de l'Essonne
La gare est un repère, visible et identifiable, elle est vouée à devenir un carrefour où se croisent piétons, trains et bus. Depuis l’extérieur, la toiture progresse en vague pour mettre en scène cette nouvelle topographie. L’édifice sera labellisé Architecture Contemporaine Remarquable en 2019, notamment en raison du caractère innovant de cette articulation des niveaux. En sortant de la gare, place de la gare, prenez le temps de vous retourner pour observer le volume de la toiture qui ondule.
Le petit plus
La Place des Droits de l'Homme et du Citoyen et la Cathédrale d'Évry (c)Martin Argyroglo
Vous pouvez aussi apercevoir face à la gare le centre-ville construit dans les années 90. Il comprend la mairie des architectes J.Levy, J.L Müller et J.C Posay, la cathédrale dessinée par l’architecte M. Botta, la Place des Droits de l’Homme et du Citoyen conçue par K.Gustafson, architecte paysagiste ou encore la Chambre du Commerce et de l’Industrie, de M.et P.Deslandes, architectes.
Pour aller plus loin :
À retrouver dans le parcours “Évry-Courcouronnes, elles construisent la ville”.
Gare d’Évry-Courcouronnes, l’arrivée souterraine
(c)Martin Argyroglo
Naissance des villes nouvelles
Extrait du schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme de la région de Paris en 1965. (c)Institut Paris Région
Dans les années 1960, la croissance démographique de Paris inquiète - densité, insalubrité, saturation - le destin de la capitale semble sombre. Par ailleurs, les grands ensembles construits immédiatement après la deuxième guerre mondiale pour palier au besoin urgent de logements, sont très critiqués. Ils sont monofonctionnels - ne prévoyaient pas l’installation d’entreprises - et enclavés - ils sont souvent mal desservis par les transports. Le projet des villes nouvelles se veut une réponse à ces problématiques. Elles seront neuf en France, cinq en Ile-de-France dont Évry-Ville-Nouvelle.
Ville nouvelle, nouveaux centres
Le train, enjeu majeur pour le développement de la ville nouvelle (c)Archives départementales de l'Essonne
En 1965, le schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris identifie les zones d’implantation de ces villes nouvelles. L’objectif est de créer des communes d’équilibre, c’est à dire des nouveaux centres urbains avec tous les services nécessaires pour les futurs habitants. Il y aurait autant d’emplois que d’habitants. Ces villes sont éloignées de Paris mais implantées sur des axes d’urbanisation préférentiel, des routes importantes et voies ferrées, les rendant accessibles.
Une nouvelle ligne ferroviaire
Chantier de la tranchée de la nouvelle ligne RER à Évry (c)Dominique Planquette
Pour la ville nouvelle du secteur sud parisien, c’est le plateau agricole d’Evry qui est choisi. L’ambitieux projet vise à créer logements, équipements, zone d’activité. La gare - et la nouvelle ligne SNCF qui la dessert - ne doivent pas être une nuisance pour ces quartiers voués à accueillir des cadres. Le choix est donc fait d’encaisser cet axe de circulation : sur une longueur de 7 km, une tranchée de 10 à 12 m de profondeur est réalisée. Vous retrouverez les terres excavées sous vos pieds au point n°5 !
Du dessous au dessus, une mise en scène monumentale
Gare d'Évry centre en 1988 (c)Dominique Planquette
Le volume de terres excavées peut être apprécié par le voyageur à son arrivée sur le quai du RER D. L’édifice de la gare, conçu par l’architecte Bernard Hamburger pour l’agence AREA, est monumental. Au-delà d’une simple gare, c’est aussi une prouesse technique qui se veut un démonstrateur du progrès que vont apporter les villes nouvelles. Des ouvertures en hauteur font le lien entre sous-sol et surface, et installent l’équipement dans la ville.
Une gare urbaine
La gare d'Évry (c)Archives Départementales de l'Essonne
La gare est un repère, visible et identifiable, elle est vouée à devenir un carrefour où se croisent piétons, trains et bus. Depuis l’extérieur, la toiture progresse en vague pour mettre en scène cette nouvelle topographie. L’édifice sera labellisé Architecture Contemporaine Remarquable en 2019, notamment en raison du caractère innovant de cette articulation des niveaux. En sortant de la gare, place de la gare, prenez le temps de vous retourner pour observer le volume de la toiture qui ondule.
Le petit plus
La Place des Droits de l'Homme et du Citoyen et la Cathédrale d'Évry (c)Martin Argyroglo
Vous pouvez aussi apercevoir face à la gare le centre-ville construit dans les années 90. Il comprend la mairie des architectes J.Levy, J.L Müller et J.C Posay, la cathédrale dessinée par l’architecte M. Botta, la Place des Droits de l’Homme et du Citoyen conçue par K.Gustafson, architecte paysagiste ou encore la Chambre du Commerce et de l’Industrie, de M.et P.Deslandes, architectes.
Pour aller plus loin :
À retrouver dans le parcours “Évry-Courcouronnes, elles construisent la ville”.
Cours Blaise Pascal, une ville sur dalle
(c)Martin Argyroglo
De la rue à la dalle
Le cadre de vie en ville nouvelle, une utopie scrutée (c)Archives Départementales de l'Essonne
Au début des années 1960, les villes nouvelles sont un projet politique dont la volonté est de bâtir “un avenir beau, grand et généreux”. C’est aussi une époque de progrès, avec notamment l’expansion de la voiture, et donc des nuisances qu’elle cause. Les concepteurs font “tabula rasa”, ils repartent de zéro pour inventer de nouveaux modes de vie. Pour cela, la rue et son rôle central dans les usages urbains est remis en question.
Écouter le podcast “Habiter la dalle d'Évry, parole aux usagers”, en cliquant sur l'icône en haut de cette étape (c)Justin Morin
L’Architecture fonctionnaliste
Au cœur du quartier des Pyramides, une dalle piétonne (c)Dominique Planquette, Archives départementales de l'Essonne
Avant la deuxième guerre mondiale, les architectes dits fonctionnalistes défendaient un urbanisme de la séparation des flux. Ce sont ces théories, encore au goût du jour dans les années 1960, qui seront mises en œuvre à Évry. Piétons, voitures et transports ne se croisent pas. Observez au fond du cours Blaise Pascal la passerelle, elle permet de relier les logements à l’Agora sans jamais croiser de voitures.
L’utopie des pionniers
Au cœur de La dalle, une aire de jeu pour les enfants (c)Dominique Planquette, Archives départementales de l'Essonne
La ville à plusieurs étages séduit les premiers habitants qui viennent s’installer. Parmi eux, Jean-Pierre Bremaud, il fait partie de ces pionniers, arrivé dès 1974 dans le quartier des Pyramides. Pour lui, ville nouvelle rime alors avec vie nouvelle. L’urbanisme et l’architecture devaient favoriser l’émancipation de chacun. Il décrit une ville “où il n’y avait pas de clôtures entre les zones”, une ville où “l’on s’est beaucoup réuni”.
La ville des enfants
Le cours Blaise Pascal dans les années 1990 (c)Dominique Planquette, Archives départementales de l'Essonne
La ville à plusieurs étages a aussi été un terrain de jeu pour les jeunes habitants d’Évry et ce n’est pas anodin. En effet, après mai 68, des réflexions s’engagent sur l’éducation et les villes nouvelles en héritent. Pour Jean-Pierre Bremaud, cette expérience était l’occasion de “créer un enfant nouveau, plus intelligent, plus ouvert, plus poète, plus artiste”. Cela passera par une ville pouvant être parcourue et explorée par les enfants (grâce aux passerelles et dalles) et par l’architecture des écoles (dites à aires ouvertes).
Le cours Blaise Pascal, une rue parmi les dalles ?
Le saut de Man Power dans le film Banlieue 13 (c)Banlieue 13
Vous aurez sans doute remarqué que le cours Blaise Pascal, où vous vous situez, dénote par rapport à ce discours de l’architecture sur dalle. Ici, on retrouve trottoir et voirie classique, c’est le retour à la rue. En effet, au cours des années 1970, des critiques s’élèvent contre l’urbanisme sur dalle prônant la nécessité de retrouver des formes urbaines traditionnelles. Dans le même temps, le choc pétrolier de 1973, implique de revoir à la baisse les ambitions constructives et de limiter l’utilisation de ressources, tel le béton employé pour les dalles.
Et les toitures ?
De la dalle à la rue, cette topographie artificielle a aussi fait naître des pratiques urbaines comme l’art du déplacement popularisé en France avec le film Les Yamakasi. Pour eux, plus de limites, le sol est à l’horizontale, à la verticale, et même sur les toits. Le cours Blaise Pascal est un des lieux d’entrainement régulier. On y trouve une des figures les plus célèbres et complexes, le saut entre deux immeubles : le Man power. Peut-être aurez-vous la chance d’apercevoir des courageux s’élancer dans les airs.
Au milieu des champs, une préfecture
(c)Martin Argyroglo
Construire une ville, par où commencer ?
Construction de la préfecture au milieu des champs (c)Dominique Planquette
La spécificité des villes nouvelles est leur conception “ex nihilo”, tout doit être construit (routes, bâtiments, parcs, etc.) pour une population à venir. Outre le plan finalisé de la ville, les concepteurs doivent se pencher sur la complexe question du phasage du chantier. En effet, on ne peut pas livrer des logements s’il n’y a pas d’équipements, mais on ne peut pas construire de commerces s’il n’y a pas déjà des habitants. Le choix est fait d’amorcer le chantier de la ville par un bâtiment très symbolique : la préfecture.
Une ville préfecture
L'Hôtel du département (c)Dominique Planquette, Archives départementales de l'Essonne
Imaginée par les architectes de l’atelier ATEA, l’ensemble de la préfecture n’est pas seulement un élément administratif, il est conçu comme un monument à l’ordonnancement symbolique. Autour d’un bassin, le cabinet du préfet, le Conseil départemental et le Palais de Justice regroupent les trois fonctions de la Ve République. Ils sont le manifeste d’un État fort et moderne qui s’implante sur le territoire. Selon Michel Mottez, employé à l’Epevry, les architectes se seraient inspirés de la place des trois pouvoirs à Brasilia, pour proposer un projet “qui voyait grand”.
Mais au fait, c’était quoi avant ?
Le site de la future préfecture en chantier en 1970 (c)Ign
Au début des années 1960, le plateau d’Évry était encore composé de champs céréaliers. La quasi totalité des terrains de la future ville appartenait alors à un seul propriétaire, soit environ 400 ha de parcelles agricoles. Cette spécificité a été un atout important plaidant pour le choix d’implanter à Évry la ville nouvelle du sud francilien et le siège du nouveau département. En effet, l’ensemble des terrains ont été acquis en 1964, aucune opération de remembrement n’a été nécessaire, limitant le coût de l’opération. La sauvegarde des terres agricoles ne se posait pas, la priorité était la question de la ville.
Place de la Résistance, le sol vivant
(c)Martin Argyroglo
Les parcs de la ville nouvelle
Plan de la Ville Nouvelle, ses grands parcs structurants (c)Le Moniteur
En plus du système de voirie et de l’organisation des équipements, le système des parcs est aussi dessiné. La ville nouvelle est pensée en X. Dans les creux du X, quatre parcs. Au nord ouest, le parc des Loges, au sud est le parc des Coquibus, au sud ouest le parc du Lac, et enfin au nord est le parc Henri Fabre qui joint le centre ville à la Seine (nous le traverserons lors des prochaines étapes).
Entrée de ville, entrée de parc
Plan original de la place de la Résistance (c)Archives départementales de l'Essonne
La place de la résistance est le lien entre le centre ville et le parc Henri Fabre : la porte d’entrée. Ici 8000 m2 aménagés en square. Des jeux pour enfants, un terrain de basket, un monument aux morts. Deux alignements d’arbres, des Paulownias,structurent la place. Le premier accompagne les usagers du RER à la préfecture, et le second du centre ville au parc Henri Fabre.
Nouvelle pratique : l’urbanisme tactique
En 2019, les étudiants de l’ENSIIE viennent voir le CAUE et la ville avec une idée : végétaliser la place. Le projet rentrera dans le projet d’attractivité et d’urbanisme tactique du centre ville mené par la ville et Grand Paris Sud.À la suite de concertations avec les usages, un appel à projet est lancé pour choisir un concepteur.Les paysagistes de l’atelier de l’Ours remportent le projet. Ils créent des zones de plantation, rapportent des pierres pour marquer les massifs plantés, construisent du mobilier. Ces petits aménagements améliorent le quotidien et l’environnement de la place.
Atelier de concertation (c)CAUE91
Depuis quelques années, l’urbanisme tactique fait son apparition. Il s’agit de proposer aux citoyen·ne·s d’agir sur leur environnement par l’aménagement d’un espace dans le but d’améliorer leur cadre de vie et les faire se rencontrer autour d’un projet commun. Ce type d’urbanisme suppose la co-construction à court terme pour agir sur le long terme. Il se veut peu coûteux et réversible. Il permet de tester des propositions. Elles seront conservées, ajustées, amplifiées ou abandonnées.
Local et sauvage
Chantier de la place de la Résistance par l'Atelier de l'Ours (c)CAUE91
Ici, le sol est en stabilisé. Pour l’aménagement des massifs, une question se pose. Enlève t-on le sol abîmé et pauvre ? Si oui, c’est direction la déchetterie. Après réflexion, le sol est laissé en place. Les paysagistes décompactent sur site et intègrent de la terre plus riche et du terreau. Les plantes sont choisies en partenariat avec une pépinière locale Pariciflore. Les plantes sont locales et sauvages. Après 3 étés secs, elles s’épanouissent toujours !
Parc Henri Fabre, une topographie artificielle
(c)Martin Argyroglo
“Versailles a son paysagiste, nous avons le nôtre”
Chantier du parc Henri Fabre (c)Dominique Planquette, Archives départementales de l'Essonne
De 1967 à 1992, le paysagiste Michel Choquet va travailler au projet d’ensemble de la ville. Il s’adapte aux contraintes des ingénieurs, et notamment aux déplacements de terre. Il a su jouer de ces contraintes, donner du caractère aux parcs de la ville, avec des bosses, creux, courbes. Ces volumes de terres ont aussi permis de franchir doucement les grands axes routiers.
Un parc loisirs mais aussi technique
Collecteur des eaux pluviales sous le parc (c)Dominique Planquette
La très forte urbanisation qu’est la ville nouvelle, implique de trouver des solutions à la gestion des eaux de pluie. En effet, l’imperméabilisation très forte des sols cause un important risque d’inondations. Ainsi, les concepteurs de la ville nouvelle imaginent deux systèmes : d’une part des conduits enterrés dans le centre-ville pour amener l’eau jusqu’à la Seine, d’autre part, au nord de l’autoroute des bassins de rétention. Sous le parc, se trouve aussi le collecteur principal d’eau de pluie de la ville et des eaux usées.
Cimetière et Nationale 7, les indéplaçables
“On ne déménage (pas) nos morts”
Le cimetière d'Évry (c) Martin Argyroglo
Dans les années 1960, le cimetière se trouve, au milieu des champs, loin du centre bourg et proche du futur chantier de la ville nouvelle. Le maire d’Évry-Petit-Bourg participe aux négociations visant à déterminer l’emprise de la future ville. Ne souhaitant pas éveiller de contestations de la part des habitants historiques, il parvient à éviter le déplacement du cimetière. La ville nouvelle se fera autour.
Nationale 7, un tracé historique
Coupe sur le profil de la route impériale 7 (c)Archives Départementales de l'Essonne
Au bord du plateau d’Évry, marquant la limite avec le coteau, la route nationale 7 dessine un tracé rectiligne où s’élance aujourd’hui un trafic dense. Son implantation stratégique remonterait à la période gallo-romaine. Il était alors nécessaire de développer un axe reliant Paris à Lyon, ne risquant pas d’être inondé, et restant visible par temps de neige. Une route est tracée au-dessus de la vallée, rehaussée pour assurer son assèchement, elle est faite de galets, pierres et argiles.
De la route du pouvoir à la route des vacances
Un restaurant à Corbeil au bord de la RN7, sur la route des vacances des lieux de distraction (c)Archives départementales de l'Essonne
Ce tracé est affirmé comme axe stratégique au fil des siècles. Ainsi, au XVe siècle, il fait partie du réseau des postes royales. Il est alors essentiel de développer des axes de circulation sécurisés, bien entretenus pour réduire les temps de parcours et marquer le territoire de l’emprunte du pouvoir royal. La route est progressivement pavée, son profil est bombé pour permettre l’écoulement de l’eau. Plus tard, elle devient la RN7. Avec l’arrivée des congés payés elle devient la route des vacances.
À Évry, une rupture
Une route nationale aux allures d'autoroute à Évry (c) CAUE91
Mais à Évry, la route Nationale 7 reste un axe qui divise. Elle marque une limite entre plateau et coteau, ville nouvelle et village. Malgré l’installation de passerelles, la communication n’est pas aisée entre ces deux morceaux de ville qui semblent se tourner le dos. De plus, au fil des années, la chaussée est élargie pour limiter les embouteillages. Vous aurez peut-être constaté qu’elle a ici des allures d’autoroute, séparée de la ville par d’importantes franges végétales qui visent à protéger les habitations des nuisances sonores.
Le petit plus
La Pagode Khanh Anh au bord de la route nationale 7 (c)CAUE91
Sur votre droite en passant la RN7, vous pouvez aussi apercevoir la pagode Khanh Anh d’Évry, inaugurée par le Dalaï Lama en 2008. Cet édifice est un lieu de culture, un lieu de prière. Il loge le siège de la congrégation bouddhique vietnamienne unifiée en Europe.
La vallée de la Seine : villages et villégiatures
(c)Martin Argyroglo
Évry-Petit-Bourg, un village de la vallée de la Seine
Le village d'Évry-Petit-Bourg au niveau de la rue du Puits Jamet (c)Archives départementales de l'Essonne
Comme d’autres villages caractéristiques de la vallée de la Seine, Évry-Petit-Bourg est perché à mi-pente, sur le revers du plateau, pour éviter les crues, profiter des sources qui jaillissent au fil du coteau, cultiver le plateau.
Évry-Petit-Bourg par la route Royale, un village et des villégiatures
Le château d'Évry-Petit-Bourg (c)Archives départementales de l'Essonne
Évry-Petit-Bourg est un lieu de destination notamment pour les villégiatures. Celles-ci apparaissent en France au XVIIIe siècle. Cette pratique vient d’Italie et existait depuis la renaissance, elle désigne un séjour temporaire de repos à la campagne. Situé non loin de la Route royale (historique route Nationale 7) et du fleuve, les rois, princes et élites parisiennes viennent à Évry-petit-Bourg dans leurs “maisons des champs”. C’est-à-dire des maisons de plaisance sur les bords de Seine, petits châteaux...
La meulière, une ressource constructive
Maison en pierre meulière et rocaillage (c)CAUE91
Sur la surface du sol calcaire lacustre, se trouve la meulière de Beauce qui forme avec différents limons, le sol fertile mais sec de la région. Les habitats traditionnels, villageois ou agricoles, sont en pierre meulière. C’est un matériau ancien, qui a remplacé le bois et le torchis. On la ramassait sur les plateaux, dans les champs labourés ou en creusant le sol. Plus tard, des carrières s’ouvrent pour extraire davantage de pierres et répondre aux besoins de matériaux pour la voirie, les fondations de constructions, les murs et les clôtures. On comptait 4 carrières à Évry en 1844. Les exploitations les plus importantes se situaient à Viry-Châtillon, Morsang-sur-Orge, Grigny.
L’extraction de la meulière, un paysage ouvrier invisible
Les carrières de grès, le terrassement et extractions de meulières, Villejust (c)Archives départementales de l'Essonne
La géologie locale a alimenté Paris en pierres de fondation et de construction. Où sont les traces dans le paysage de l’extraction de meulières ? À ciel ouvert, les carrières modifient la topographie en créant des trous et des buttes, il est pourtant difficile de les percevoir aujourd’hui. En effet, une fois l’exploitation terminée, il fallait remblayer les trous en remettant une couche de terre végétale.
Évry-village : un coteau habité
(c)Martin Argyroglo
Se nourrir du coteau
Les champs à Évry-Petit-Bourg (c)Archives départementales de l'Essonne
Les habitants quotidiens d’Évry-Petit-Bourg cultivent le plateau, ainsi que le coteau. On y trouve des vignes, des jardins. Profiter d’une vue sur le fleuve ne peut suffire aux habitants des “maisons des champs”, il faut aussi se nourrir. Il se mêle alors dans le paysage pentu, habitats traditionnels, châteaux et leur fermes, dépendances, potagers, jardins d’agréments… Les villégiatures s’implantent à flanc de coteau pour capter les sources et assurer l’irrigation de leur propre domaine. On y fait des laitages, du vin, des fruits et des légumes.
La pente, un nouveau modèle pour les jardins
Le personnel du domaine de Petit-Bourg (c)Archives départementales de l'Essonne
En plus du besoin nourricier, le coteau est un contexte de création. Au XVIIIe, les jardins à la française sont à la mode. Les paysagistes imaginent dans les pentes des “traitements étagés, scandés de palier en palier”, des “rampes, escaliers, glacis, talus, fer à cheval et grottes”… Le Nôtre, paysagiste de Versailles,est sollicité par Madame de Montespan, propriétaire du château de Petit-Bourg. L’eau des sources vient alimenter les bassins, les cascades et les jets d’eau des jardins.
Les berges de Seine, des châteaux à l’industrie
(c)Martin Argyroglo
La ferme de Petit-Bourg
Chemin de halage à Évry-Petit-Bourg (c)Archives départementales de l'Essonne
Dans les grands domaines les terres sont cultivées pour assurer l’autonomie alimentaire des propriétaires. Au tournant du XIXe siècle, certaines sont transformées pour accueillir des innovations techniques.C’est le cas de la ferme de Petit-Bourg attenante au château de Petit-Bourg qui surplombe la Seine. La famille Decauville industrialise l’agriculture sur des centaines d’hectares.
Grandes surfaces, grandes idées...
L'exploitation des Decauville (c)Decauville ce nom qui fit le tour du monde
Pour construire des machines agricoles,les Decauville ouvrent un atelier en 1854. L’automne 1875, le sol est boueux, il est impossible de débarder les 9000 tonnes de betteraves sucrières du domaine. La famille développe un système de rail portatif et wagonnets pour se jouer du sol trop humide et assurer la récolte. Ce système révolutionne leur pratique agricole ainsi que l’extraction de ressources en sous-sol comme la meulière.
Chacun sa route
Exposition sur l'entreprise Decauville (c)Archives départementales de l'Essonne
Jusqu’ici la gestion du chargement et du transport des produits de l’agriculture et du sous-sol se faisait à pieds et par charrette. Les chemins empruntés par les charrettes étaient rapidement défoncés par les trop nombreux passages surchargés. Maintenant, au quotidien, on va plus loin avec plus de matière. Les flux sont séparés : il y les chemins quotidiens et les chemins de fer qui relient le lieu de la ressource et le lieu de son exportation. C’est donc un tournant dans le rapport entre la ressource et la distance qu’elle parcoure en vue de son usage.
Des usines en bords de Seine
Les ateliers Decauville (c)Archives départementales de l'Essonne
En plus des ateliers Petit-Bourg, une usine ouvre à Corbeil-Essonnes. L’export de cette production francilienne de rails, wagons, machines agricoles se fera depuis le port de Corbeil. À Évry, Decauville est un grand nom de l’histoire des chemins de fer. Il est peu connu des Évryens aujourd’hui, hormis par un boulevard du même nom, proche de la rue du village.
Gare Évry Val de Seine, construction à toute vapeur !
(c)Martin Argyroglo
Le train, moteur du développement industriel
Gare d'Évry-Petit-Bourg en 1904 (c)Archives départementales de l'Essonne
Dès 1834, des négociants en grains, souhaitent développer une ligne de chemin de fer entre Paris et Orléans passant par la vallée de l’Essonne. Les moulins de Corbeil ont besoin de grains à moudre, et le plateau de la Beauce n’est pas loin. Le nouveau moyen de transport qu’est le train permettrait de répondre aux ambitions de développement de ces entrepreneurs.
Des villégiatures aux manufactures, les négociations de la nouvelle ligne
La ligne de chemin de fer Paris Orléans (c)Archives départementales de l'Essonne
Afin d’éviter de devoir construire un pont et pour favoriser le développement des industries à Corbeil, le choix est fait d’installer la nouvelle voie sur la rive gauche de la Seine, au détriment des propriétés de villégiature d’Évry. Celles-ci voient ainsi leur terrains coupés en deux. M.Aguado, alors propriétaire du château de Petit-Bourg et maire de la commune, lutta longtemps contre ce tracé, proposant même de financer la construction du pont. Désespéré par les refus, il vendra son château.
Construire en pied de coteau, un enjeu de terrain
Construction de la ligne de chemin de fer à Corbeil (c)Archives départementales de l'Essonne
Pourtant, la construction sur la rive gauche ne sera pas un exercice facile. La voie doit être implantée 50cm au-dessus du niveau des crues de 1740, elle est construite en remblais, impliquant de déplacer de très importantes quantité de terres. Sur certains tronçons, comme à Ablon, le coteau étant proche du fleuve, une tranchée de 8m de profondeur est creusée. Le sous-sol est composé de bancs de glaise, une terre argileuse, entraînant d’importants glissements de terrain ensevelissant trois ouvriers.
Évry-Petit-Bourg par le chemin de fer, destination Seine
Une journée au camping d'Évry-Petit-Bourg (c)Archives départementales de l'Essonne
En 1840, après 21 longs mois de travaux, la ligne Paris-Corbeil est inaugurée en grandes pompes. Son succès est immédiat. Elle permet notamment aux classes moyennes, puis classe populaire, de profiter des bords de Seine encore préservés. On se rend dans les guinguettes, on fait du canotage et on campe au camping d'Évry. Sous son allure tranquille, la petite Gare d’Évry-Val-de-Seine a donc déjà une longue histoire derrière elle.
De Évry-Courcouronnes à Évry-Val-de-Seine
Une vue sur la Seine (c)Martin Argyroglo
Terminus du parcours, merci à tous les voyageurs, de la Ville-Nouvelle au Village vous avez parcouru 2 000 ans d’histoires. Nous espérons vous retrouver très vite sur une autre destination francilienne.
Accéder au parcours
RER
RER D arrêt Évry-Courcouronnes, sorti Cours Marc Seguin


