Faubourg Montmartre : spectacles, plaisirs et patrimoine
9ᵉ arrondissement
Un quartier historiquement dédié au spectacle et au divertissement
Pour comprendre le quartier, remontons au début du XVIIIᵉ siècle. À cette époque, le Faubourg Montmartre constitue un espace agricole et maraîcher situé hors des limites de Paris, organisé autour de la voie menant à l'abbaye de Montmartre. Avec la couverture du Grand Égout (à l'emplacement des actuelles rues Richer et de Provence) et l'extension de la ville, le quartier s'urbanise progressivement.

Sur le plan de Turgot (1734-1739), on distingue le développement de la ville autour de la rue du Faubourg-Montmartre, au centre © Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris (assemblage des planches 13, 14, 18 et 19)
Au XIXᵉ siècle, il devient l'un des principaux pôles du divertissement parisien, grâce à la proximité des Menus-Plaisirs du Roi et des Grands Boulevards.
L'hôtel des Menus-Plaisirs du Roi, construit rue du Faubourg-Poissonnière dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle, abrite alors l'administration des divertissements de la Cour et un théâtre de répétition. Le Conservatoire national supérieur d'art dramatique occupe aujourd'hui une partie de cet ensemble.

André Gill, Esquisse pour un panorama du boulevard Montmartre animé des personnalités parisiennes contemporaines, vers 1880. © Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
Quant aux Grands Boulevards, aménagés à partir du XVIIe siècle à l'emplacement d’anciennes fortifications, ils deviennent au XIXᵉ siècle l’épicentre de la vie parisienne, constituant un lieu de promenade et de parade, concentrant lieux de sociabilité, de fêtes et de plaisirs. Le tronçon élégant et animé entre les boulevards des Italiens et Montmartre attire l’Europe entière. Théâtres, cafés, restaurants s'y multiplient, tandis que l’Opéra de Paris, situé au 12 rue Le Peletier de 1821 à 1873, contribue au rayonnement culturel du quartier (avant d'être remplacé par le Palais Garnier - voir le parcours Détour : Quartier Opéra - Les fastes d’une époque).

L’opéra de la rue le Peletier © gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Edgar Degas, Le Foyer de la danse à l'Opéra de la rue Le Peletier, 1872 © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Tony Querrec
Aux XXᵉ et XXIᵉ siècle, théâtres, cinémas, music-halls et discothèques prolongent cette histoire.
Cette promenade vous invite à découvrir les lieux qui ont fait, et font encore aujourd'hui, du Faubourg Montmartre un quartier emblématique du spectacle parisien.

Ce parcours a été réalisé en partenariat avec le conseil de quartier Faubourg-Montmartre (mairie du 9ᵉ arrondissement).
Aperçu du parcours
Rue Ambroise Thomas : les anciens magasins de décors de l’Opéra

Vue d’ensemble de la rue © CAUE de Paris
[ajouter une phrase d’intro / description avant le reste du contenu]

La rue Ambroise Thomas relie la rue Richer à la rue du Faubourg Poissonnière, en traversant le porche d’un immeuble. © Esri France / IGN / Géoportail
Des entrepôts consécutifs pour des Opéras successifs
En 1781, un incendie se déclare dans les ateliers situés au sein des Menus-Plaisirs. Les collections des fêtes du Roi ne sont pas touchées par les flammes, mais il est décidé de construire de nouveaux ateliers de construction et de conservation de décors, éloignés des dépôts de la Couronne. Un terrain vague est acheté à cette fin rue Richer (à l’époque « Ruelle de l’Égout »).

Plan du terrain acquis en 1781 © BHVP
François-Jacques Delannoy, également architecte du théâtre du Conservatoire (voir à l’étape n°4), fait construire sur la parcelle des « magasins » pérennes pour les décors de fêtes publiques et grands théâtres (ateliers de menuiserie et de peinture, entrepôts). Ceux-ci sont finalement exclusivement affectés à l’Opéra.

Vue des constructions élevées en 1819 sur la rue Richer : une porte en arc de cercle facilite l’entrée des grands décors. © gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
En 1861, un incendie détruit les bâtiments et les 133 décors de la salle Le Peletier qui s’y trouvent. Les magasins sont reconstruits quasiment à l’identique sous la direction de Charles Garnier. Ils sont plus tard modifiés : une belle façade en pierre est construite, et la cour est couverte par une verrière sur charpente métallique.

Vue de la façade des magasins © gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Ils brûlent de nouveau en 1894 alors qu’y sont entreposés les décors de l’Opéra de Paris (Palais Garnier) et de l’Opéra Comique.

Vue des magasins après l’incendie de 1894 © gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Devant le risque que constituent ces entrepôts dans un quartier densément peuplé, et face au besoin d’un volume accru de stockage, il est décidé de déplacer les magasins de décor dans de nouveaux bâtiments à l’extérieur de la ville. Ces nouveaux locaux construits par Charles Garnier sont toujours en activité, au 32 boulevard Berthier (17e arr.).

Vue des ateliers Berthier aujourd’hui © Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, diffusion GrandPalaisRmn Photo
Désaffectée, la parcelle de la rue Richer est mise en vente par la Ville de Paris.
Un lotissement parisien original
Une rue est ouverte à cet emplacement sous le nom originel de “Square du Conservatoire”, du fait du voisinage du Conservatoire de musique. Elle est lotie en 1896 d’un ensemble de 13 immeubles construits par Jacques Hermant, architecte en chef de la Ville de Paris et du Gouvernement. Leurs façades suivent un modèle commun :
- Les trois premiers niveaux (dont un semi-enterré) reposent sur une structure métallique porteuse de grande baies vitrées, voués à des locaux commerciaux ;
- Les quatre niveaux supérieurs sont en pierre, avec des ouvertures plus modestes, et sont destinés aux logements.
Très largement conservé, cet ensemble uni singulier à Paris est protégé au titre du Plan local d’urbanisme.

Vue de la rue Ambroise Thomas, entre 1882 et 1890 © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Alexis Brandt
Depuis 1897, la voie porte le nom du compositeur d’opéra Ambroise Thomas, directeur du Conservatoire voisin de 1871 à sa mort en 1896.

Portrait d’Ambroise Thomas © Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
⭐ Point d’intérêt annexe
En vous rendant vers la prochaine étape, ne ratez pas la Cité Trévise. Sur la carte, repérez l’étoile le long de votre trajet, et touchez-la pour obtenir les informations sur ce point.
Rue Ambroise Thomas : les anciens magasins de décors de l’Opéra

Vue d’ensemble de la rue © CAUE de Paris
[ajouter une phrase d’intro / description avant le reste du contenu]

La rue Ambroise Thomas relie la rue Richer à la rue du Faubourg Poissonnière, en traversant le porche d’un immeuble. © Esri France / IGN / Géoportail
Des entrepôts consécutifs pour des Opéras successifs
En 1781, un incendie se déclare dans les ateliers situés au sein des Menus-Plaisirs. Les collections des fêtes du Roi ne sont pas touchées par les flammes, mais il est décidé de construire de nouveaux ateliers de construction et de conservation de décors, éloignés des dépôts de la Couronne. Un terrain vague est acheté à cette fin rue Richer (à l’époque « Ruelle de l’Égout »).

Plan du terrain acquis en 1781 © BHVP
François-Jacques Delannoy, également architecte du théâtre du Conservatoire (voir à l’étape n°4), fait construire sur la parcelle des « magasins » pérennes pour les décors de fêtes publiques et grands théâtres (ateliers de menuiserie et de peinture, entrepôts). Ceux-ci sont finalement exclusivement affectés à l’Opéra.

Vue des constructions élevées en 1819 sur la rue Richer : une porte en arc de cercle facilite l’entrée des grands décors. © gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
En 1861, un incendie détruit les bâtiments et les 133 décors de la salle Le Peletier qui s’y trouvent. Les magasins sont reconstruits quasiment à l’identique sous la direction de Charles Garnier. Ils sont plus tard modifiés : une belle façade en pierre est construite, et la cour est couverte par une verrière sur charpente métallique.

Vue de la façade des magasins © gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Ils brûlent de nouveau en 1894 alors qu’y sont entreposés les décors de l’Opéra de Paris (Palais Garnier) et de l’Opéra Comique.

Vue des magasins après l’incendie de 1894 © gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Devant le risque que constituent ces entrepôts dans un quartier densément peuplé, et face au besoin d’un volume accru de stockage, il est décidé de déplacer les magasins de décor dans de nouveaux bâtiments à l’extérieur de la ville. Ces nouveaux locaux construits par Charles Garnier sont toujours en activité, au 32 boulevard Berthier (17e arr.).

Vue des ateliers Berthier aujourd’hui © Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, diffusion GrandPalaisRmn Photo
Désaffectée, la parcelle de la rue Richer est mise en vente par la Ville de Paris.
Un lotissement parisien original
Une rue est ouverte à cet emplacement sous le nom originel de “Square du Conservatoire”, du fait du voisinage du Conservatoire de musique. Elle est lotie en 1896 d’un ensemble de 13 immeubles construits par Jacques Hermant, architecte en chef de la Ville de Paris et du Gouvernement. Leurs façades suivent un modèle commun :
- Les trois premiers niveaux (dont un semi-enterré) reposent sur une structure métallique porteuse de grande baies vitrées, voués à des locaux commerciaux ;
- Les quatre niveaux supérieurs sont en pierre, avec des ouvertures plus modestes, et sont destinés aux logements.
Très largement conservé, cet ensemble uni singulier à Paris est protégé au titre du Plan local d’urbanisme.

Vue de la rue Ambroise Thomas, entre 1882 et 1890 © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Alexis Brandt
Depuis 1897, la voie porte le nom du compositeur d’opéra Ambroise Thomas, directeur du Conservatoire voisin de 1871 à sa mort en 1896.

Portrait d’Ambroise Thomas © Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
⭐ Point d’intérêt annexe
En vous rendant vers la prochaine étape, ne ratez pas la Cité Trévise. Sur la carte, repérez l’étoile le long de votre trajet, et touchez-la pour obtenir les informations sur ce point.
Les Folies Bergère
intégrer une phrase d’intro / description de la façade

Les Folies Bergère depuis la rue de la Boule Rouge © CAUE de Paris
Des débuts de la salle au statut de haut lieu du music-hall
En 1867, l’artiste lyrique Louis Montrouge commande une salle de spectacle à proximité des grands boulevards à Jean Plumeret, architecte et inspecteur des bâtiments de la Couronne. Après deux années de travaux, à l’emplacement d’un magasin de literie au nom évocateur de “Colonnes d'Hercule”, sont inaugurées les Folies Bergère.

Le premier bâtiment érigé au 32, rue Richer était un magasin de literie © CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris
À cette époque, la mode était de baptiser les lieux de spectacle du nom de Folies, en référence aux maisons campagnardes de divertissement du XVIIIe siècle, suivi du nom du quartier où elles se situaient. Le premier directeur, M. Boislève, pense donc baptiser l’endroit « Folies Trévise », du nom de la rue où se trouve l’entrée des artistes. Le duc Mortier de Trévise (3e du nom) s’oppose cependant formellement à ce que son nom soit associé à une vulgaire salle de spectacle. C’est ainsi qu’est choisi le nom de la rue Bergère, toute proche, qui a l’avantage de n’appartenir à aucune famille.

Affiche représentant la salle, le hall et divers numéros présentés © Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris
Rapidement, la salle est assortie d’un promenoir et d’un hall-jardin d’hiver orné de plantes et jets d’eau. Elle est surnommée “Salle des sommiers élastiques”, en raison de son emplacement historique mais aussi en lien avec les femmes légères qui s'installent dans le promenoir à la recherche de clients, comme le décrivent Maupassant dans « Bel-Ami » ou Zola dans « Nana »…

Le promenoir (date inconnue) © Ville de Paris / BHVP

Le hall - jardin d’hiver (date inconnue) © Ville de Paris / BHVP
L’offre artistique se diversifie à partir de 1886 avec l’apparition des premières grandes revues de music-hall à la française. Ces spectacles mêlent ballets, chansons populaires, numéros d’illusionnistes et d’acrobates, mais aussi attractions plus insolites telles que des luttes de femmes ou des combats contre un kangourou boxeur.

Affiche © Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris
La figure féminine s’impose progressivement au cœur des revues. Les troupes de girls et les demi-mondaines de la Belle Époque deviennent les véritables vedettes des spectacles, d’abord avec des costumes relativement couvrants.
C'est en 1912 qu'apparaîtra pour la première fois sur scène une femme totalement dénudée. Avant guerre, le succès du duo Maurice Chevalier - Mistinguett consacrera la renommée internationale de l’établissement.

La Loïe Fuller aux Folies Bergère - 1893 © Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris
En 1905, l’architecte Jean-Édouard Niermans est chargé de la rénovation du bâtiment. Il modernise notamment la façade dans un style Art nouveau, coloré et décoré de formes courbes et motifs floraux.

La façade décorée dans un style Art nouveau © CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris
La transformation dans un style Art déco
Paul Derval arrive à la tête des Folies Bergère en 1918, et les dirige jusqu’à sa mort en 1966, soit pendant près de 50 ans. Il marque profondément l’établissement de son empreinte, par ses transformations architecturales et ses productions toujours plus fastueuses, portant systématiquement un titre de 13 lettres.
En 1926, il demande à l’architecte Georges Piollenc de réaliser des travaux d’envergure pour augmenter la capacité d’accueil, en moins de 2 ans et sans interrompre la programmation. Un échafaudage en bois monumental est dissimulé sous des toiles, des éléments en béton sont préfabriqués en atelier pour accélérer le montage. La façade est remplacée et la salle profondément remaniée.
La salle des Folies Bergère AVANT les travaux de 1926 © Fonds Édouard-Jean Niermans. Famille Niermans Cité de l’architecture et du patrimoine Archives d’architecture contemporaine. Côte SV-14-04-25-03.

La salle des Folies Bergère APRÈS les travaux de 1926 © Donation Marcel Bovis, Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, diffusion GrandPalaisRmn Photo
L’ensemble est repensé dans un style Art déco, caractérisé par des formes géométriques et des lignes épurées. Au centre de la nouvelle façade, toujours visible aujourd’hui, le sculpteur et décorateur Pico s’inspire de la danseuse et vedette de revue russe Lila Nikolska pour réaliser un imposant bas-relief, tandis que les travées latérales célèbrent le théâtre et la fête. La silhouette de la danseuse se retrouve sur le médaillon ajouré de la salle de spectacle.

La salle, vue de la scène, avec le médaillon faisant écho au bas-relief de la façade © Collection personnelle du Conseil de quartier
Dans le même temps, le jardin est couvert et le hall-promenoir est entièrement transformé. Les draperies disparaissent au profit de monumentales colonnes en béton brut qui encadrent l’escalier d’honneur.
C’est à cette époque que les Folies Bergère accueillent pour la première fois Joséphine Baker, la “Perle Noire”, qui danse dans une jupe-bananes pour l’hyper-revue « Un vent de folie ».

Affiche © Anonyme - libre de droits
Des évolutions nécessaires
Au fil du temps, la salle connaît d’autres modifications et modernisations. En 1930, le hall, la salle et surtout le promenoir voient leur aspect déformé par des ajouts de décoration. Le Grand Foyer, richement décoré en bleu et or, est orné de candélabres. Dans les années 1970, des décors de revues sont également laissés en place, participant à l’éclectisme du lieu.
Une partie des décors d’origine est conservée et reste en place aujourd’hui encore, notamment grâce à l’inscription partielle de l’établissement aux Monuments Historiques en 1990.

Le hall d’entrée, avec ses draperies dorées et l’escalier d’honneur encadré de colonnes monumentales. © Collection personnelle du Conseil de quartier
Pour faire face aux difficultés budgétaires, le groupe Lagardère, qui reprend la salle en 2011, ouvre largement la programmation (concerts, spectacles d’humoristes, comédies musicales…). La façade est rénovée en 2012 ; la feuille de cuivre utilisée pour le bas-relief est remplacée par de la feuille d’or.
[Ajout d'une photo avant cuivre/après or]
Toujours en activité, les Folies Bergère témoignent de plus de 150 ans d'évolutions architecturales au service de la scène parisienne.
⭐ Point d’intérêt annexe
En vous rendant vers la prochaine étape, ne ratez pas l’hôtel Bony. Sur la carte, repérez l’étoile le long de votre trajet, et touchez-la pour obtenir les informations sur ce point.
Le “14 Trévise” : foyer YMCA et théâtre Trévise
Un foyer moderne pour la jeunesse
En 1891, l'Union chrétienne des jeunes gens (UCJG), branche française des YMCA (Young Men's Christian Associations), décide de construire à Paris un foyer destiné à l'éducation physique, intellectuelle et morale de la jeunesse. L'association acquiert une vaste parcelle au 14 rue de Trévise, occupée par immeuble sur rue, avec cour et jardin, lance un concours d'architecture et fait appel à des souscripteurs du monde entier pour financer le projet.

Façade de l’immeuble après rénovation © Kapaa et DATA architectes
En s’appuyant sur les plans et propositions du lauréat Charles Schulé, l’architecte Émile Bénard – qui a collaboré avec Charles Garnier pour la construction de l’Opéra de Paris – imagine un bâtiment moderne, fonctionnel et hygiéniste, qui traduit les principes fondateurs des YMCA : l’épanouissement par le développement du corps et de l’esprit.
Vue sur les bâtiments en cœur de parcelle ; à gauche, les ateliers et salles de classe, au premier plan, la verrière du théâtre. © Stéphane Asseline, Région Île-de-France
Une architecture novatrice au service des usages
Le complexe est inauguré en 1893.
L’immeuble de 4 étages sur rue est conservé : accueillant un foyer d’hébergement, il garde son usage d’habitation. En le traversant, on accède aux nouveaux bâtiments, construits sur les terrains à l’arrière. Leur structure de fer, fonte et verre a permis de réduire le temps de chantier à seulement 11 mois, et de créer de vastes espaces modulables, dégagés de murs porteurs.

Coupe sur le complexe ; à gauche la piscine surmontée du théâtre, à droite le gymnase et sa mezzanine, sous les salles de classe. © Archives de Paris, VO11-C3687
Les étages accueillent des salles de cours, une bibliothèque, un restaurant coopératif, des salons et différents espaces de réunion, largement éclairés par de grandes baies. Au sous-sol, un gymnase est surmonté d'une piste de course en mezzanine, directement inspirés des modèles américains.
[Ajout d'une photo de la plaque]
C'est ici qu'est organisée, en 1893, la première rencontre de basket-ball disputée en Europe. Formé à Springfield auprès de James Naismith - inventeur de la discipline - le professeur de gymnastique de l'UCJG introduit ce nouveau sport en France, en organisant le premier tournoi hors États-Unis. Depuis l’incendie du terrain de Springfield, cette salle est la plus ancienne salle de basket conservée au monde.

Le terrain de basket et sa piste de course en mezzanine © Stéphane Asseline, Région Île-de-France
La salle est aussi utilisée pour d’autres activités telles que la gymnastique, comme en témoignent les agrès en bois d’origine, importés des États-Unis et toujours en place.

Le bassin de nage couvert © demander source/crédit
À proximité sont aménagés une piscine couverte (utilisée jusqu’en 1965), une piste d'escrime et un jeu de quilles. Grâce à des dalles de verre intégrées aux planchers supérieurs, ces espaces souterrains bénéficient d'un éclairage naturel indirect.
Une salle polyvalente devenue le théâtre Trévise

Vue de la salle polyvalente en 1898 © demander source/crédit
Dans le complexe est aménagée une vaste salle polyvalente. Composée d’une galerie au premier étage et couverte par une verrière portée par une charpente métallique, elle accueille à l’origine divers types de manifestations - conférences, récitals, cultes, ventes caritatives, réunions publiques, etc. - et abrite pendant un temps un orgue Cavaillé-Coll. Un système de toiles rétractables permet d'occulter la verrière lorsque les spectacles l'exigent.

La salle polyvalente avant 1945, avec l’orgue Cavaillé-Col © demander source/crédit
Au cours du XXᵉ siècle, cette salle connaît plusieurs évolutions : la scène est agrandie, un faux plafond et un fronton en staff sont installés, des décors sculptés sont ajoutés et les fauteuils remplacent les chaises mobiles. Devenue depuis 1992 un espace de formation de spectacle vivant puis un théâtre, la salle propose aujourd’hui une programmation de spectacles d’humour et jeune public.

Vue du théâtre Trévise en 2022 © Atelier KAPAA
Une rénovation d’ampleur
Inscrit au titre des monuments historiques en 1994, l'ensemble bénéficie à partir de 2018 d'une importante campagne de rénovation et de modernisation conduite par l’atelier Kapaa et DATA Architectes. Le projet suit l’esprit originel de porosité entre les programmes et améliore l’accessibilité : les espaces en sous-sol sont décloisonnés et vitrés, les circulations et accès sont repensés, un ascenseur est ajouté, les vitraux sont restaurés, l’ancienne piscine est transformée en salle de projection atypique…


Axonométries de l’ensemble, après travaux de rénovation © Kapaa ou DATA ?
Depuis 2021, une souscription est par ailleurs lancée afin de restaurer la salle de basket historique et son parquet, témoins uniques des débuts de ce sport en Europe.
Le centre est fermé jusqu’à la fin des travaux. Il peut généralement être visité à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine.
Conservatoire National d’Art Dramatique (CNAD)

Le CNAD © CAUE de Paris
Derrière cette sobre façade se loge une célèbre école de théâtre, héritière d'un ensemble exceptionnel, celui des Menus-Plaisirs du Roi, où étaient imaginés, préparés et répétés les spectacles de la Cour au XVIIIe siècle. Témoin de plus de deux siècles d’histoire des arts du spectacle, le Conservatoire national supérieur d’art dramatique est toujours en activité.
Le quartier des Menus-Plaisirs : les coulisses du pouvoir royal
À partir des années 1760, l'administration des Menus-Plaisirs du Roi s'installe dans un vaste quadrilatère compris entre les rues du Faubourg-Poissonnière, Bergère et Richer.

Plan des Menus-Plaisirs, 1836 - Paris qui disparaît / Les Menus Plaisirs du Roi © Ville de Paris / BHVP
Malgré son nom, cette administration ne se limite pas aux divertissements. Elle est chargée d'organiser les cérémonies royales, les fêtes, les opéras, les ballets et les grands événements de la monarchie. Le site réunit des ateliers, des magasins où sont conservés décors et machines de théâtre, ainsi qu'une salle de théâtre destinée aux répétitions.
Le quartier devient ainsi un véritable centre de production du spectacle, où artisans, décorateurs, machinistes, costumiers et musiciens travaillent à la mise en scène du pouvoir royal.

L’entrée des Menus Plaisirs, Faubourg Poissonnière, Paris qui disparaît - Les Menus Plaisirs du Roi © Ville de Paris / BHVP
Le Conservatoire s'installe dans les Menus-Plaisirs
En 1784, une partie des bâtiments est affectée à la nouvelle École royale de chant et de déclamation qui devient, après la Révolution, le Conservatoire de musique et de déclamation. L’institution est destinée à former musiciens, chanteurs et acteurs au sein d'un établissement unique.

Plan des espaces du conservatoire, dans le quartier des Menus Plaisirs © gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
En 1811, l'ancien théâtre des Menus-Plaisirs est jugé inadapté ; il est remplacé par une nouvelle salle dessinée par François-Jacques Delannoy.
Une salle emblématique du XIXe siècle
Conçue selon le modèle du théâtre à l’italienne, la salle accueille près de 430 places et s’organise en hémicycle précédé d'un vaste vestibule, la salle des Colonnes. Le bâtiment comprend également une bibliothèque, un pensionnat destiné aux élèves, qui sera maintenu jusqu'en 1870, et plusieurs espaces de répétition.

Salle de théâtre du conservatoire © Frank Bohdot
Le décor de la salle, inspiré de l’antiquité selon un style dit pompéien, mêle guirlandes, palmettes, feuillages et lyres. Des médaillons sur les balcons rendent hommage aux grandes figures du théâtre (premier niveau) et de la composition musicale (second niveau). Il est réalisé en 1828 par les peintres Alexis-Joseph Mazerolles et Charles Chauvin.
[photo d’un détail du décor de la salle OU de la salle des colonnes]
Cette salle devient rapidement l'un des hauts lieux de la vie musicale parisienne. Les œuvres de Beethoven y sont jouées pour la première fois en France. Berlioz y crée la Symphonie fantastique en 1830, Chopin et Liszt s'y produisent.
Le bâtiment se transforme, la vocation demeure
L'ensemble est régulièrement transformé pour accompagner l'évolution de l'institution.

Ancienne entrée du conservatoire, rue du Faubourg-Poissonnière, vers 1900 - Paris qui disparaît / Les Menus Plaisirs du Roi © Ville de Paris / BHVP
Le percement de la rue du Conservatoire en 1853 entraîne une recomposition des bâtiments. Une partie des anciens Menus-Plaisirs disparaît, et l'architecte Janniard construit les façades actuelles. Une longue et austère façade imite un style néoclassique le long de la rue du Conservatoire. Face à l’église Saint-Eugène Sainte-Cécile, un pignon crénelé est orné de masques et de lyres sculptés.

Le pignon crénelé et ses ornements © CAUE de Paris
À l'intérieur subsistent plusieurs espaces remarquables, en particulier l'ancien bureau d'Hector Berlioz, ou encore l'ancienne bibliothèque, devenue salle de répétition Louis-Jouvet.
La salle Louis-Jouvet a conservé ses boiseries et sa charpente peinte © gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France
Un ensemble préservé et protégé
En 1910, le Conservatoire de musique quitte les lieux, trop vétustes, pour s'installer rue de Madrid et en 1946, seul le Conservatoire national d'art dramatique se réinstalle dans les locaux qui renouent avec leur fonction historique de formation des artistes.
Au cours des dernières décennies, plusieurs campagnes de restauration ont permis de préserver la salle de spectacle et les principaux espaces historiques. Après la salle de spectacle, protégée depuis 1921, l'ensemble du bâtiment est classé au titre des monuments historiques en 2024.
⭐ Point d’intérêt annexe
En vous rendant vers la prochaine étape, ne ratez pas le Grand Rex. Sur la carte, repérez l’étoile le long de votre trajet, et touchez-la pour obtenir les informations sur ce point.
Le cinéma Max Linder Panorama et le théâtre des Nouveautés
L’immeuble du 24, boulevard Poissonnière a la particularité d’abriter deux salles de spectacle superposées, comme en témoignent leurs deux entrées adjacentes. Au rez-de-chaussée et dans les étages se trouve le cinéma Max Linder Panorama ; dans les sous-sols se niche le théâtre des Nouveautés. Cette organisation, indécelable depuis la rue, constitue un cas singulier dans le paysage des salles de spectacle parisiennes.

Les entrées contigues des deux salles de spectacle © CAUE de Paris
L'immeuble est construit en 1792. Sa façade, organisée en six travées, est caractéristique des immeubles de rapport de la fin du XVIIIᵉ siècle, avec sa porte monumentale ornée de bossages (reliefs arrondis).
Un immeuble du XVIIIᵉ siècle devenu palais du cinéma
Un cinéma ouvre ses portes à cet emplacement en 1912, sous le nom de Kosmorama. Cette salle élégante, d’environ 500 places, projette des films à grand spectacle en exclusivité. Elle devient l’année suivante une salle d’actualités sous le nom de “Pathé Journal”. En 1914, Max Linder, véritable star du cinéma muet, reprend l’établissement et lui donne son nom, avant de le céder en 1918.

Coupe du cinéma Max Linder en 1917, avant la restructuration et la création d’un second balcon dans la salle © Fonds Bétons armés Hennebique (BAH) : bureau technique central - Cité de l’architecture et du patrimoine - Archives d’architecture contemporaine. Côte AR-01-03-12-03
Le Max Linder fait l’objet de travaux de grande ampleur en 1984, confiés à l’architecte Georges Peynet et destinés à redynamiser son activité. La salle est entièrement restructurée : elle est dotée d’un immense écran panoramique de plus de 100 m², et ses 560 places sont réparties sur trois niveaux : orchestre, mezzanine et balcon.

Vue de la salle du Max Linder Panorama, avec ses deux balcons et son habillage noir. © CAUE de Paris
Le Max Linder Panorama est aujourd’hui la dernière salle mono-écran panoramique de Paris. La mezzanine offre des conditions de projection particulièrement recherchées et en fait l'une des plus prestigieuses salles parisiennes pour les avant-premières. Francis Ford Coppola, David Lynch ou encore James Gray y ont notamment présenté leurs films.
Sous le cinéma, le théâtre
Au sous-sol, le théâtre des Nouveautés, installé ici en 1921, est le quatrième établissement à porter ce nom. Les trois précédents avaient successivement occupé le passage Feydeau, le faubourg Saint-Martin puis le boulevard des Italiens, avant d'être détruits ou déplacés.

L’état du théâtre des Nouveautés de la rue du Faubourg Saint-Martin après l’incendie qui l’a ravagé. © Ville de Paris / BHVP
L'architecte Adolphe Thiers, par ailleurs chargé de la reconstruction du Moulin Rouge après son incendie, relève un défi peu commun : construire un théâtre en sous-sol, faute de place, directement sous le parterre du cinéma. La salle de 500 places repose sur une dalle de béton armé prenant appui sur les piliers existants de l'immeuble pour ne pas déstabiliser l’ensemble.

Coupe du 24, boulevard Poissonnière, avec le cinéma Max Linder au niveau du rez-de-chaussée et le théâtre des Nouveautés en-dessous. © Archives de Paris, 1590W 221.
Cette implantation renouvelle l'expérience du spectateur : au lieu de monter vers la salle, comme dans la plupart des théâtres, il descend plusieurs niveaux. Cette disposition contribue à créer un espace plus intime, tout en maintenant un vaste plateau de scène et des espaces de circulation confortables.

Vue de la salle de théâtre © Stéphane Asseline, Région Île-de-France
Malgré les contraintes imposées par l’implantation souterraine, le théâtre bénéficie d'un décor soigné. Les murs sont ornés de frises inspirées de l'Antiquité, dans des couleurs rouge et or qui rappellent les décors des villas romaines. Le plafond imite un velum circulaire, grande toile qui protégeait autrefois les spectateurs des théâtres antiques.

Détail d’une frise décorative © Stéphane Asseline, Région Île-de-France
Ces décors, largement conservés, témoignent d'une période de transition entre le classicisme décoratif et les premiers développements de l'Art déco.

Vue vers la scène © Stéphane Asseline, Région Île-de-France
Le théâtre reste aujourd'hui fidèle à sa vocation d'origine en accueillant principalement des comédies et des pièces de boulevard.
Les Grands Boulevards cinéphiles
Le 24 boulevard Poissonnière illustre l'évolution des lieux de spectacle au XXᵉ siècle. Le théâtre des Nouveautés prolonge la tradition des théâtres de boulevard, tandis que le Max Linder accompagne l'essor du cinéma. Quelques centaines de mètres plus à l'est, le Rex, inauguré en 1932, prolonge cette histoire avec l'apparition des grands « palais du cinéma ». Ces établissements témoignent de la place qu'occupent les Grands Boulevards dans le développement du spectacle parisien.

Le Grand Rex, au 1 Bd Poissonnière © CAUE de Paris
Le Palace
Derrière la façade du 8, rue du Faubourg-Montmartre se cache un lieu à l’histoire mouvementée, qui a changé plusieurs fois de nom, de fonction et d’apparence, sans jamais quitter le monde du divertissement : le Palace a traversé la nuit parisienne en empruntant la forme du music-hall, du cinéma, du théâtre…

La façade du Palace en 1923 © LIP - domaine public
Un cinéma devenu music-hall
L’histoire du bâtiment commence en 1912, lorsque Léon Meister fait construire à cet emplacement une salle de cinéma, nommée l’Empire. En 1921, le célèbre producteur de spectacles Léon Volterra rachète l’établissement qu’il renomme “Eden”. Sous sa houlette, Marcel Oudin (architecte notamment du Casino de Paris) le transforme en vaste music-hall, dont la salle en béton armé offre 1500 places.

La signature des principaux architectes est gravée dans une paroi de la salle. © Stéphane Asseline, Région Île-de-France
Le lieu est cédé deux ans plus tard et prend le nom de Palace. L’espace est intégralement réaménagé par l’architecte Charles Rabussier qui imagine un décor raffiné, fruit d’une synthèse entre Art nouveau (motifs courbes, végétaux) et Art déco (lignes épurées, géométriques).

Vue de la salle depuis la scène, 2018 © Stéphane Asseline, Région Île-de-France
Dans la salle, il crée un grand promenoir et un grand balcon aux formes chantournées, dont l’alternance d’angles et de courbes donne à la salle une allure théâtrale.

Le balcon aux formes chantournées, 2018 © Stéphane Asseline, Région Île-de-France
Ce balcon constitue l’un des éléments les plus remarquables du lieu. Ses guirlandes de roses et son inspiration baroque contrastent avec la géométrie de l’Art déco.

Détail des roses sculptées sur le balcon, 2018 © Stéphane Asseline, Région Île-de-France
Plus haut, une longue frise représente un cortège de danseuses et d’enfants, inspiré des bacchanales antiques. Son style mêle les dernières influences de l’Art nouveau à l’élégance décorative des années 1920.

Vue globale et détail de la frise au-dessus de la scène, 2018 © Stéphane Asseline, Région Île-de-France
Le soin apporté à l’ornementation se niche également dans les détails : les poignées de porte, les bouches d’aération et les ferronneries ont été dessinées comme de véritables éléments décoratifs.

Détail des poignées de porte en ferronnerie, 2018 © Stéphane Asseline, Région Île-de-France
Dans les espaces de circulation, les mosaïques de céramique prolongent cette recherche esthétique. Elles accompagnent le parcours des spectateurs depuis le vestibule jusqu’aux foyers et au dancing installé au sous-sol dès les années 1920.

Détail d’une mosaïque en queue de paon © Stéphane Asseline, Région Île-de-France
La salle et ses décors sont classés à l’inventaire des monuments historiques depuis 1976.
Pendant les Années folles, le Palace devient un lieu très populaire, où les artistes se produisent devant un public nombreux.
Cette réussite est assombrie par un événement resté célèbre : en 1933, l’un des deux gérants, Oscar Dufrenne, est retrouvé assassiné dans l’établissement ; l’affaire ne sera jamais élucidée.
Après cet événement, et pendant plusieurs décennies, le bâtiment alterne entre salle de music-hall, de cinéma et de théâtre. Ces transformations successives modifient profondément la salle et changent la physionomie de l’espace.
La réinvention du Palace
Dans les années 70, Fabrice Emaer reprend l’établissement et entreprend des travaux pour le transformer en boîte disco. Les travaux sont confiés aux architectes Vincent Barré et Patrick Berger (Canopée des Halles, piscine Alfred Nakache).

Vue de la salle du Palace dans les années 70-80 © Le Palace, Remember
À cette occasion, de nombreux éléments du décor originel des années 20, qui avaient été masqués, sont révélés et restaurés. Les fauteuils et le sol en pente douce disparaissent, des estrades sont installées et des jeux de lumière envahissent la salle. Le sous-sol, ancien foyer du théâtre, connaît également une nouvelle vie : il abrite alors le Privilège, un restaurant dansant réservé à une clientèle choisie. Sa salle est ornée de décors qui jouent avec les draperies, les références mythologiques et les ambiances théâtrales. L’entrée se faisait de manière séparée, par la cité Bergère.

Le Privilège en cours d’aménagement © Le Palace, Remember
Jusqu’à la fin des années 80, le Palace est un haut lieu de fête, fréquenté par le Tout-Paris et accueillant des artistes iconiques (Gainsbourg, Prince…).
Un patrimoine toujours en mouvement
Cette période de faste laisse peu à peu place à un nouveau déclin, assorti de plusieurs changements de propriétaires. Laissée à l’abandon pendant près de 10 ans, la salle est restaurée pour accueillir des concerts et spectacles au début des années 2000. Elle ferme à nouveau en 2023.

Plan et coupe de la salle © Patrick Berger
Fermé depuis 2023, l’établissement a été repris et fait aujourd’hui l’objet d’une nouvelle rénovation, confiée au décorateur Jacques Garcia. Il a pour mission de “redonner à la salle son aura d’antan [...]. Il y aura des tentures, des luminaires, des couleurs flamboyantes et [...] une scénographie mêlant photos, objets et vidéos pour replonger dans son histoire.”
La réouverture du Palace est prévue pour fin 2026 - début 2027. La salle accueillera de nouveau des concerts et autres spectacles.
⭐ Point d’intérêt annexe En vous rendant vers la prochaine étape, ne ratez pas le Bouillon Chartier. Sur la carte, repérez l’étoile le long de votre trajet, et touchez-la pour obtenir les informations sur ce point.
Musée Grévin
Créé en 1882, le musée Grévin ne se limite pas à ses célèbres personnages de cire. Dès son origine, il réunit arts décoratifs, innovations techniques et spectacles, faisant de l’établissement un laboratoire où se croisent théâtre, magie, premiers dessins animés et cinéma.

La façade du musée © CAUE de Paris
Un musée destiné à mettre l'actualité en scène
En 1882, Arthur Meyer, fondateur du journal Le Gaulois, inaugure boulevard Montmartre un musée privé de figures de cire. À une époque où la photographie est encore absente de la presse, il souhaite créer un véritable « Journal vivant », permettant au public de découvrir en trois dimensions les personnalités et les grands événements de l'actualité. Il confie cette mission au caricaturiste Alfred Grévin, sculpteur et créateur de costumes de théâtre, qui réalise les premières figures avant de se retirer rapidement du projet, tout en laissant son nom au musée.

Le musée juste avant son ouverture en 1882 © Ville de Paris / BHVP
Rapidement, l’ambition pédagogique du musée entraîne son succès : il présente aussi bien des personnalités politiques que des artistes ou des scènes historiques reconstituées, proposant au visiteur un parcours où information, mise en scène et spectacle sont étroitement liés.
Une architecture au service du spectacle
Conçu par l'architecte Eugène-Émile Esnault-Pelterie - dont c’est l’unique réalisation notable -, l'établissement s'organise dès l'origine comme un véritable parcours scénographique. En entrant, les visiteurs découvrent une succession de salles richement décorées où alternent surprises, changements d'échelle et jeux de perspective.

La salle de la Coupole, son décor et ses statues, en 2026 © Collection personnelle du Conseil de quartier
La salle des Colonnes et la salle de la Coupole, inspirées du rococo vénitien, déploient un décor foisonnant de mosaïques, boiseries, stucs et dorures, renforcé par les effets de miroirs et le damier noir et blanc du sol. Le marbre et le palissandre (bois exotique) soulignent la monumentalité de l'escalier Belle Époque, toujours conservé aujourd'hui.

L’escalier monumental © CAUE de Paris
En 1932, le propriétaire confie à Albert Chartier, alors sculpteur du musée, le soin de créer un porche d’entrée. Celui-ci réalise alors la devanture dans le style Art déco sur le boulevard Montmartre.
Des premiers dessins animés au cinématographe
Dès 1883, l'administrateur Gabriel Thomas enrichit l'offre du musée en créant le Cabinet fantastique, consacré aux expériences scientifiques, à la magie et aux procédés d'illusion. On y présente aussi bien les trucages des illusionnistes que les inventions les plus récentes, comme le phonographe d’Edison ou les rayons X.

Affiche du Cabinet Fantastique © Ville de Paris / BHVP
En 1892, Émile Reynaud y installe son Théâtre optique, premier système de projection de dessins animés de l'histoire, avant même la naissance officielle du cinéma en décembre 1895. Dessinées et peintes à la main, ses Pantomimes lumineuses attirent plus de 500 000 spectateurs jusqu'en 1900.

Affiche dessinée par Jules Chéret en 1892 © Ville de Paris / Bibl. Forney

Plaque commémorative © Collection personnelle du Conseil de quartier
Le musée cherche ensuite à adapter son « Journal vivant » aux nouvelles techniques de projection. À partir de 1899, des actualités filmées sont présentées dans le cadre des spectacles de Reynaud ; les funérailles du président Félix Faure sont ainsi projetées durant plusieurs mois. En 1901, ces séances deviennent un spectacle autonome sous le nom de Journal lumineux, installé dans une salle de 130 places aménagée au sous-sol. Malgré un premier succès, l'expérience décline rapidement face à la multiplication des salles de cinéma spécialisées dans les actualités.
En 1916, un projet de transformation du rez-de-chaussée en cinéma est refusé par le service des Architectes de la préfecture de police pour des raisons de sécurité (étroitesse des sorties côté passage Jouffroy). Les projections cessent définitivement en 1917.

Vue d’ensemble du théâtre © CAUE de Paris
Théâtre, magie et illusions
Parallèlement, le musée poursuit le développement de ses autres attractions.
Le Cabinet fantastique est transformé en 1901 en un théâtre à l'italienne de 300 places, baptisé Joli-Théâtre, devenu aujourd'hui le Théâtre Grévin. Son décor est enrichi d'un bas-relief d'Antoine Bourdelle, Les Nuées, ainsi que d'un rideau de scène peint par Jules Chéret, dont une copie est visible dans le passage Jouffroy.
Le théâtre et ses décors sont inscrits au titre des monuments historiques en 1964.

Vue d’ensemble du théâtre © CAUE de Paris

Détail du rideau de scène de Jules Chéret © CAUE de Paris
En 1907 est inauguré le Palais des Mirages, reproduction du Palais des illusions conçu par Eugène Hénard pour l'Exposition universelle de 1900. Cette salle associe miroirs pivotants, jeux optiques et près de 2 500 lampes pour plonger les visiteurs dans un univers kaléidoscopique et féerique et demeure aujourd'hui l'une des attractions emblématiques du musée.

Le Palais des Mirages en 2026 © Collection personnelle du Conseil de quartier
Un patrimoine vivant
Depuis plus de 140 ans, le musée Grévin n'a cessé d'évoluer. Plus de 200 personnages de cire, régulièrement renouvelés, accueillent aujourd'hui un large public dans un parcours devenu plus interactif et familial. Les ateliers du musée perpétuent les techniques de modelage, de moulage et de polychromie qui font la renommée de l'établissement depuis sa création.
Le passage Jouffroy et la salle Rossini
Inauguré en 1847, le passage Jouffroy est l'un des plus remarquables passages couverts parisiens. Conçu comme un lieu de promenade et de commerce, il accueille très tôt cafés, salles de spectacle et curiosités. Son architecture innovante en fait également un jalon important de l'histoire de la construction métallique.

Vue du passage © CAUE de Paris
Un nouveau type d'espace urbain
Apparus à la fin du XVIIIᵉ siècle dans un contexte de spéculation immobilière, les passages couverts sont les ancêtres des grands magasins. Ces nouveaux lieux de flânerie et de consommation, protégés des intempéries et de la circulation, constituent des espaces privés ouverts au public, directement connectés aux Grands Boulevards. Le passage Jouffroy doit son nom au comte Félix de Jouffroy-Gonsans, président de la société qui en assure la réalisation ; son voisin, le passage Verdeau, porte celui d'un autre actionnaire de l'opération.

Le boulevard Montmartre, au niveau de l’entrée du passage, en 1871 © Ville de Paris / BHVP
Le passage est aménagé sur trois parcelles distinctes, notamment sur une partie des jardins de l’ancien hôtel d’Augny (aujourd'hui occupé par la mairie du 9ᵉ arrondissement). Pour répondre à cette implantation complexe, les architectes François-Hippolyte Destailleur et Romain de Bourges intègrent un décroché dans le tracé du passage ; un escalier central articule les deux segments et rattrape la déclinaison du terrain.
[insertion d'un visuel expliquant l'imbrication des espaces]
Situé dans le prolongement du passage des Panoramas, il bénéficie dès son ouverture d'une fréquentation exceptionnelle.

Vue du passage en 1919 © Charles Lansiaux / DHAAP
Une architecture résolument moderne
Premier passage couvert parisien construit en fer et en verre, il abandonne la structure traditionnelle en bois au profit d'une ossature métallique. Les colonnes en fonte portent les planchers, tandis que la verrière autoportante, dessinée en « arêtes de poisson », diffuse une lumière zénithale sur toute la galerie.
Vue vers les devantures en boiseries décoratives et la structure de la verrière © CAUE de Paris
Autre innovation remarquable : le passage est le premier à être équipé d'un chauffage par le sol. Les grilles de ventilation intégrées au dallage sont encore visibles. Elles témoignent du confort recherché dans ces nouvelles promenades couvertes.
Une grille de ventilation au sol. © CAUE de Paris
Au niveau de l'hôtel Chopin, un bas-relief d’Alexandre Barbieri, sculpteur travaillant pour le compte du musée à partir de 1955, surmonte la sortie du musée Grévin. Représentant plusieurs grandes figures importantes de l'histoire, il constitue l'un des rares décors monumentaux intégrés au passage au XXᵉ siècle.

L’escalier au centre du passage, avec l’ancienne sortie du musée Grévin et son bas-relief. De haut en bas et de gauche à droite sont représentés Louis XI, Charlemagne, François Ier, Jeanne d’Arc, Henri IV, Louis XIV, Richelieu, Joséphine de Bauharnais, Napoléon Bonaparte, Mozart. © CAUE de Paris
Une galerie animée par le spectacle
Très fréquenté dès son ouverture, le passage accueille rapidement de nombreuses boutiques ainsi que plusieurs établissements liés au spectacle et au divertissement.

L’Estaminet lyrique, vers 1850 © Ville de Paris / BHVP
En 1848 ouvre l'Estaminet Lyrique, l'un des premiers cafés chantants de Paris. La salle de danse et de chahut Le Bal Montmartre s’y établit également, remplacée par un théâtre de marionnettes puis par une salle de spectacles de chant et de magie. Quelques années plus tard, le Théâtre Séraphin y présente des spectacles d'ombres chinoises et de silhouettes. Il est agrandi, devient en 1870 le Théâtre miniature, puis en 1895 le Petit Casino, café-concert particulièrement apprécié à la Belle Époque.

La façade du Petit Casino (1895-1948), photographié avant 1901 © Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris
De L'Astor à la salle Rossini
En 1950, l'ancien Petit Casino est remplacé par le cinéma L'Astor, salle de 750 places exploitée par l'actrice Junie Astor. Le cinéma apparaît notamment dans Les 400 Coups de François Truffaut, témoignage de son inscription dans la vie culturelle parisienne.

La salle Rossini (façade blanche) et le passage Jouffroy (fenêtres à petits carreaux), vus depuis la mairie © Mairie du 9e
Au début des années 1970, la Ville de Paris acquiert l'établissement afin de l'intégrer à l'hôtel d'Augny, devenu mairie du 9ᵉ arrondissement. La salle est transformée par l'architecte Jean-Jacques Fernier en salle des fêtes modulable, inaugurée en 1972 sous le nom de salle Rossini, en hommage au compositeur qui séjourna autrefois à proximité.

Vue de la salle Rossini © Mairie du 9e
Le rideau de scène ouvragé, réalisé en laiton par le sculpteur Pierre Sabatier, est particulièrement remarquable. Un rail, aujourd’hui supprimé, lui permettait autrefois de coulisser.

Détail du rideau en laiton © Mairie du 9e
Toujours en activité, la salle Rossini accueille aujourd'hui concerts, conférences, projections et manifestations culturelles, à l’occasion des événements organisés par la mairie. L’accès se fait par le jardin situé à l'arrière de la mairie.

Le jardin de la mairie, avec le bâtiment abritant les salons Aguado à gauche, et celui de la salle Rossini à droite © Mairie du 9e
Inscrit au titre des Monuments historiques depuis 1974, le passage Jouffroy bénéficie d'une protection qui accompagne les restaurations menées ces dernières décennies. Propriété de l'Immobilière Dassault, il conserve aujourd'hui son rôle de galerie commerçante et de promenade, tout en abritant le musée Grévin et plusieurs établissements emblématiques du quartier.
⭐ Point d’intérêt annexe En vous rendant vers les prochaines étapes, ne ratez pas l’hôtel d’Augny et le passage Verdeau. Sur la carte, repérez les étoiles le long de votre trajet, et touchez-les pour obtenir les informations sur ces points.
L'ancien Golf Drouot

© CAUE de Paris
À cette adresse aujourd’hui occupée par des bureaux et une enseigne de restauration rapide, se nichait le Golf Drouot, célèbre club rock qui a vu émerger de nombreuses vedettes françaises. Il se situait au premier étage de cet imposant immeuble en pierre de taille. Aujourd’hui fermée, l’ancienne entrée de la discothèque est signalée par une plaque commémorative.

Plaque indiquant l’entrée du Golf Drouot © CAUE de Paris
Henri Blondel, le favori d’Haussmann
Le nom de l'architecte de l’immeuble est aujourd’hui inconnu du public, pourtant Henri Blondel a très largement contribué à la transformation de Paris au XIXe siècle. Proche du préfet Haussmann, il est chargé pendant le Second Empire du percement de nombreuses voies, telles que le boulevard de Sébastopol et la rue de Turbigo, et de la construction de multiples immeubles.
Sa contribution au paysage parisien se poursuit après la chute d’Haussmann ; au total, on dénombre plus de 200 réalisations de cet architecte-entrepreneur (Bourse du commerce, magasin “la Belle Jardinière” devenu le siège social de Louis Vuitton sur le quai de la Mégisserie…).

La Belle Jardinière, construction d’Henri Blondel, et la Samaritaine sur le quai de la Mégisserie en 1950 © DHAAP
Construit en 1885, l’immeuble à l’angle du boulevard Montmartre et de la rue Drouot s’inscrit dans un style post-haussmannien : libérées des règles de sobriété en vigueur pendant le Second Empire, les façades des immeubles construits à cette période sont plus riches et personnalisées. Ici, l’angle Montmartre-Drouot est aménagé en rotonde, ornée de décors finement sculptés, comme le reste des façades notamment dans les étages élevés.

La rotonde marquant l’angle est ornée de décors sculptés sur ses derniers niveaux © CAUE de Paris
Les parcours 9 trous devenus “Temple du rock”
Au début des années 1950, la rotonde à l’angle de l’immeuble marque l’entrée du Café d’Angleterre, une brasserie installée au rez-de-chaussée.L’étage accueille un mini-golf. Le barman Henri Leproux a l'idée d'y installer un juke-box qui diffuse de la musique américaine (Elvis Presley, Jerry Lee Lewis...), afin d'attirer la jeunesse qui cherche désespérément des lieux pour s'amuser dans le Paris d'après-guerre : il change ainsi le destin de l’établissement. L’entrée ne coûte qu’un franc. On y danse plus qu’on ne joue au golf.

Affichette du golf Drouot © Ville de Paris / BHVP
“ Son enseigne rouge brille au-dessus du boulevard Montmartre, avec une flèche de néon qui guide le long de la façade jusqu’au 2, rue Drouot. Derrière une porte à double battant, un escalier de quarante marches dont tout un mur est couvert de miroirs. Il mène à un ‘premier étage’ qui est à hauteur du deuxième.
En haut des marches, on tourne à gauche et on entre dans une salle avec un bar à droite, après lequel s’ouvre une longue salle (la future “salle des slows”). Du côté droit du palier, c’est le minigolf, auquel on accède en descendant deux petites marches [...].
La forme de la grande salle est compliquée par l’angle arrondi en forme de tourelle [...]. À l’intérieur, la vue est gênée par deux piliers qui compensent l’absence de murs dans cette pièce [...]. ”
Extrait de : DICALE Bertrand, Golf Drouot : 25 ans de rock en France, Gründ, Paris, 2019, p.11

Devanture du Golf en 1967 (photo de la page 19) © Photothèque Rancurel
En 1961, le Golf devient la première discothèque rock de Paris. Le juke-box laisse peu à peu la place aux jeunes artistes qui se produisent en live. Une scène est construite en 1962 par-dessus le parcours de golf pour améliorer les conditions d’accueil des groupes.
Réputée pour son “Tremplin” du vendredi soir, radio-crochet permettant la découverte de jeunes talents, la scène du Golf Drouot reçoit de grands noms de la musique française et anglophone (les yéyés Johnny Hallyday et Françoise Hardy, qui sont nés et ont grandi dans le 9ᵉ, Eddy Mitchell et Jacques Dutronc, mais aussi Téléphone, The Who, ou encore David Bowie).

The Who sur la scène du Golf, le 2 juin 1965 © Photothèque Rancurel
Alors que les scènes de musique se multiplient et que la chaîne hi-fi envahit le marché, le club est contraint de fermer définitivement ses portes en 1981, en raison d’une irrégularité de licence de débit de boisson. Aujourd’hui, rien ne subsiste du Golf Drouot, hormis la plaque commémorative posée en 2014, qui rappelle la présence de ce haut lieu de la jeunesse rock et parisienne.

La devanture du Café d’Angleterre, surmontée de l’enseigne en néon “Golf Drouot” © Photothèque Rancurel.
⭐ Point d’intérêt annexe En vous rendant vers la prochaine étape, ne ratez pas le Petit Riche. Sur la carte, repérez l’étoile le long de votre trajet, et touchez-la pour obtenir les informations sur ce point.
Hôtel Cromot du Bourg et cour Cadet

Porche d’entrée ; l’enseigne de la société Chevojon, spécialisée dans la reproduction d'œuvres d'art et installée ici au XIXe siècle, orne toujours la façade © CAUE de Paris
Au-delà du porche se cache l'un des plus remarquables hôtels particuliers du quartier. Depuis près de trois siècles, l'hôtel Cromot du Bourg a connu des usages très variés – demeure aristocratique, salons de musique, atelier de photographie ou encore bureaux – tout en conservant une grande partie de son architecture du XVIIIe siècle.

Vue générale de l’hôtel Cromot du Bourg aujourd’hui, avec l’aile principale de l’hôtel à droite. © CAUE de Paris
Un hôtel particulier du XVIIIᵉ siècle
Construit en 1735, le plan de la première maison suit les caractéristiques des hôtels particuliers parisiens du XVIIIᵉ siècle : un corps de logis principal, élevé sur trois niveaux, est implanté perpendiculairement à la rue.
L'édifice est agrandi à partir de 1762 pour Jules-David Cromot, baron du Bourg. L'architecte Jean-François-Thérèse Chalgrin, qui construira plus tard l'Arc de Triomphe, double le corps de logis et crée de somptueux salons décorés dans le goût néoclassique. Boiseries, cheminées, dessus-de-porte et décors sculptés constituent aujourd'hui encore le principal intérêt patrimonial de l'hôtel, protégé au titre des Monuments historiques depuis 1987.

Vue du grand salon et de ses décors en 1919 © Charles Lansiaux / DHAAP
Les salons Pleyel, au cœur de la vie musicale parisienne
Après la Révolution, l'hôtel perd sa vocation résidentielle. Divisé entre plusieurs propriétaires, il accueille des activités parfois inattendues, notamment celui d'entrepôt à farine.
En 1827, le facteur de pianos Ignace Pleyel y installe sa manufacture et ses salons de concert. Le 31 janvier 1830, ceux-ci sont inaugurés par un premier concert public. Quelques années plus tard, Frédéric Chopin y donne son premier concert parisien avant d'y revenir avec Franz Liszt et d'autres grands musiciens. Pendant une dizaine d'années, l'hôtel Cromot du Bourg devient l'un des hauts lieux de la vie musicale parisienne.
Affiche pour un concert de Chopin dans les salons Pleyel de la rue Cadet © inconnu
Les métamorphoses d'un hôtel parisien
Lorsque les salons Pleyel déménagent rue de Rochechouart à la fin des années 1830, le bâtiment entame une nouvelle vie. L’aile sur cour est surélevée en 1865 d’une verrière. Le lieu est occupé par la société Chevojon, un studio photographique spécialisé dans la reproduction d'œuvres d'art (dont l’enseigne “Photo industrielle” décore toujours le porche d’entrée), puis par diverses institutions et associations.
Plus tard, une partie de la prestigieuse collection d'art de la famille Dutuit y est conservée avant d'être léguée au Petit Palais. Le Syndicat des négociants en perles et pierres précieuses y installe son siège pendant une grande partie du XXᵉ siècle.

Façade de la Halle Jourdain aujourd’hui © CAUE de Paris
En 1881, un petit ensemble industriel est construit au fond de la parcelle par Frantz Jourdain, futur architecte de la Samaritaine, pour le compte de l'Imprimerie nouvelle. Il est composé d'un bâtiment en brique et d'une halle (dite Halle Jourdain), qui se distingue par sa charpente métallique de type Polonceau. Mise au point au XIXᵉ siècle, cette structure associe légèreté et grande portée, permettant de dégager un vaste espace sans poteaux, particulièrement adapté aux activités industrielles.

L’ancienne halle d’imprimerie et sa charpente métallique aujourd’hui © CAUE de Paris
Un patrimoine restauré, tourné vers la création
Un vaste chantier mené de 2015 à 2018 permet de restaurer et de réhabiliter l'ensemble.

Les salons de l’hôtel particulier rénovés © CAUE de Paris
Les décors historiques de l’hôtel particulier sont restaurés, des logements sociaux sont aménagés dans les étages, tandis que les anciens salons retrouvent une vocation créative en accueillant une agence de prospective.

Les salons de l’hôtel particulier rénovés © CAUE de Paris
Dans la cour, le bâtiment de l’ancienne imprimerie est également restauré et devient un lieu culturel à destination des artistes du spectacle vivant. Une nouvelle "Maison d'artistes et de production" met à disposition des professionnels du spectacle vivant des bureaux, espaces partagés, studios de répétition. L'espace accueille également, en dehors du temps de travail, des événements culturels, répétitions des élèves du conservatoire municipal, cours de pratiques artistiques...
Le jardin public Cromot du Bourg - Cour Cadet, aménagé dans la cour extérieure, ouvre ses portes en 2019. Il est désormais possible de profiter de cet écrin, témoin de plusieurs siècles d’architecture.
Activités annexes
Accéder au parcours
Bus
Petites Écuries (39)
Paradis (39)
Hauteville (32)
Square Montholon (26, 32, 43, 45)
Poissonnière - Bonne Nouvelle (20)
Vélib'
Station n°10005 (Petites Ecuries - Faubourg Poissonnière)
Station n°9113 (Bleue - Trévise)
Métro
Poissonnière (7)
Bonne Nouvelle (8, 9)


