Pigalle-Martyrs, sur les pas des personnes illustres du 19ᵉs
9ᵉ arrondissement






Découvrez le quartier Pigalle-Martyrs dans le 9ᵉ arrondissement, repère culturel, artistique et social dès le XIXᵉ siècle.
La distinction entre la Nouvelle Athènes et le quartier Saint-Georges tient moins à des frontières précises qu’à une succession de lotissements autorisés dans les années 1820. Dès 1819, le financier Adolphe Lapeyrière viabilise les terrains autour de la rue de la Tour-des-Dames, entre les rues Blanche, Saint-Lazare et La Rochefoucauld. Ce premier noyau, bientôt nommé « Nouvelle Athènes » (1823), affirme une identité néoclassique et une forte ambition culturelle.
La même année, un nouvel arrêté permet l’extension vers l’est et le nord, menée notamment par André Dosne autour de la future place Saint-Georges et des anciens jardins de Ruggieri et Tivoli. Ce second développement structure un réseau de rues plus ample, renforcé après 1824 avec l’ouverture de la place et de ses voies rayonnantes.
D’abord distincts, ces ensembles deviennent rapidement contigus, puis indissociables à mesure que l’urbanisation s’intensifie. Dès la fin des années 1820, artistes et élites de la nouvelle bourgeoisie s’y installent, effaçant les limites initiales : « Nouvelle Athènes » et « Saint-Georges » finissent par se superposer en un même paysage urbain.
Le quartier s’impose comme un pôle culturel majeur, attirant toutes les grandes figures artistiques et littéraires. Cafés, brasseries, ateliers, théâtres, cénacles, salons et plus tard galeries deviennent des lieux d’échanges où se forge l’identité de l’un des quartiers les plus influents du Paris du XIXᵉ siècle.

Ce parcours a été réalisé en partenariat avec le conseil de quartier Pigalle-Martyrs de la mairie du 9ᵉ arrondissement.
Ressources
- La place Saint-Georges et son quartier : 9ᵉ arrondissement, Alexandre Gady, Paris musées, 2003
- Le guide du promeneur, 9ᵉ arrondissement, Maryse Goldemberg, Parigramme, 1997
- Vie et histoire IXᵉ arrondissement, Jocelyne Van Deputte, Jean Colson, Hervas, 1986
- Le neuvième, une histoire parisienne, Mairie du 9ᵉ arrondissement, 9ᵉ Histoire, Tallandier, 2022
- Portraits de places à Paris, Attila Batar, Le carré bleu, 2021
- Paris secret et insolite, Rodolphe Trouilleux, Jacques Lebar, Parigramme, 2003
- Flânerie dans le 9ᵉ, guide des quartiers Blanche-Trinité et Pigalle-Martyrs, Mairie du 9ᵉ Paris, 2018
- La genèse de l’orgue Cavaillé-Coll de Notre-Dame-de-Lorette à Paris
- Art, culture et foi
- La sauvegarde de l’art français
Aperçu du parcours
Église Notre-Dame de Lorette
© V. Guiné, CAUE de Paris
De Lorette à Paris
Une première église Notre-Dame de Lorette est construite en 1645, à l’emplacement de l’actuelle rue Lamartine (n°52-54). Son nom fait référence à la Sainte Maison de Lorette en Italie, lieu où - pour la tradition catholique - l’Annonciation fut faite à la Vierge Marie. Devenue paroissiale en 1791, elle est nationalisée puis détruite en 1796.
Au début du XIXᵉ siècle, la densification du quartier rend urgente la construction d’une nouvelle église. Le culte provisoire se tient dans la chapelle Saint-Jean-Porte-Latine, situé à l'actuel carrefour de la rue de Châteaudun. Il faut attendre le Concordat de 1801 pour que la paroisse dispose à nouveau d’un lieu de culte. Dès 1802, les offices s’y tiennent, la chapelle étant attenante au cimetière Saint-Eustache. Face à l’essor du quartier, un concours est lancé en 1822 pour édifier une nouvelle église.
Vue extérieure de la Chapelle Saint-Jean-Porte-latine, avant sa démolition (pendant les funérailles du général Maximilien Sébastien Foy) Charles Séchan, 1825 © Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
La construction de l’église actuelle
La construction débute le 25 août 1823, jour de la Saint-Louis. L’église est consacrée treize ans plus tard, sous Louis Philippe. En raison de la nature instable du sol (alluvions, ancien bras de la Seine), le projet d’Hippolyte Le Bas (1782-1867), le seul à proposer une construction sur pilotis, est retenu.
L’architecte s’inspire de la basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome : plafonds à caissons, colonnes ioniques et peintures murales. L’édifice est ouvert au culte en 1836. Son intérieur d’esthétique italienne reflète le renouveau de l’art sacré à l’époque romantique et sous la Restauration (1814-1830).
Peinture de la basilique La Piazza Santa Maria Maggiore, 1752, Giovanni Paolo Pannini, 1744 © Museo di Roma
À gauche, la basilique Sainte-Chrysogone à Rome. À droite, l'église Notre-Dame de Lorette © V. Guiné, CAUE de Paris
Entre rigueur néoclassique et splendeur renaissante
À l’extérieur, le style néoclassique sobre, presque austère, contraste avec la richesse des décors intérieurs, inspirés de la Renaissance italienne où marbres, dorures et polychromie se mêlent aux peintures et sculptures.
Esquisses en coupe, en élévation et en plan, Hippolyte Le Bas © Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
La façade, rythmée par un portique à quatre colonnes, présente une géométrie épurée. Au fronton, Charles-François Nanteuil représente quatre anges rendant hommage à la Vierge et à l’Enfant. Trois statues au-dessus symbolisent les vertus théologales : l’Espérance et son ancre (Philippe-Joseph-Henri Lemaire), la Charité secourant deux enfants (Charles-René Laitié) et la Foi reconnaissable au calice et à l’hostie (Denis Foyatier).
L’église est protégée au titre des Monuments historiques depuis le 28 décembre 1984.

Coupe transversale de l'église Notre-Dame de Lorette, auteur anonyme © Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
Organisation spatiale
Le plan basilical comprend une large nef centrale flanquée de doubles bas-côtés soutenus par des colonnes ioniques. Ces collatéraux sont divisés en chapelles, tandis que le plafond de la nef se distingue par ses remarquables caissons.
Le plafond de la nef et ses caissons, par Hubert-Nicolas Lamontagne. Au premier plan, détail d'un chapiteau ionique. En arrière plan, tableau de « La Visitation » par Amable-Paul Coutan © V. Guiné, CAUE de Paris
Les nefs latérales se terminent par des chapelles de plan centré, consacrées aux quatre sacrements de la vie chrétienne : la chapelle du Baptême, décorée par Adolphe Roger ; de l’Eucharistie, par Alphonse Périn ; du Mariage ou de la Sainte Vierge, par Victor Orsel ; des Morts ou de l'extrême-onction, par Blondel.
Chapelle de la Vierge © V. Guiné, CAUE de Paris
Détail d'une chapelle des bas-côtés, plume et aquarelle, Louis-Hippolyte Le Bas © Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
Les décors intérieurs monumentaux
Le chœur, avec La Présentation de Jésus au Temple (peinture murale à la cire) © V. Guiné, CAUE de Paris
Huit grands tableaux illustrent la vie de la Vierge. Entre la nef et l’abside, la coupole de Pierre-Claude François Delorme représente la translation miraculeuse de la Sainte Maison de Lorette, entourée des quatre Évangélistes. Dans l’abside, la voûte en cul-de-four est décorée du Couronnement de la Vierge par François Picot.
Ces peintures murales constituent les premiers décors en cire réalisés en Europe. L’église possède aussi le premier orgue Cavaillé-Coll de Paris.
Coupole de la chapelle des Morts ou du Sacrement des Malades, peinte par Blondel © V. Guiné, CAUE de Paris
Depuis 2019, l’église et ses décors font l’objet d’une importante campagne de restauration pour préserver ce joyau architectural et artistique.
Personnalités marquantes du XIXᵉ siècle
L’église Notre-Dame de Lorette a accueilli de nombreuses figures du XIXᵉ siècle, tels que d'Offenbach, l’écrivain Eugène Labiche, le banquier espagnol Alexandre Aguado, Georges Bizet, Claude Monet, le peintres Gauguin et Gustave Caillebotte ou encore le sculpteur Michel-Victor.
Église Notre-Dame de Lorette
© V. Guiné, CAUE de Paris
De Lorette à Paris
Une première église Notre-Dame de Lorette est construite en 1645, à l’emplacement de l’actuelle rue Lamartine (n°52-54). Son nom fait référence à la Sainte Maison de Lorette en Italie, lieu où - pour la tradition catholique - l’Annonciation fut faite à la Vierge Marie. Devenue paroissiale en 1791, elle est nationalisée puis détruite en 1796.
Au début du XIXᵉ siècle, la densification du quartier rend urgente la construction d’une nouvelle église. Le culte provisoire se tient dans la chapelle Saint-Jean-Porte-Latine, situé à l'actuel carrefour de la rue de Châteaudun. Il faut attendre le Concordat de 1801 pour que la paroisse dispose à nouveau d’un lieu de culte. Dès 1802, les offices s’y tiennent, la chapelle étant attenante au cimetière Saint-Eustache. Face à l’essor du quartier, un concours est lancé en 1822 pour édifier une nouvelle église.
Vue extérieure de la Chapelle Saint-Jean-Porte-latine, avant sa démolition (pendant les funérailles du général Maximilien Sébastien Foy) Charles Séchan, 1825 © Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
La construction de l’église actuelle
La construction débute le 25 août 1823, jour de la Saint-Louis. L’église est consacrée treize ans plus tard, sous Louis Philippe. En raison de la nature instable du sol (alluvions, ancien bras de la Seine), le projet d’Hippolyte Le Bas (1782-1867), le seul à proposer une construction sur pilotis, est retenu.
L’architecte s’inspire de la basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome : plafonds à caissons, colonnes ioniques et peintures murales. L’édifice est ouvert au culte en 1836. Son intérieur d’esthétique italienne reflète le renouveau de l’art sacré à l’époque romantique et sous la Restauration (1814-1830).
Peinture de la basilique La Piazza Santa Maria Maggiore, 1752, Giovanni Paolo Pannini, 1744 © Museo di Roma
À gauche, la basilique Sainte-Chrysogone à Rome. À droite, l'église Notre-Dame de Lorette © V. Guiné, CAUE de Paris
Entre rigueur néoclassique et splendeur renaissante
À l’extérieur, le style néoclassique sobre, presque austère, contraste avec la richesse des décors intérieurs, inspirés de la Renaissance italienne où marbres, dorures et polychromie se mêlent aux peintures et sculptures.
Esquisses en coupe, en élévation et en plan, Hippolyte Le Bas © Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
La façade, rythmée par un portique à quatre colonnes, présente une géométrie épurée. Au fronton, Charles-François Nanteuil représente quatre anges rendant hommage à la Vierge et à l’Enfant. Trois statues au-dessus symbolisent les vertus théologales : l’Espérance et son ancre (Philippe-Joseph-Henri Lemaire), la Charité secourant deux enfants (Charles-René Laitié) et la Foi reconnaissable au calice et à l’hostie (Denis Foyatier).
L’église est protégée au titre des Monuments historiques depuis le 28 décembre 1984.

Coupe transversale de l'église Notre-Dame de Lorette, auteur anonyme © Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
Organisation spatiale
Le plan basilical comprend une large nef centrale flanquée de doubles bas-côtés soutenus par des colonnes ioniques. Ces collatéraux sont divisés en chapelles, tandis que le plafond de la nef se distingue par ses remarquables caissons.
Le plafond de la nef et ses caissons, par Hubert-Nicolas Lamontagne. Au premier plan, détail d'un chapiteau ionique. En arrière plan, tableau de « La Visitation » par Amable-Paul Coutan © V. Guiné, CAUE de Paris
Les nefs latérales se terminent par des chapelles de plan centré, consacrées aux quatre sacrements de la vie chrétienne : la chapelle du Baptême, décorée par Adolphe Roger ; de l’Eucharistie, par Alphonse Périn ; du Mariage ou de la Sainte Vierge, par Victor Orsel ; des Morts ou de l'extrême-onction, par Blondel.
Chapelle de la Vierge © V. Guiné, CAUE de Paris
Détail d'une chapelle des bas-côtés, plume et aquarelle, Louis-Hippolyte Le Bas © Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
Les décors intérieurs monumentaux
Le chœur, avec La Présentation de Jésus au Temple (peinture murale à la cire) © V. Guiné, CAUE de Paris
Huit grands tableaux illustrent la vie de la Vierge. Entre la nef et l’abside, la coupole de Pierre-Claude François Delorme représente la translation miraculeuse de la Sainte Maison de Lorette, entourée des quatre Évangélistes. Dans l’abside, la voûte en cul-de-four est décorée du Couronnement de la Vierge par François Picot.
Ces peintures murales constituent les premiers décors en cire réalisés en Europe. L’église possède aussi le premier orgue Cavaillé-Coll de Paris.
Coupole de la chapelle des Morts ou du Sacrement des Malades, peinte par Blondel © V. Guiné, CAUE de Paris
Depuis 2019, l’église et ses décors font l’objet d’une importante campagne de restauration pour préserver ce joyau architectural et artistique.
Personnalités marquantes du XIXᵉ siècle
L’église Notre-Dame de Lorette a accueilli de nombreuses figures du XIXᵉ siècle, tels que d'Offenbach, l’écrivain Eugène Labiche, le banquier espagnol Alexandre Aguado, Georges Bizet, Claude Monet, le peintres Gauguin et Gustave Caillebotte ou encore le sculpteur Michel-Victor.
Rue des Martyrs
Une artère majeure
Artère essentielle du 9ᵉ arrondissement, la rue des Martyrs relie l’église Notre-Dame de Lorette au boulevard de Clichy. Son nom rappelle les martyrs de Saint-Denis (premier évêque de Paris), Saint-Eleuthère et Saint-Rustique, et l’ancien itinéraire menant au mont des Martyrs, aujourd’hui Montmartre, sans que l’on sache s’il vient du « mont des Martyrs » ou du « mont de Mars ». Avant 1784, le "chemin" des Martyrs, situé hors des murs de Paris, n’est pas soumis à la taxe sur le vin et les alcools, ce qui favorise l’essor des cabarets et guinguettes et en fait un lieu animé et commerçant.
10 rue des Martyrs, une architecture héritée du faubourg parisien du XVIIIᵉ siècle
Maison d’habitation de faubourg datant de la fin du XVIIIᵉ siècle, le n°10 rue des Martyrs est surélevé de deux étages après sa construction. La corniche filante au-dessus des modénatures* des ouvertures du premier étage témoignent de cette surélévation. Au cours de la seconde moitié du XIXᵉ siècle, sa façade est enrichie de décors néoclassiques de style Louis XVI sur les linteaux des ouvertures : guirlandes de feuilles de chêne au premier étage, vases débordant de fleurs au deuxième et clefs sculptées au troisième. Cette bâtisse constitue l’archétype de la maison de faubourg parisien de la fin du XVIIIᵉ siècle.
* traitement ornemental de certains éléments structurels de la façade d'un édifice
Décors néoclassiques de style Louis XVI sur les linteaux © V. Guiné, CAUE de Paris
Sur le pignon donnant rue Hippolyte-Lebas, on peut observer des peintures publicitaires datant de 1907 et 1909, réalisées par le peintre Defoly. Ces œuvres sont redécouvertes lors de la démolition d’anciens entrepôts en bois adossés au mur pignon, ce qui a permis de les retrouver dans un excellent état de conservation. Inscrites au titre des Monuments historiques, ces publicités constituent un précieux témoignage des réclames murales autrefois présentes à l’intérieur des villes, aujourd’hui disparues.
Derrière la façade vitrée des ateliers, les peintures publicitaires étaient protégées des intempéries, 1970, Jean-Claude Boitel (photographe) © Bibliothèque historique de la Ville de Paris, côte 2-DP-012-0251-01
Peintures publicitaires sur le pignon du n°10 © V. Guiné, CAUE de Paris
19 rue des Martyrs, reflet des transformations urbaines
Cette bâtisse, typique des tissus faubouriens, est édifiée au XVIIIᵉ siècle. Elle présente un cordon entre le 2ᵉ et le 3ᵉ étage, témoin d’une surélévation ultérieure. Les derniers étages sont d’ailleurs plus bas de plafond que les précédents, signe de la spéculation immobilière qui entraîne la densification du quartier durant la première moitié du XIXᵉ siècle.
La propriété s’organise autour d’une remarquable cour-jardin, plantée de beaux sujets d’arbres et d’arbustes. Une niche aménagée dans un mur abrite une statue à l’antique. En fond de cour, accessible par une allée, se dresse un pavillon aux allures d’hôtel particulier, qui fut l'ancienne école privée de Notre-Dame de Lorette. Ce bâtiment, avec sa façade de briques rouges, constitue un vestige des nombreuses petites maisons qui occupaient les arrières de la rue.
La cour du n°19 © V. Guiné, CAUE de Paris
C’est dans un entresol sur cour que s’installe, en octobre 1891, la Revue blanche.
L'entresol où s'installe la revue Blanche © V. Guiné, CAUE de Paris
Le peintre Théodore Géricault y occupe l’un des ateliers. Les deux ailes basses présentent une composition symétrique, chacune s’élevant sur trois niveaux. Dans cet îlot se trouvait la demeure du poète allemand Heinrich Heine, qui y réside de 1838 à 1840. Au fond de la cour, sur la droite, Eugène Delacroix occupait ses appartements, tandis que son atelier se situait sur la gauche.
23 rue des Martyrs, la rigueur du style néoclassique
Cet immeuble d’époque néoclassique se distingue par ses lignes simples et une certaine raideur dans le dessin. Sa large façade plane, composée avec symétrie autour de la travée centrale, marquée par un porche au rez-de-chaussée, est rythmée par trois longues corniches filantes. Les ouvertures de la travée centrale sont les seules à être surmontées d’un linteau. Des persiennes habillent la façade, caractéristiques des immeubles construits sous la Restauration (1815-1830).
Les ouvertures de la travée centrale © V. Guiné, CAUE de Paris
Une corniche très saillante distingue les étages des combles, dont les lucarnes en bois sont tout aussi représentatives de l’architecture du quartier, en plein essor autour des années 1830. L’ensemble architectural est organisé autour d’une vaste cour pavée.
La fontaine ornée d'un médaillon représentant le portrait de Jacques Offenbach © V. Guiné, CAUE de Paris
Deux ailes latérales identiques, s’élevant sur trois niveaux, encadrent la cour et conduisent vers un jardin en fond de parcelle. Au centre, une fontaine ornée d’un médaillon sculpté représente le compositeur et musicien Jacques Offenbach. En fond de cour, des ateliers d’artistes aux hautes baies cintrées, datant de la première moitié du XIXᵉ siècle.
40 rue des Martyrs, un immeuble Louis-Philippe
Érigé en 1872, cet immeuble de style Louis-Philippe est, de 1875 à 1880, la résidence du compositeur Maurice Ravel, qui y vit avec ses parents et son frère. Sa façade, très structurée, est ordonnancée « à la vénitienne », avec trois baies groupées au centre (correspondant au salon). Au troisième étage, les ouvertures sont couronnées de frontons triangulaires. Les balcons en fonte, soutenus par des consoles moulurées et une corniche saillante au dernier niveau, s’élèvent sur trois étages et rythment harmonieusement la façade.
Les grands vantaux de menuiserie de la porte cochère intègrent une baie d’entresol ainsi que des chasse-roues*, témoignant du soin apporté au détail et à la fonctionnalité à cette époque. * Borne ou arc métallique servant à protéger un mur, une porte cochère du contact des roues de voiture (Dictionnaire de l'Académie française).
Façade du n°40 © V. Guiné, CAUE de Paris
39 rue des Martyrs, un immeuble d’angle à la Belle Époque
Un imposant immeuble, construit en 1903, attire le regard. Sa façade en pierre de taille, richement décorée, évoque les formes et l’élégance de l’Art nouveau. L’édifice surprend par ses balcons ventrus soutenus par des consoles ouvragées, ses baies en plein cintre et ses longues frises sculptées de fleurs et de fruits, qui détonnent dans le paysage architectural de la rue des Martyrs. L’ensemble des détails architecturaux relève du vocabulaire néo-rocaille, caractérisé par l’ornementation et la fantaisie décorative à la Belle Époque.
Façade du n°39 © V. Guiné, CAUE de Paris
Rez-de-chaussée du n°39 en 1970, Aubanelle Chaguelonne (photographe) © Bibliothèque historique de la Ville de Paris, côte 2-DP-012-0248-01
Hôtel Osiris
Façade de l'hôtel © V. Guiné, CAUE de Paris
L’hôtel de Daniel-Osiris Iffla, un patrimoine néo-Renaissance
Le n°9 rue La Bruyère abrite un hôtel néo-Renaissance portant les initiales de Daniel-Osiris Iffla (1825-1907), philanthrope et patriote. Né à Bordeaux dans une famille modeste, il fait fortune comme agent de change sous le Second Empire et consacre sa richesse à des œuvres caritatives, scientifiques et culturelles.
Osiris dans sa véranda du n°9 rue La Bruyère, 1899 © Musée national des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau
Propriétaire de plusieurs hôtels dans le 9ᵉ arrondissement, il met ceux de la rue La Bruyère à disposition des réfugiés lors du siège de Paris en 1870. Sans héritier, il lègue l’essentiel de sa fortune à l’Institut Pasteur et finance de nombreux équipements publics, la construction de synagogues et la restauration du château de la Malmaison, offert à l’État en 1904.
Élégance et raffinement, façade de l’hôtel Osiris
L’hôtel Osiris est un exemple remarquable d’architecture éclectique, fortement inspirée par la Renaissance. Cette influence se révèle dans les détails soignés de sa façade : les bossages vermiculés (pierres ornées de petites stries sinueuses) du rez-de-chaussée, les pilastres qui encadrent les fenêtres, la balustrade finement sculptée et la lucarne centrale ornée de baies géminées* témoignent d’un goût prononcé pour l’élégance et le raffinement. La balustrade à la particularité de posséder deux motifs ornementaux sculptés d'un "O" pour Osiris et d'un "I" pour Iffla.
*une baie géminée est une baie juxtaposée à une autre de même grandeur, séparée par une colonnette ou un petit pilier appelé meneau sur lequel reposent deux arcs en plein cintre ou brisé.
La façade et les décors inspirés de la Renaissance (pilastres, balustrade sculptée au dernier étage) © V. Guiné, CAUE de Paris
Détail des bossages vermiculés du rez-de-chaussée © V. Guiné, CAUE de Paris
Fondation Taylor
Façade de la fondation Taylor © V. Guiné, CAUE de Paris
Une architecture entre immeuble faubourien et atelier d’artiste
À première vue, le bâtiment adopte l’apparence d’un immeuble faubourien relativement sobre, caractérisé par des façades enduites de plâtre et une composition architecturale discrète, caractéristique de cette époque (1830). Cette sobriété est toutefois contrebalancée par la présence, en partie supérieure, d’un atelier d’artiste aux volumes amples, clairement identifiable depuis l’extérieur. Cette surélévation date de 1878.
La façade est structurée par un balcon filant qui court sur toute sa largeur jusqu’au niveau R+3, soulignant l’horizontalité de l’édifice. Au centre, une vaste verrière orientée nord-est éclaire l’atelier. Elle est encadrée par deux œils-de-bœuf symétriquement disposés, renforçant l’équilibre et la régularité de la composition. Enfin, au dernier étage, une porte donnant accès au balcon attire l’attention : surmontée d’un entablement en forme de chapeau, cet élément architectural singulier se distingue nettement du reste de la façade.
© V. Guiné, CAUE de Paris
L’atelier des créateurs : histoire de la Fondation Taylor
Construit en 1832, l’immeuble est acquis en 1834 par le peintre Charles-Philippe Larivière (1798-1876), premier grand prix de Rome (concours artistique créé par Colbert en 1663 pour former les artistes en Italie) et membre fondateur de la Fondation Taylor avec Delacroix, Scheffer et Géricault. Il y fait aménager son atelier, situé aux actuels deuxième et troisième étages.
En 1818, le baron Taylor entreprend, avec Charles Nodier, la rédaction d’une série de volumes consacrés aux différentes régions françaises, dont la publication s’étend sur soixante ans. Intitulée Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France, cette œuvre constitue le premier catalogue d’envergure consacré aux richesses du patrimoine culturel français.
En 1844, le baron Isidore Taylor (1789-1879), dramaturge français, fonde l’Association de secours mutuel des artistes peintres, sculpteurs, architectes, graveurs et dessinateurs, destinée à soutenir la création artistique et à favoriser la diffusion des arts auprès du public. Il crée la Fondation Taylor. Installée près de la Place Saint-Georges, la fondation s’inscrit dans un secteur qui était au XIXᵉ siècle un important quartier d’artistes.
En 1878, Albert Maignan (1845-1908), peintre et gendre de Charles-Philippe Larivière, épouse Louise Larivière en 1878 et fait rehausser l’immeuble afin d’y créer son atelier, conçu par l’architecte Thouvenin, et d’y installer une partie de ses collections. Membre du comité de la Fondation Taylor dès 1879, il en devient président de 1905 à 1908.
Elévation de la façade de la fondation Taylor en 1834, aquarelle, collection © Fondation Taylor
À la mort de Louise Maignan Larivière en 1947, la maison-atelier est léguée à la Fondation Taylor, qui y installe ses bureaux en 1949. L’immeuble est ensuite progressivement adapté à sa vocation d’exposition : ouverture de salles au rez-de-chaussée à l’emplacement d’anciens commerces à partir de 1984, puis couverture de la cour par une double verrière en 2013, permettant l’agrandissement des espaces d’exposition.
Albert Maignan dans son atelier de la rue La Bruyère, collection © Fondation Taylor
La Fondation est reconnue d’utilité publique depuis 1881 et ne prend aucune commission sur la vente des œuvres de ses artistes.
Place Saint-Georges
La place Saint-Georges, vue vers le sud © V. Guiné, CAUE de Paris
Au début du XIXᵉ siècle, alors que les terrains situés entre Notre-Dame de Lorette et Pigalle restent encore vierges de toute construction, le receveur des finances Lapeyrière s’allie à l’architecte Constantin et l'agent de change Alexis-André Dosne pour y faire bâtir des villas et des hôtels particuliers. Ils créent ensemble la « Société des Terrains Ruggieri et Saint-Georges ».
La place Saint-Georges, Paris, 1879 © Goupil & Cie, Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
Composition de la place
La place est ouverte sous la Restauration en 1824. La ville impose aux associés la prise en charge des trottoirs, du pavage des voies et l’installation d’une fontaine centrale.
Cette place à taille humaine s’inspire du modèle circulaire de la place des Victoires. Les actes de vente imposaient un recul des constructions pour l’aménagement de cours et jardins en façade. Des grilles en fonte harmonisent la place.
En 1911, la station de métro Saint-Georges est ouverte.
La fontaine
La fontaine de la place saint-Georges, vers 1890 © Hippolyte Blancard, Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
Alimentée par les eaux de l’Ourcq, la fontaine centrale originelle est remplacée en 1903 par l’édicule actuel, un monument commémoratif en pierre signé Denys Puech, dédié à Paul Gavarni, caricaturiste et dessinateur satirique majeur du Paris du XIXᵉ siècle.
Gavarni habitait à proximité, rue Fontaine. Observateur incisif de la société parisienne, il a immortalisé les types sociaux et les plaisirs populaires de son temps, notamment le Carnaval de Paris. Le buste de Gavarni repose sur une colonne cylindrique ornée de hauts-reliefs représentant les figures de son univers.
La colonne et ses figures © Conseil de quartier Pigalle-Martyrs
Le socle est décoré de mascarons en bronze : une lorette tournée vers l’église Notre-Dame de Lorette, un rapin (artiste bohème de la fin du XIXᵉ siècle), une mégère et un mendiant.
Figure emblématique du quartier et de la modernité urbaine, la lorette s’inscrit dans une typologie sociale bien identifiée : entre la grisette - jeune ouvrière modeste du textile, vivant de son travail et d’amours occasionnelles - et la courtisane, qui fréquente les élites fortunées et maîtrise les codes de la haute société. Les lorettes au XIXᵉ sont de jeunes femmes aux mœurs légères, leur nom leur vient de l’église Notre-Dame de Lorette, derrière laquelle vivent nombre d’entre elles. N’exerçant pas de métier reconnu, elles vivent de leurs relations avec plusieurs hommes.
Les mascarons du socle © Conseil de quartier Pigalle-Martyrs
Hôtel Dosne-Thiers
27 place Saint-Georges © V. Guiné, CAUE de Paris
Au n°27 de la place, le premier hôtel est construit en 1830-1832 par l’architecte Charpentier. Initialement, l’hôtel est occupé par Alexis Dosne, père d’Élise Dosne, qui épouse plus tard Adolphe Thiers.
Il est détruit lors de la Commune de Paris en mai 1871. Sur les recommandations de la famille Rothschild, Adolphe Thiers, premier président de la République, fait reconstruire aux frais de la Ville en 1873 l’hôtel par l’architecte Alfred-Philibert Aldrophe.
Intérieur de la maison de M. Thiers détruite, place Saint-Georges © Hippolyte Blancard, Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
Cet hôtel particulier de style néoclassique est un exemple remarquable de l’architecture du Second Empire. Sa façade élégamment ordonnancée est rythmée par des pilastres corinthiens, un fronton triangulaire central et une corniche couronnant l'ensemble. Les fenêtres sont encadrées de moulures surmontées de mascarons sculptés et l’entrée est magnifiée par trois arches. Sur la gauche, son passage cocher a été préservé avec son pavage d'origine.
© V. Guiné, CAUE de Paris
Le rez-de-chaussée est destiné à la vie mondaine, avec des salons spacieux pour recevoir les invités. Le premier étage est dédié aux appartements privés des époux Thiers, tandis que le deuxième étage abrite le cabinet de travail d'Adolphe Thiers.
En 1905, l'hôtel est légué avec sa bibliothèque à l’Institut de France, puis devient la bibliothèque Thiers en 1913. Pendant la Première Guerre mondiale, l'hôtel est transformé en hôpital militaire pour officiers.
Hôtel dit de la Païva
Façade de l'hôtel dit de la Païva © V. Guiné, CAUE de Paris
Au n°28, cet hôtel particulier témoigne de l’architecture éclectique parisienne de la seconde moitié du XIXᵉ siècle. L’architecte Édouard Renaud l’édifie en 1840, où a brièvement vécu en tant que locataire la célèbre courtisane Thérèse / Esther Lachmann, dite la Païva.
Étroite mais foisonnante d’ornements, la façade tranche avec la sobriété haussmannienne alentour. Son style hybride, mêlant néo-gothique et néo-Renaissance italienne, détonne dans le paysage urbain. Structurée par une symétrie rigoureuse, elle s’élève en pierre de taille sur trois niveaux, couronnés d’une mansarde à balustrade et rythmée par des arcades, colonnes, pilastres, corniches saillantes et linteaux sculptés.
Détail de la façade © V. Guiné, CAUE de Paris
Le sculpteur Antoine Desboeufs y représente les allégories de l’architecture (tenant la règle) et de la sculpture (portant le marteau). Gabriel-Joseph Garraud complète la composition avec les figures de la Sagesse et de l’Abondance, et les bustes de Diane et Apollon, symboles de beauté et d’harmonie.
PHOTO : escalier en spirale d’onyx et coupole
À l’intérieur, un escalier en spirale d’onyx jaune d’Algérie est éclairé par des torchères en bronze ciselé. Bordé de statues grandeur nature de Dante, Pétrarque et Virgile, il s’élève sous une coupole peinte par Pierre Bisset.
Les murs déclinent un décor mythologique et allégorique :
- plafond de Paul Baudry (Le Jour pourchassant la Nuit) dans le grand salon ;
- bas-reliefs de Jules Dalou dans la salle à manger ;
- cheminées monumentales en marbre rouge ;
- salle de bains au style andalou-mauresque.
En 1873, le peintre Paul Gauguin y vécut temporairement alors qu’il exerçait encore comme agent de change.
Square d'Orléans
Vue du square d'Orléans, depuis l'appartement de Chopin © Demézy, gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Un urbanisme anglo-parisien
Accessible seulement en semaine, le square d’Orléans est l’un des rares exemples parisiens d’urbanisme à l’anglaise. Construit en 1830 par l’architecte Edward Cresy, il s’inscrit dans le cadre du développement du quartier de la Nouvelle Athènes, alors haut lieu de la vie artistique et littéraire.
© V. Guiné, CAUE de Paris
L’entrée originelle se faisait par le n°40 rue Saint-Lazare, via un passage cocher voûté, orné de décors à caissons. Des plaques anciennes portant l’inscription « Traverser au pas » rappellent encore la vocation résidentielle et réglementée pour l'usage des chevaux traversant le lieu.
© V. Guiné, CAUE de Paris
Composition de l’espace
Façade sur rue et square d'Orléans, 1920 © Charles Lansiaux, Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
Le square s’organise en deux cours successives : une première, sobre et pavée, mène à une cour centrale, aménagée autour d’une fontaine d’inspiration antique, commandée en 1835 par l’avocat Edward Richardson, nouveau propriétaire du site.
La première cour © V. Guiné, CAUE de Paris
La deuxième cour © V. Guiné, CAUE de Paris
Le plan adopte une composition en carré fermé, formé de quatre corps de bâtiments disposés symétriquement, dans l’esprit des squares londoniens. L’architecture intègre des « basements » (étages semi-enterrés typiquement britanniques) rares dans l’habitat parisien, mais caractéristiques du style prévictorien dont Edward Cresy est l’un des représentants.
Entre néo-classicisme et influence britannique
Les façades en enduit clair sont rythmées par une ordonnance symétrique, soulignée par des colonnes ioniques inspirées de l’Antiquité. L’influence britannique s’exprime dans la simplicité des volumes, les décrochements subtils, les grilles de ferronnerie et l’importance accordée à la transition entre espaces publics et privés.
Un basement, rez-de-chaussée surélevé dans la deuxième cour © V. Guiné, CAUE de Paris
Les élévations superposent avec rigueur les niveaux : basement, rez-de-chaussée surélevé, étage noble, et parfois un étage attique discret. L’ensemble reste sobre mais élégant, typique d’un urbanisme aristocratique inspiré des modèles londoniens.
Un passé artistique et littéraire prestigieux
Le square est construit sur un ancien domaine de la comédienne Mademoiselle Mars, pensionnaire de la Comédie-Française, qui avait acquis les lieux en 1822 avant de les revendre à Cresy en 1829 pour le double de leur prix d’achat.
Il devient rapidement un phalanstère artistique du XIXᵉ siècle, accueillant plusieurs figures majeures :
- George Sand (n°5), de 1842 à 1847 ;
- Frédéric Chopin (n°9), de 1842-1849 ;
- Alexandre Dumas père, romancier célèbre ;
- Alexandre Dumas fils, qui y a vécu enfant ;
- Pauline Viardot, cantatrice de renom ;
- Marie Taglioni, première ballerine romantique, immortalisée dans La Sylphide en 1832 à l'Opéra Le Peletier ;
- Édouard Dubufe, peintre, et son épouse Juliette Dubufe, sculptrice ;
- Pierre Joseph Guillaume Zimmermann, pianiste et pédagogue réputé.
Musée Gustave-Moreau
Façade du musée Gustave Moreau © V. Guiné, CAUE de Paris
Une maison-musée
En 1852-1853, l’architecte Louis Moreau, achète une maison modeste rue Catherine-de-La-Rochefoucauld (anciennement rue de la Tour-des-Dames) et y installe un atelier au dernier étage pour son fils Gustave Moreau (1826–1898), futur maître du symbolisme. Élève de Théodore Chassériau, peintre romantique actif dans le quartier (résidant rue Fléchier, et dont l'atelier est avenue Frochot) et proche de son voisin Eugène Delacroix, Gustave Moreau enseigne plus tard à l’École des Beaux-Arts, où il devient maître de figures majeures telles que Matisse et Rouault.
C’est en 1895, après la mort de ses parents et de celle de son amie et muse Alexandrine Dureux, que l’artiste décide de transformer la maison familiale en musée dédié à son œuvre, avec l’aide de l’architecte Albert Lafon. À son décès, son légataire le poète Henri Rupp en poursuit l’aménagement selon ses volontés.
Le musée Gustave Moreau, ouvert en janvier 1903, constitue le premier musée monographique de France, rassemblant plus de 25 000 œuvres, dont 15 000 réalisées de la main de l’artiste. La fortune de Moreau lui avait permis de conserver la plupart de ses créations, exposées dans le style « à touche-touche » typique du XIXᵉ siècle, du sol au plafond, sans souci chronologique ou thématique. L’immeuble est inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques. Le musée Moreau est un exemple rare de maison-musée conçue par l’artiste lui-même, entre lieu de vie, de création et de transmission.
14 rue de La Rochefoucauld, musée Gustave Moreau, façade sur rue, 28 octobre 1919 © Charles Lansiaux, Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
La transformation en musée
L’aspect extérieur est celui d’un hôtel particulier typique de la seconde moitié du XIXᵉ siècle : façade symétrique à bossage (parement de pierre en saillie), porte en verre et fer forgé, arcades en rez-de-chaussée, colonnes doriques encadrant les fenêtres du premier étage, fenêtres régulières surmontées de frontons, corniche.
Détail de la façade © V. Guiné, CAUE de Paris
- Le rez-de-chaussée conserve l’ambiance d’une maison d’artiste : murs bordeaux d’origine, accrochages « à touche-touche », cheminées de marbre, tapisseries et mobilier d’époque.
- Le premier étage abrite les appartements aménagés comme un petit musée sentimental, où Moreau recevait ses rares visiteurs. Les pièces sont décorées de bibliothèques, objets d’art, copies et curiosités, mêlant goût classique et influences exotiques. On y trouve également les portraits de famille et les œuvres offertes par ses amis Théodore Chassériau, Eugène Fromentin ou Edgar Degas.
- Les deux derniers étages sont surélevés en 1895 et ouverts par de larges verrières orientées au nord, assurant un éclairage diffus idéal pour les ateliers de peinture. Ces espaces étaient conçus pour exposer les grandes toiles de Moreau, éviter l’ombre, maximiser la surface utilisable. Un escalier en spirale relie les deux étages.
- Au sous-sol, un cabinet d’arts graphiques, aménagé en 2015 par Bernard Bauchet et Sabine Kranz dans un style épuré (bois clair, lignes sobres), permet la consultation des dessins, gravures, photographies et d’une partie de la bibliothèque. Ce lieu est ouvert uniquement aux chercheurs sur rendez-vous.
Immeuble éclectique néo-Renaissance
Angle du n°27 rue Victor-Massé © V. Guiné, CAUE de Paris
Où l’art moderne prend racine, les maisons de la rue Victor-Massé
Inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques par arrêté du 30 décembre 1977 pour ses façades et ses toitures, cet ensemble immobilier est un exemple notable de l’architecture néo-Renaissance. Édifié entre 1847 et 1850 dans le cadre d’un projet réunissant trois immeubles situés aux n°27, 25 et 23 rue Victor-Massé, il est attribué aux architectes D’Avrange et Durupt.
Ces bâtiments reflètent une tendance architecturale éclectique développée en parallèle du mouvement romantique et du goût pour l’historicisme. Son style Louis-Philippe se caractérise par l’importance accordée au programme décoratif, le foisonnement des formes et la profusion de motifs ornementaux. Cette esthétique éclectique intègre des références empruntées à plusieurs répertoires architecturaux : néo-Renaissance, néo-gothique, Louis XIII, rocaille, mêlant élégance classique et fantaisie décorative.
La façade de l'immeuble côté rue Henry-Monnier © V. Guiné, CAUE de Paris
Sa façade adopte une composition ordonnancée fondée sur la régularité des travées et la hiérarchisation des niveaux, tout en se distinguant par une surabondance de détails décoratifs. Les étages courants sont rythmés par des baies verticales aux proportions élancées, souvent accompagnées de garde-corps métalliques, participant à la finesse du dessin de façade. Pilastres composites, frises de guirlandes, encadrements des fenêtres aux motifs floraux, modénatures, composent un décor dense et varié. Le couronnement de l’immeuble, souligné par une corniche saillante, participe à la silhouette urbaine de l’édifice et prolonge la composition verticale de la façade.
Détail de la travée centrale de la façade du n°25 rue Victor-Massé © V. Guiné, CAUE de Paris
Le n°25, mitoyen, possède une anecdote historique particulière. Theodorus (Théo) Van Gogh (1857-1891) y réside temporairement et y reçoit son frère Vincent lors de son second séjour à Paris en mars 1886, avant que tous deux ne déménagent au n°54 de la rue Lepic en juin de la même année.
Portrait de Berthe Weill, Émilie Charmy, 1910, Huile sur toile, 90 × 61 cm, Montréal, Musée des beaux‐arts de Montréal, Photo © MBAM /Julie Ciot © Adagp, Paris, 2025
Alors que Paris est en pleine transformation haussmannienne, ce quartier, en lisière de la ville, demeure l’un des derniers de la capitale à rester bon marché. Il devient un haut lieu de fête, fréquenté par les chansonniers, les artistes bohèmes et les avant-gardes artistiques. Deux cabarets s’y installent : La Boîte à Fursy (ancien cabaret du Chat Noir) et le Bal Tabarin, célèbre pour son cancan. Situé à proximité de la place Pigalle, et donc du Café de la Nouvelle Athènes (lieu de rendez-vous de Manet, Degas, Valadon, Ravel ou encore Satie), le quartier s’impose comme un foyer majeur de la vie artistique parisienne.
Au rez-de-chaussée, Berthe Weill (1865-1951) est une marchande d’art parisienne pionnière qui a joué un rôle majeur dans la découverte et la promotion de nombreux artistes d’avant-garde au début du XXᵉ siècle. Elle ouvre en 1901 sa galerie d’art qui contribuera largement à la reconnaissance de l’art moderne.
Elle est connue pour être la première à Paris à vendre des œuvres de Pablo Picasso et Henri Matisse, tout en exposant les Fauves (Maurice de Vlaminck, André Derain, Kees van Dongen) ainsi que d’autres figures de l’avant-garde comme Suzanne Valadon, Marie Laurencin, Valentine Prax, Diego Rivera, Georges Braque et Maurice Utrillo. En 1917, elle organise la seule exposition de Modigliani tenue de son vivant.
Grâce à sa galerie et à son soutien aux jeunes peintres modernes, Berthe Weill participe à faire du quartier un lieu important de l’avant-garde artistique parisienne au début du XXᵉ siècle.
Portrait de Thomas Couture, Étienne Carjat, vers 1860 © BNF
Le n°23 abrite quant à lui l’atelier du peintre Thomas Couture (1815-1879), où il enseigne notamment à Pierre Puvis de Chavannes, Édouard Manet et Charles Caryl Coleman, contribuant à former une génération d’artistes influents du XIXᵉ siècle.
Détail de la façade du rez-de-chaussée et du premier étage du n°23 rue Victor-Massé © V. Guiné, CAUE de Paris
Place Kaspereit et avenue Frochot
Vue de la place Gabriel-Kespereit © V. Guiné, CAUE de Paris
Un lotissement romantique et refuge d’artistes
La place Gabriel-Kaspereit tient son nom d'un ancien ministre de l'industrie, député de Paris de 1961 à 1997 et maire du 9ᵉ arrondissement de 1983 à 2001. L'avenue Nicolas-Frochot porte le nom du préfet de la Seine à l'initiative de l'institution de la numérotation des immeuble à Paris.
Le grand vitrail intégré à la façade de la Villa Frochot au n°2 de l'avenue Frochot est celui d'un ancien théâtre, repère emblématique désignant l’entrée de cette voie privée. Combinant fonte et verre polychrome travaillés artisanalement dans un style Art déco, le vitrail représente une évocation de l’estampe japonaise La Grande Vague de Kanagawa d’Hokusai.
Détail de la verrière © V. Guiné, CAUE de Paris
Derrière la grille de la place, s’ouvre l’avenue Frochot, un espace suspendu entre ville et jardin. Cette voie pavée, bordée de végétation luxuriante et de résidences éclectiques, a conservé jusqu’à aujourd’hui un caractère de quiétude dans ce quartier bouillonnant. Privée depuis son origine, elle s’organise autour d’un tracé en légère courbe, séparée par une grille place Kaspereit et par un rideau de tôle ondulée du côté de la place Pigalle.
Montmartre - Carrefour Frochot entre 1900-1910 © Georges Clignancourt Associés, Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
Au début du XIXᵉ siècle, le colonel Fortuné de Brack et le magistrat Charles Picot acquièrent un vaste terrain aux portes de la capitale, non loin de la barrière d’octroi, Barrière Montmartre, au niveau de l'actuelle place Pigalle. Fortuné de Brack y fait tracer dès 1826 une première voie, avant de céder sa part à Picot. Ce dernier mettra 10 ans avant de débuter la construction du lotissement.
Entrée du lotissement. À droite, la maison du gardien et son architecture empruntée des maisons à colombages © V. Guiné, CAUE de Paris
Dès lors, les parcelles sont vendues à des propriétaires exigeants, souvent artistes ou intellectuels, qui font édifier des maisons selon des styles variés et parfois audacieux : gothique, néo-classique, palladien, Renaissance, etc.
Avenue Frochot entre 1915 et 1925 © Charles Lansiaux, Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
Une architecture habitée par les arts
PHOTO : 1re maison à droite
Au n°1, la première maison à droite en entrant donne le ton : un hôtel particulier néo-gothique, orné de colonnettes, de gables en accolade, de pinacles et de sculptures fantastiques – choux frisés, animaux fabuleux, fleurs de lys. Le rez-de-chaussée abrite une fenêtre en vitrail illustrant des scènes médiévales avec chevaliers et dames nobles. C’est ici qu’a vécu le compositeur Victor Massé, dont la rue voisine a pris le nom. Selon la légende, la maison serait hantée par l’esprit d’un ancien propriétaire, ce qui a nourri des récits mystérieux autour de l’avenue.
PHOTO : maisons au 3 et 5
Les n°3 et n°5 forment un ensemble remarquable de maisons jumelles d’inspiration palladienne, construites entre 1839 et 1842.
Le n°3 a longtemps été la demeure de la cantatrice Régine Crespin, jusqu’à sa mort en 2007. Le n°5 a accueilli le peintre Eugène Isabey, qui y installa son atelier au niveau de la cour carrée, tandis que le rez-de-chaussée servait de logement à Paul Meurice, auteur romancier et proche de Victor Hugo. Hugo y fut hébergé à son retour d’exil en 1870.
PHOTO : maison 7
L’immeuble suivant, aux n°5 bis et n°7, illustre l’inventivité du lotissement. De style renaissance, il occupe l’ancien pavillon des écuries, dont la façade concave épouse la forme de la placette circulaire. Alexandre Dumas père y vit en 1850-51, après avoir quitté la Cité Trévise. Menacé de banqueroute, il s’exile à Bruxelles avec Victor Hugo après le coup d’État de Napoléon III en décembre 1851. Dans les années 1930, les fils aînés du peintre Auguste Renoir, Pierre (acteur) et Jean (réalisateur), s’y installent : Pierre au premier étage, Jean au second.
En 1959, dans le film « Les 400 coups », c’est à cette adresse que François Truffaut situe le logement du jeune René, qui recueille Antoine Doinel. Le film « Touchez pas au grisbi » y sera en partie tourné en 1953.
PHOTO : maison au 6
PHOTO : maison au 8
Au n°6, l’atelier du pastelliste Henri Guinier est occupé par Django Reinhardt et sa seconde épouse de 1943 à 1946.
Le n°8 a quant à lui accueilli le peintre Ferdinand Humbert, portraitiste officiel de la Troisième République.
Autour de la cour
PHOTO : cour carrée
Au fond de l’avenue, sur la droite, la cour carrée regroupe plusieurs ateliers qui ont été le théâtre discret de la création artistique du XIXᵉ siècle, aux n°9 à 13. Théodore Rousseau, Gustave Moreau (à partir de 1851), Théodore Chassériau (à partir de 1848), puis Henri de Toulouse-Lautrec, qui installe son atelier ici de 1897 à 1901. Boldini et Stevens, à qui une rue voisine est dédiée, ont également contribué à la renommée artistique de l’avenue.
Avenue Frochot entre 1915 et 1925 © Charles Lansiaux, Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
Place Pigalle
© V. Guiné, CAUE de Paris
Aux origines, un espace de lisière
À la veille de la Révolution française, Paris reste une ville murée, mais la campagne s’étend encore largement, y compris côté actuel 9ᵉ arrondissement. Le mur des Fermiers Généraux, érigé entre 1784 et 1790 pour des raisons fiscales, contrôle les entrées de la capitale à travers 55 pavillons d’octroi, dont le pavillon de Montmartre, situé à l’emplacement de la future place Pigalle. Ce pavillon, conçu par Claude-Nicolas Ledoux, illustre l’architecture néo-classique fonctionnelle de la fin du XVIIIᵉ siècle.
Au-delà de ce mur, s’épanouissent guinguettes, bals champêtres et maisons de plaisance.
Barrière de Montmartre, n°23 (dessin) © Palaiseau, gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Démolition du mur et naissance de la place
Avec l’extension de Paris en 1860 sous le Second Empire, le mur des Fermiers Généraux est détruit, libérant les terrains des actuels boulevards extérieurs. C’est à cette époque que le 2ᵉ arrondissement devient le 9ᵉ arrondissement, tout en demeurant le Bas-Montmartre pour sa partie nord. L’emplacement de l’ancien octroi se transforme en un carrefour stratégique entre anciens faubourgs et nouveaux quartiers.
Place de la barrière Montmartre vers 1858 - À droite, chemin de ronde des Martyrs et boulevard des Martyrs vers 1858 © J. Hauser, Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
Les boulevards de Clichy et de Rochechouart sont alors aménagés avec un terre-plein central, marquant la limite entre le 9ᵉ arrondissement (au sud) et le 18ᵉ (au nord). La place Pigalle commence ainsi à prendre forme au cœur de cet espace de transition.
Aménagements sous le Second Empire
La place est officiellement baptisée place Pigalle en 1863, en hommage au sculpteur Jean-Baptiste Pigalle, qui avait vécu dans le bas de l’actuelle rue Pigalle. Son aménagement est confié à l'architecte Gabriel Davioud, architecte en chef du service des Promenades et plantations de la Ville de Paris, également auteur de nombreuses places et fontaines et concepteur du mobilier urbain parisien.
Place Pigalle - Pigalle square entre 1900 et 1910 © E. Papeghin, Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
L’organisation de la place suit un modèle typique des aménagements haussmanniens :
- une fontaine centrale, abreuvant lors de leur passage les troupeaux en route vers l’abattoir de Montmartre (actuel lycée Jacques-Decour) ;
- des grilles et bosquets dessinant l’espace public ;
- une voirie rayonnante qui structure les circulations ;
- un éclairage public modernisé, dont une colonne lumineuse publicitaire pour les grands magasins Dufayel.
La fontaine © V. Guiné, CAUE de Paris
La place devient également point de départ des omnibus hippomobiles et, plus tard, des lignes de métro 2 et 12 du métro offrant des entrées de métro aux aspects distincts dont l'une de style Art nouveau d'Hector Guimard.
Un quartier d’artistes et de modèles
Dès 1846, 11 appartements-ateliers financés par l’homme de lettres Louis Becq de Fouquières, accueillent peintres et sculpteurs, parmi lesquels Thomas Couture, Pierre Puvis de Chavannes, Jean-Jacques Henner ou Eugène Isabey. Ces ateliers à verrières orientées au nord fournissent la lumière diffuse idéale pour le travail artistique.
Un marché aux modèles vivants se tiendra tous les lundis jusqu’en 1913 autour de la fontaine ainsi qu'un marché aux musiciens au café L'omnibus.
La Folie Pigalle sur la place Pigalle entre 1900 et 1909 © Georges Clignancourt Associés, Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
Les cafés et la bohème parisienne
La place Pigalle attire également la bohème artistique dans ses cafés emblématiques. Au XIXᵉ siècle, plusieurs établissements marquaient la vie culturelle du quartier :
- au n°7, Le Rat Mort, ouvert en 1837 et actif jusqu’aux années 1930, immortalisé par Toulouse-Lautrec dans son tableau Au Rat Mort, fréquenté par Verlaine et Rimbaud ;
- au n°9, La Nouvelle Athènes, haut lieu de rencontre entre 1871 et les années 1920, fréquenté par les impressionnistes comme Renoir et Forain, évoqué dans La Prune de Manet ou L’Absinthe de Degas et fréquenté par Zola, Maupassant, Mallarmé et autres artistes ;
- au n°1, L’Abbaye de Thélème, fondée en 1886 et disparue dans les années 1930, plus populaire, dont les murs étaient recouverts de fresques inspirées de Gargantua.
Place Pigalle entre 1900 et 1910 © Neurdein Frères, Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
Une place de festivités
Au-delà des ateliers et des cafés, Pigalle devient un pôle d’animation nocturne. Cabarets, brasseries et bals populaires accueillent aussi bien les Parisiens que les visiteurs venus de province ou de l'étranger. Une fête foraine, qui s'étend de Blanche à Anvers, s’installe chaque année sur plusieurs mois d'hiver jusqu’à la fin des années 1970.
Transformations et disparition du bâti d’origine
Malgré son importance historique et culturelle, peu de vestiges du bâti originel subsistent. L’évolution rapide du quartier, les réaménagements successifs et l’intensification du tissu commercial ont profondément transformé l’aspect architectural de la place. Le tissu haussmannien environnant, bien que largement recomposé, conserve cependant l’esprit d’un carrefour entre art, architecture, loisirs et spectacle.
© V. Guiné, CAUE de Paris
Accéder au parcours
Vélib'
Station n°9111 (Victoire - Laffitte)
Station n°9015 (Lamartine-Faubourg Montmartre)
Bus
Carrefour de Châteaudun (lignes 26, 32, 43, 45)
Saint-Georges - Châteaudun (lignes 40, 74)
Métro
Notre-Dame-de-Lorette (ligne 12)
Le Peletier (ligne 7)


